Qarmet
Après la vente de l’actif à l’État et le renommage en Qarmet, le complexe de Temirtau tourne à plein régime : 3,8 Mt d’acier en 2025**, des plans de capex à trois zéros et un discours « durable » de plus en plus assumé.
À propos de Qarmet
1. Modèle économique
Qarmet est une sidérurgie intégrée verticalement : acier, coke et mines de charbon et de fer dans la région de Karaganda. Historiquement successifs chez Mittal puis ArcelorMittal, les actifs ont été repris fin 2023 par la sphère d’investissement publique kazakhe (Qazaqstan Investment Corporation selon fiche de synthèse), puis rebaptisés Qarmet. Les revenus reposent sur les produits longs, brames, fonte et l’approvisionnement interne en matières premières — schéma classique des complexes soviétiques remis au goût du jour. Le groupe vise un saut d’échelle : modernisation évaluée à 3,5 milliards de dollars d’ici 2028 (création annoncée d’environ 2 000 emplois dans ce volet), avec des extensions côté mines — un plan additionnel de 1,5 Md$ sur charbon et minerai de fer est ainsi évoqué dans la presse spécialisée. En 2025, la société annonce 3,8 Mt d’acier (plus 3,5 Mt de concentré de fer et 7,5 Mt de charbon), au-delà d’un objectif interne de 3,7 Mt d’acier. Les effectifs agités dans la presse locale tournent autour de 47 000 personnes, dont environ 14 000 mineurs (système de suivi souterrain) ; chiffre d’affaires consolidé récent : non retrouvé dans les sources consultées en clair pour cette fiche.
2. Impact réel
Le bilan carbone de Qarmet n’est pas publié dans les éléments français type ADEME ou CSRD : l’entreprise relève du Kazakhstan, hors périmètre direct du PPE européen, même si ses exportations peuvent un jour croiser des instruments comme le CBAM que la sidérurgie UE doit intégrer. Sur le fond, la sidérurgie à base de haut fourneau reste fortement exposée au charbon comme vecteur d’énergie et de réduction : 7,5 Mt de charbon extraites en 2025 (communication relayée par GMK Center) donne l’échelle de la dépendance fossile structurelle, en parallèle de projets de batteries de fours à coke modernes et d’une gazéification annoncée des procédés dans la presse de filière pour réduire l’empreinte locale. Des gains méthane en mine — baisse d’environ 50 % en 2024 grâce au dégazage préalable (retour d’événement MINEX) — attestent d’une vraie réduction CH₄, distincte d’une neutralité carbone globale. Bilan GES certifié, intensité CO₂ par tonne d’acier, part d’EnR : données opérationnelles vérifiables non trouvées dans les pages consultées ; la lecture reste donc qualitative + volumétrique.
3. Innovations / partenariats
Le programme d’investissement combine sûreté (300 M$ ciblés sur les mines de charbon dans le même ensemble d’annonces GMK), environnement et modernisation : gazéification, nouvelles lignes de galvanisation / revêtements, batteries de coke 8-9, laminoir de profilés jusqu’à 540 000 t/an, et un complexe coulée-laminage à Temirtau budgété à environ 700 M$ pour renforcer l’acier plat « premium ». L’approche est capital-intensive et étatique : l’accent est mis sur remise à niveau d’un actif stratégique national plutôt que sur des start-up externes. Partenariats technologiques détaillés, brevets, financements verts étiquetés : non documentés dans les sources ouvertes utilisées pour cette synthèse.
4. Greenwashing / zones grises
La communication « développement durable » bute sur des volumes fossiles qui parlent d’eux-mêmes : 7,5 Mt de charbon en 2025 (GMK Center) alimentent toujours la mécanique hauts fourneaux / coke, si bien qu’une transition se joue d’abord en ordonnancement des investissements — coke, mines, gaz — et non en sortie du charbon. Le risque réputationnel est alimenté par des accidents mortels après reprise : le 25 août 2024, deux travailleurs sont décédés après une chute lors de travaux en hauteur sur le site de Temirtau, avec reconnaissance par la direction d’un non-respect des consignes ([Kazinform](https qazinform.com/news/two-workers-die-at-qarmet-metallurgical-plant-867647)). Ce signal 2024 invalide l’idée d’une rupture immédiate avec la culture de risque héritée des années ArcelorMittal, alors même que 2023 a vu les catastrophes minières de Kostenko (46 morts) et d’autres incidents conduire à la reprise étatique. Enfin, l’héritage environnemental urbain reste documenté dans la presse internationale : en 2018, la « neige noire » à Temirtau a focalisé les plaintes sur la pollution industrielle — un rappel que l’image verte doit aussi se mesurer à l’échelle du territoire.
5. Positionnement stratégique
Qarmet joue la carte souveraineté industrielle : remettre 5 Mt/an de concentré et d’acier à l’horizon 2028, pousser l’extraction charbonnière jusqu’à 9 Mt dans le même scenario officiel kazakh, tout en cultivant des standards type ISO 45001 (mention corporate) pour rassurer banques et clients export. Dans un marché mondial saturé et sous pression carbone aux frontières de l’UE, le groupe cherche un double levier : productivité (records 2024-2025 selon GMK Center) et narratif bas-carbone relatif (gaz, méthane capté, nouvel équipement), sans encore publier les métriques qu’exigerait un investisseur climat européen. « Stratégie stable sur 20 ans » réclamée à l’État (évoquée dans la veille sectorielle) résume l’exposition politique : le modèle reste contractuel avec le pouvoir d’Astana.
Verdict WattsElse
Qarmet est l’acier kazakh qui veut prouver qu’on peut produire plus sans reprendre le filon mortel du sous-investissement — mais le bilan 2025 reste écrit en charbon extrait, pas seulement en tonnes d’acier livrées. Tant que la sécurité et la trajectoire GES ne sont pas chiffrées et auditées comme le sont déjà les objectifs de production, la renaissance industrielle risque de sonner comme un communiqué très high-carbon.
Sources : gmk.center · en.wikipedia.org · astanatimes.com · interfax.com · gmk.center · kz.kursiv.media · connaissancedesenergies.org · connaissancedesenergies.org · minexforum.com · astanatimes.com · bbc.com · qarmet.kz
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