Oyika
* Singapour comme étiquette, l’Asie du Sud-Est comme terrain de jeu : Oyika vend du Battery-as-a-Service* pour deux-roues électriques — échange rapide, abonnements, réseau de cabinets.
À propos de Oyika
1. Modèle économique
Oyika se rémunère sur un modèle d’infrastructure + service : batteries swappables, logiciel (application, télémétrie IoT), abonnements journaliers à mensuels et partenariats B2B avec flottes et opérateurs de mobilité. La société revendique une offre « agnostique » vis-à-vis des marques de motos, ce qui vise à capter un marché fragmenté de constructeurs locaux et chinois. Sur le plan financier public, les agrégateurs de données startup font état d’un chiffre d’affaires annuel déclaré de l’ordre de 608 000 USD pour 2022 et d’environ 52 salariés début 2026 (Tracxn) — ordres de grandeur à prendre avec la prudence habituelle des bases non auditées. Côté levées, la presse spécialisée et les communiqués d’investisseurs évoquent une série B autour de 8,75 MUSD menée notamment par Banpu NEXT, avec des cumuls de financements souvent portés à ~10,8 MUSD selon les mêmes agrégateurs (Tech in Asia, Banpu NEXT). L’écart entre levées cumulées et chiffre d’affaires publié pour 2022 dessine une phase de croissance encore très capital-intensive.
2. Impact réel
Le bilan carbone « évité » communiqué par l’entreprise atteint 2 682 tonnes de CO₂ pour un cumul de 1 316 648 swaps et 37,2 millions de km estimés parcourus sur le réseau (site corporate). Ces indicateurs, s’ils donnent une lecture pédagogique pour le grand public, ne remplacent pas une analyse de cycle de vie indépendante (fabrication des packs, logistique des cabinets, électricité réellement consommée par pays). Pour le lecteur européen, le rapprochement avec les trajectoires nationales du type PPE ou les outils de l’ADEME sur mobilité et batteries reste indirect : Oyika n’opère pas sur le marché français et aucun rapport RSE/CSRD ne lui est ressorti dans nos recherches ; l’intérêt est plutôt de situer l’électrification massive des deux-roues en Asie, où les régulateurs poussent à remplacer les flottes thermiques — thème largement documenté par la presse économique française (Les Echos).
3. Innovations / partenariats
Sur le terrain, Oyika enchaîne les accords pour densifier le maillage : 70 stations de swap et recharge rapide au lancement en Thaïlande (Bangkok, Phuket) avec une trajectoire annoncée vers 300 stations (Bangkok Post), déploiement malaisien monté en puissance jusqu’à 100 stations fin 2023 avec RydeEV (bras de Yinson GreenTech) (The Star), et ancrage indonésien dans le programme SPBKLU aux côtés de PLN et d’une ribambelle d’opérateurs (VOI, fiche de synthèse). En juillet 2024, un mémorandum avec Thunder Plus vise à intégrer des chargeurs rapides deux/trois-roues dans les stations d’échange (EVreporter). Côté produit, des packs 60 V et 72 V à charge rapide directe ont été mis en avant en 2024 (Bangkok Post).
4. Greenwashing / zones grises
Le paradoxe est frontal : vendre une mobilité « zéro émission locale » avec des capitaux issus de groupes aux profils historiquement fossiles — Banpu (charbon et énergie en Asie) via Banpu NEXT, Yinson (pétrole et gaz offshore, diversification « greentech ») via un investissement déjà annoncé en 2021 (NST) — alimente un risque réel de transition washing : la décarbonation des trajets ne neutralise pas la trajectoire carbone du bailleur. En Indonésie, l’adhésion aux programmes publics type SPBKLU expose aussi à la réglementation locale (exigences de contenu domestique TKDN sur les équipements) qui peut gonfler les coûts et figer des choix industriels. Enfin, l’interopérabilité « 70+ fabricants » promise sur le papier se heurte en pratique à la guerre des standards avec des concurrents régionaux — Swap, Electrum, Volta — dans un marché où la taille du réseau fait loi (fiche de synthèse).
5. Positionnement stratégique
Oyika joue la carte du réseau ouvert et du BaaS pour prendre des parts sur l’électrification des deux-roues en Asie du Sud-Est, là où la pénétration électrique était encore marginale il y a peu (Les Echos). Sa présence Cambodge–Indonésie–Malaisie–Thaïlande, avec un siège à Singapour, lui permet de capitaliser sur des politiques industrielles et des subventions à l’infrastructure. Le signal récent combine densification (objectifs de stations en Thaïlande), intégration chargeurs (Thunder Plus) et raccrochage aux utilitaires (PLN). La question n’est plus « si » le marché du swap grandit, mais qui absorbera le coût du métal et du réseau électrique — et à quel prix pour la rentabilité.
Verdict WattsElse
Oyika incarne la mobilité électrique asiatique telle qu’elle se finance aujourd’hui : des kilomètres propres au compteur, parfois des actionnaires encore très sales dans le bilan carbone consolidé. Tant que les MUSD levés dépassent largement le chiffre d’affaires publié de 2022, l’histoire reste celle d’un pari réseau — brillant sur le terrain, tendu sur la gouvernance climat.
Sources : oyika.com · tracxn.com · techinasia.com · banpunext.com · recherche.ademe.fr · lesechos.fr · bangkokpost.com · thestar.com.my · voi.id · en.wikipedia.org · evreporter.com · nst.com.my
Données clés
- Fondée
- 2018
- Siège
- Singapore, Singapore ↗
Identifiants publics
- Wikidata
- Q134120043
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