Preem
** À Göteborg et Lysekil, Preem incarne le paradoxe des majors de la mobilité liquide : des milliards de couronnes injectés dans HVO et SAF, des records de production « renouvelable »…
À propos de Preem
1. Modèle économique
Preem est une entreprise suédoise de raffinage et de distribution de carburants : deux grandes raffineries côtières (Gothenburg et Lysekil), un maillage national de stations et de points de livraison pour les flux professionnels. Le cœur du revenu reste la transformation et la vente de produits pétroliers sur un marché volatil : le rapport annuel 2024 fait état d’un chiffre d’affaires d’environ 131 milliards de SEK en 2024, contre 138 milliards en 2023, avec un résultat d’exploitation (EBIT) tombé à 2,2 milliards de SEK après 7,9 milliards l’année précédente — signal d’une compression des marges et d’un cycle industriel moins favorable. La société revendique une capacité totale d’environ 18 millions de m³ de raffinage pétrolier ; le renouvelable monte en puissance mais reste, en volume, une fraction du brut traité. Côté actionnariat, l’opérateur européen VARO Energy a annoncé en mars 2025 le rachat de la structure mère de Preem, explicitement motivé par la montée en charge des biocarburants (Reuters) — un mouvement de consolidation qui redessine la gouvernance et les synergies d’approvisionnement sur la Mer du Nord.
2. Impact réel
Sur le papier, la trajectoire climat se chiffre : −700 000 tonnes d’émissions de CO₂ fossiles évitées en 2024 selon le bilan « transition » du groupe (jalon 2024), et −12 % d’émissions sur la chaîne de valeur depuis 2018 d’après le rapport de durabilité 2024. L’ambition affichée va vers −90 % d’ici 2035 sur cette même chaîne (même communiqué « milestones »). La production de carburants « renouvelables » atteint un record de 247 000 m³ au troisième trimestre 2025 (rapport provisoire T3 2025), tandis que l’unité Synsat à Lysekil est présentée comme portant la capacité renouvelable vers environ 1,4 million de m³/an à mi-2025 (rapport annuel 2024) et, dans la presse spécialisée, comme ajoutant jusqu’à 900 000 m³/an de capacité dédiée (Bioenergy International). À mettre en perspective : l’Union européenne pousse les carburants d’aviation durables (CAD/SAF) via ReFuelEU Aviation, créant une demande régulée qui profite aux producteurs nordiques tout en posant la question des matières premières et du surcoût (fiche ministérielle CAD/SAF ; synthèse Connaissance des Énergies).
3. Innovations / partenariats
Le programme ICR à Lysekil vise la conversion d’une unité historique vers HVO et SAF, avec un enveloppe d’investissement annoncée autour de 5,5 milliards de SEK (jalons transition 2024). Pour financer le virage, Preem a obtenu une garantie de crédit « verte » de 2,8 milliards de SEK auprès de la Debt Office suédoise (communiqué Preem 2024). En parallèle, le groupe a mobilisé 173 millions de SEK via le dispositif Klimatklivet pour des infrastructures de recharge électrique (rapport annuel 2024). Sur le plan technique, Worley a été associé à la vérification d’ingénierie (FEED) pour le projet de diesel renouvelable et SAF à Lysekil (note Worley 2025). Les résultats intermédiaires 2025 soulignent aussi une résilience financière en phase de turnaround à Lysekil : EBITDA ajusté à 694 millions de SEK au T2 puis 1,5 milliard au T3 (T2 2025, T3 2025).
4. Greenwashing / zones grises
En février 2025, le collectif Rebellmammorna a saisi Konsumentverket pour publicité trompeuse, au motif que la communication « transition » masquerait une production encore massivement fossile — le collectif avance notamment un 98 % d’intrants fossiles (Syre). Ce type de contestation s’inscrit dans un cadre européen où les autorités peaufinent les critères de l’écoblanchiment (rapport DGCCRF) et où l’ADEME rappelle le risque des allégations environnementales non proportionnées au profil réel de l’activité (guide anti-greenwashing). Même avec 75 % du capex 2024 orienté vers le renouvelable (rapport RSE 2024), l’exposition au pétrole demeure structurelle : la comparaison 18 millions de m³ de capacité « classique » contre ~1,4 million de capacité renouvelable cible (rapport annuel 2024) traduit un déséquilibre que la communication « verte » peine à rendre lisible. Enfin, la garantie d’État sur le volet renouvelable souligne que la décarbonation industrielle est aussi une dette politique : si les projets retardent ou dépassent leur budget, le risque financier et réputationnel retombe sur le contribuable et sur la crédibilité du label « vert » (garantie verte 2024).
5. Positionnement stratégique
Preem joue la carte « raffinerie de transition » : monter en cadence sur HVO/SAF pour capter les volumes imposés par ReFuelEU et la demande nord-européenne, tout en conservant un actif pétrolier stratégique pour la sécurité d’approvisionnement suédoise. Le retrait du sponsoring du Vasaloppet à l’été 2025, après des années de polémique climatique, montre que la pression sociétale peut infléchir plus vite que les bilans carbone (Sweden Herald). Dans un marché où l’offre de CAD peine encore à suivre les objectifs (analyse récente CdE), un producteur scandinave bien positionné peut gagner des parts — à condition d’assumer le coût du biogaz, des huiles usagées et de la méthanisation concurrents, et de tenir un discours public à l’épreuve des autorités de la concurrence.
Verdict WattsElse
Preem n’est ni une start-up climat ni une major classique : c’est une raffinerie qui achète son droit à l’avenir au prix d’acier, de garanties publiques et de biocarburants — tant que le fossile paie encore la facture, la transition restera un chantier de communication autant qu’un chantier industriel.
Sources : en.wikipedia.org · cms.preem.com · reuters.com · preem.com · cms.preem.com · preem.com · bioenergyinternational.com · ecologie.gouv.fr · connaissancedesenergies.org · preem.com · worley.com · preem.com · tidningensyre.se · economie.gouv.fr · communication-responsable.ademe.fr · swedenherald.com · connaissancedesenergies.org
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