BHP Minerals America
Le cache « Pétrole & Gaz » accroche un fantôme : BHP n’y est plus depuis la fusion avec Woodside.
À propos de BHP Minerals America
1. Modèle économique
« BHP Minerals America » recouvre en pratique la division Minerals Americas du groupe — cuivre au Chili et en Australie du Sud reliés à la gouvernance du pôle américain, potasse au Canada (Jansen), ferroviaire et actifs régionaux — tandis que l’historique pétrole et gaz a été cédé par la fusion avec Woodside finalisée en juin 2022. Le cœur du revenu du groupe reste les matières premières « transition », pas le brut : sur l’exercice clos le 30 juin 2025, BHP annonce un EBITDA sous-jacent d’environ 26 milliards de dollars et un bénéfice attribuable sous-jacent de l’ordre de 10 milliards de dollars, avec une marge EBITDA proche de la moitié du chiffre d’affaires — chiffres groupe, non ventilés par division seule dans les documents consultés. La division pilote notamment Escondida et Pampa Norte au Chili et le projet Jansen au Canada, où plus de 10,5 milliards de dollars de capex ont été approuvés pour la première phase selon la présentation officielle. Les budgets d’investissement restent massifs : le groupe table sur environ 11 milliards de dollars de capex par an pour les exercices 2026 et 2027 dans les résultats FY2025. Côté croissance externe, la coentreprise avec Lundin sur Filo del Sol / Josémaría s’est matérialisée par un ticket de 2,1 milliards de dollars pour 50 % (accord Filo Corp.). Effectifs dédiés à Minerals Americas : non publiés séparément dans les extraits disponibles ; le groupe emploie au global plus de 90 000 salariés et contractants selon les pages « People » de BHP.
2. Impact réel
Le cuivre que Minerals Americas extrait ou prépare à extraire alimente réseaux électriques et véhicules électriques ; la potasse soutient l’agriculture intensive — deux segments à forte intensité matière mais pas « verts » par essence. La production de cuivre du groupe a dépassé 2 millions de tonnes sur FY2025 (+28 % sur trois ans selon les publications opérationnelles citées dans le rapport annuel 2025), avec Escondida en pointe. Sur le climat, BHP affiche dans son plan de transition 2024 une trajectoire Net Zero scopes 1 et 2 à l’horizon 2050 et s’appuie sur une feuille de route technologique (efficacité, électrification, captage-carbone pour filières difficiles à abattre). L’essentiel de l’empreinte carbone du modèle minière-acier du groupe reste toutefois en amont et en aval (acier, transport, utilisation des métaux) : le PPE3 français fixe des plafonds et un mix pour la France ; il ne s’applique pas à un opérateur multilatéral — l’usage en est seulement un repère politique européen sur la tension énergie-climat que le cuivre « vert » ne dissout pas.
3. Innovations / partenariats
Le projet Resolution Copper (co-détenu avec Rio Tinto) a franchi en mars 2026 l’échange fédéral de 2 400 acres, étape réglementaire majeure vers un gisement présenté comme pouvant couvrir une part substantielle de la demande américaine en cuivre. En février 2026, BHP a signé une lettre d’intention avec Faraday Copper sur le socle de San Manuel (Arizona). Au Canada, Jansen Stage 1 avance avec un objectif de mise en production vers le milieu de 2027 et un budget capex révisé en fourchette 7–7,4 milliards de dollars selon les revues opérationnelles 2025. Sur la filière acier, BHP met en avant des partenariats R&D et des voies « bas carbone », mais les montants annoncés restent modestes au regard de l’échelle des émissions — voir la critique investisseur ci-dessous.
4. Greenwashing / zones grises
La principale tension ESG documentée est le décalage scope 3 / budget annoncé : l’ONG australienne ACCR relève qu’à peine 75 millions de dollars sur cinq ans (FY2025–FY2029) sont explicitement affectés à la décarbonation de l’acier, alors que les émissions liées à l’acier représenteraient 97 % de l’empreinte totale du groupe selon leur lecture du plan climat 2024 de BHP — un écart qu’ils qualifient d’ambition insuffisante par rapport au défi sidérurgique. Parallèlement, la responsabilité juridique sur la rupture du barrage de Fundão en 2015 au Brésil a été affirmée en novembre 2025 par la Haute Cour londonienne pour BHP en tant que partie au dossier — la BBC rapporte une procédure civile représentant plus de 600 000 demandeurs pour un montant pouvant atteindre 36 milliards de livres (BBC, novembre 2025). En janvier 2026, Reuters indique que la permission d’appeler ce jugement a été refusée en première instance, avec une suite prévue devant la Cour d’appel (Reuters). Sur Resolution Copper, Reuters décrit la finalisation de l’échange de terres en mars 2026 tout en rappelant plus de vingt ans d’opposition des Apache et alliés pour la protection du site sacré d’Oak Flat (Reuters, mars 2026). Enfin, un accord global avec les autorités brésiliennes d’octobre 2024 encadre réparations et programmes pluriannuels (communiqué BHP Brésil) ; ce mécanisme ne clos pas pour autant la tempête judiciaire britannique.
5. Positionnement stratégique
Minerals Americas incarne la conversion de BHP en fournisseur de métaux de la transition : cuivre en volume record, potasse comme pari agricole à long cycle, désengagement structuré du pétrole depuis Woodside (page fusion). La géopolitique du cuivre nord-américain — souveraineté industrielle des États-Unis, projets comme Resolution ou San Manuel — renforce ce pivot. Mais le signal juridique Fundão et les critiques scope 3 tendent les prix du risque réputationnel et financier : les marchés valorisent la tonne produite ; les tribunaux et les ONG scrutent la tonne évitée ou reportée dans la chaîne sidérurgique.
Verdict WattsElse
Minerals Americas vend du futur électrique en tonnes ; elle traîne encore le passé minier comme une traînée de boues dans la rivière Doce — et paie au compteur climatique une facture Scope 3 que ses lignes budgétaires « acier » peinent encore à refléter.
Sources : bhp.com · bhp.com · bhp.com · bhp.com · bhp.com · bhp.com · ecologie.gouv.fr · bhp.com · bhp.com · bhp.com · accr.org.au · bbc.co.uk · today.reuters.com · reuters.com · bhp.com · bhp.com
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