LONGi Green Energy
LONGi incarne le paradoxe du solaire en 2025-2026 : des rendements records et une empreinte opérationnelle qui se décarbone sur le papier, mais une rentabilité broyée par la guerre des prix et une chaîne d’approvisionnement toujours politiquement exposée.
À propos de LONGi Green Energy
1. Modèle économique
LONGi Green Energy Technology (Xi’an, Shaanxi, côté Shanghai 601012) est un intégrateur vertical du photovoltaïque : wafers, cellules, modules, avec une part très lourde des segments modules/cellules dans le chiffre d’affaires quand les prix s’effondrent. En 2024, le groupe publie un chiffre d’affaires de 82,582 milliards de CNY et bascule dans une perte nette annuelle substantielle après des exercices bien plus florissants — la correction vient surtout de l’érosion des prix du PV, pas d’un arrêt du volume (rapport annuel 2024). Au premier trimestre 2025, l’activité reste sous tension mais les expéditions parlent encore à l’échelle planétaire : 16,93 GW de modules, dont une fraction croissante en techno BC (résultats T1 2025). Dans ce contexte, le modèle repose sur l’échelle industrielle, le contrôle des gammes Hi-MO / HPBC et des objectifs de capacité agressifs (l’entreprise vise des paliers élevés sur wafers et modules à horizon très proche, détaillés dans ses communications d’investisseurs). La contrepartie : une sensibilité extrême au cycle — quand la surcapacité mondiale tasse les marges, même un numéro un peut perdre de l’argent sur chaque ligne comptable « verte ».
2. Impact réel
Côté opérations, LONGi met en avant un mix électrique à 47,5 % d’électricité « verte » en 2024 et une baisse d’environ 37 % des émissions scope 1 et 2 (et −26 % scope 3) sur la même base de reporting (rapport durabilité 2024). L’intensité en eau par unité produite aurait également reculé, avec un volet déchets valorisés à plus de 82 % pour les déchets non dangereux — des indicateurs utiles, mais cantonnés au périmètre usine et à la comptabilité carbone « corporate ». Pour le lecteur français, l’enjeu n’est pas seulement le climat « usine » : la PPE3 et la montée en puissance du solaire dans le mix (programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3)) s’inscrivent dans un cadrage public des EnR où l’ADEME documente les leviers de décarbonation et les trajectoires sectorielles (ADEME) — autant de pressions en faveur du bas-carbone, mais aussi de la traçabilité des chaînes critiques (sable, métaux, électronique). Au sens strict « climat », le PV déployé avec des modules LONGi évite des émissions localement ; au sens cycle de vie complet, le débat reste ouvert tant que la filière amont (polysilicium) n’est pas auditée avec la même visibilité que les scopes déclarés.
3. Innovations / partenariats
Le pari industriel est clair : industrialiser le BC pour sortir du tout-TOPCon à faible marge. LONGi communique sur des records de rendement en masse — jusqu’à 25,4 % annoncés pour des modules HPBC en français (record de rendement module HPBC), et sur une accélération BC assortie de capacités très élevées sur la plateforme HPBC 2.0 (communiqué sur le rapport 2024). Côté marché, le groupe élargit le périmètre « solaire + » : batteries, voire électrolyseurs, dans une logique d’industriel intégré (offre solaire, batteries et électrolyseurs) ; côté Europe, il est associé à des montages de production à l’échelle du gigawatt avec des acteurs comme la start-up française Carbon (partenariat industriel en France). Sur la géopolitique des brevets, le feuilleton avec JinkoSolar — qui avait rebondi en Europe début août 2025 (deuxième plainte en UE) — s’est clos par un règlement global et des licences croisées annoncé le 19 septembre 2025 (accord mondial sur les brevets), ce qui réduit l’incertitude juridique à court terme tout en confirmant que la propriété intellectuelle est devenue un levier de guerre commerciale dans le PV.
4. Greenwashing / zones grises
Le principal risque réputationnel n’est pas le rendement du module, mais l’ombre portée par l’amont chinois : allégations persistantes sur des liens indirects avec le polysilicium du Xinjiang et des fournisseurs historiquement cités dans les débats sur le travail forcé (analyse sur la chaîne d’approvisionnement). Aux États-Unis, les enquêtes sur la chaîne du silicium et l’UFLPA font peser un risque de saisies douanières sur des volumes massifs — un sujet structurant pour les développeurs et utilities occidentaux (risques d’importation aux États-Unis). Par ailleurs, la surcapacité chinoise — avec une industrie capable de produire largement au-delà de la demande mondiale selon les témoignages récents de fabricants — rend le marché structurellement déflationniste (surcapacité du solaire chinois) ; dans ce décor, les métriques RSE « usine » peuvent servir de paravent narratif si elles ne sont pas lues avec la cartographie complète scope 3 amont. Enfin, le secteur a vécu en 2024 des restructurations et plans de réduction d’emplois massifs chez les grands intégrés chinois (décryptage des suppressions de postes) — un rappel que « vert » sur le toit » peut rimer avec « rouge » en salle des machines.
5. Positionnement stratégique
LONGi tente une mutation en profondeur : BC à grande échelle, gouvernance ESG resserrée dans les rapports intermédiaires 2025 (rapport semestriel 2025), certification ISO 20400 sur les achats durables (rapport durabilité 2024), et alliances commerciales (ex. ENGIE sur des projets MENA avec modules Hi-MO 9) (accord avec ENGIE au Moyen-Orient et en Afrique du Nord). Pour le marché français et européen, le groupe se positionne comme fournisseur techno au moment où la fiche pédagogique du photovoltaïque rappelle que le coût du kWh solaire tient aussi à la guerre des filières et à l’innovation cellule/module (solaire photovoltaïque : fonctionnement et enjeux). La lecture stratégique : sortir du commodity par le BC et le « packaged energy », tout en négociant frontalement avec la surcapacité et les barrières sanitaires du commerce là où la politique climatique croise la géopolitique des sanctions.
Verdict WattsElse
LONGi est devenu l’exemple même du découplage entre déploiement solaire mondial et profit industriel chinois : il vend la transition par le gigawatt, mais paie cash la déflation — et exporte aussi les dilemmes éthiques de la filière silicium.
Sources : longi.com · static.longi.com · eu.longi.com · economie.gouv.fr · ademe.fr · eu.longi.com · longi.com · greenunivers.com · pv-magazine.com · pv-magazine.com · eu.longi.com · medium.com · energynewsbeat.co · reuters.com · greenunivers.com · static.longi.com · energynews.pro · connaissancedesenergies.org
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