Revcoo
Dans l’incompressible des cimenteries, chaux et fours, la start-up rhônalpine Revcoo vend un pari : capter le CO₂ sans « éponge à amines », avec du cryogénique.
À propos de Revcoo
1. Modèle économique
Fondée en 2019 et implantée côté agglo lyonnaise (Vénissieux), Revcoo commercialise l’offre de capture et de conditionnement du CO₂ issue des fumées sous le nom CarbonCloud : revenus attendus de la vente d’équipements, de services et, à terme, de l’accompagnement opérationnel sur sites « difficiles à abattre ». En taille, les journaux de terrain situent l’équipe à l’ordre de quinze salariés début 2026 — le type de profil en forte dépendance aux levées et aux prises de commandes d’intégrateurs. Une levée de 3,5 M€ a été actée en 2022 auprès d’écosystèmes régionaux et de fonds cleantech (Kreaxi), puis la presse de la filière a largement couvert l’objectif d’une série A d’environ 20 M€ en 2025 pour financer l’industrialisation. Aucun chiffre d’affaires consolidé n’a été trouvé en source ouverte fiable (comptes de très petite structure, phase de scale-up) ; l’ambition d’environ 200 M€ de CA en 2030 a été mentionnée dans la presse spécialisée carbone et doit être lue comme trajectoire de cap, pas comme réalité comptable.
2. Impact réel
L’impact se joue d’abord sur les émissions dites « dures » de procédé : fours, chaux, ciment — là où l’ADEME rappelle que le captage géologique n’est qu’un outil partiel, aux conditions territoriales serrées, toute technologie de point de fuite qui fonctionne a un poids. Le pilote d’Eiffage sur un four à chaux à Haut-Lieu (Nord) est d’environ 1 000 t CO₂ par an aujourd’hui selon le fondateur cité par *Le Monde*, avec une cible dix fois supérieure en 2027 puis 80 000 à 100 000 t/an en 2030 *sur ce site* — chiffres annoncés, non audités. GreenUnivers évoquait l’objectif d’environ 2 t de CO₂ captées par jour sur le pilote chaux, à l’échéance du test. Côté cadre public, l’accélération voulue sur la capture, le stockage et la valorisation du carbone s’inscrit dans le déploiement industriel voulu par l’État (feuille de route CCUS 2024) — c’est l’horizon dans lequel s’inscrivent PPE, budgets carbone ETS et politiques d’infrastructures — même si, là encore, l’intensité en électricité de la filière fera toute la différence sur le CO₂ net évité par MWh de captation.
3. Innovations / partenariats
CarbonCloud = procédé cryogénique (refroidissement fort, ex. azote très bas) pour isoler le CO₂ des fumées, sans solvants chimiques « classiques », en visant le conditionnement *liquide* pour usage ou filière aval. L’adhésion à CO₂ Value Europe place la start-up dans le réseau de la *carbon value chain*. Côté industrie, le partenariat avec Boccard (incinération, biomasse, R&D, industrialisation) est annoncé pour une formalisation en janvier 2026 selon l’entretien au *Journal des Entreprises* — l’intégrateur, déjà riche d’une ligne « amines » via un ancien pôle de chaudières, dit vouloir faire coexister deux générations de capteurs. L’Axelera a aussi servi de relais d’exposition. Aucun rapport RSE ni documentation CSRD public n’a été identifié pour l’entité (taille, statut) — compte tenu des seuils, ce n’est pas anormal.
4. Greenwashing / zones grises
Le principal risque n’est pas le glossaire, c’est l’enveloppe énergétique : l’interview Boccard le dit noir sur blanc — le procédé cryogénique est propre côté réjets chimiques, mais très mangeur d’électricité, donc le bilan final dépend du mix qui l’alimente (nucléaire, renouvelable, importé) et de la valorisation réelle (usage CO₂, e-carburants, minéralisation, stockage) — faute de chaîne d’évacuation, on recycle le problème de localisation des hubs carbone. La concurrence des amines reste le socle *mature* : Revcoo se vend comme alternative sanitaire, mais l’industrie a besoin d’améliorer l’efficacité énergétique de *toutes* les routes, pas seulement l’étiquette « zéro solvant ». Exposition : dépendance à la courbe du prix de la tonne et aux aides / premiers investissements carbonés — typique de la transition bas-carbone industrielle mais pas innocente côté risque d’or vert si l’on promet *« climat net »* sans chiffrer MWh/tonne.
5. Positionnement stratégique
Revcoo a choisi d’être l’agitateur d’un segment technique à fort ticket — entre démonstrateur validé et série lourde il reste la « vallée de la mort » que visent l’appel de fonds 2025 et l’alliance d’ingénierie 2026 : l’écosystème CCUS ne manque pas d’intentions politiques en France, l’ADEME met en garde sur les plafonds physiques de stockage : aligner l’usine, le hub et l’infrastructure sera plus décisif que n’importe quelle tuyauterie sur cheminée. *Connaissance des Énergies* n’a pas de fiche spécifique « Revcoo » recensée ici ; le positionnement s’inscrit plutôt dans leurs débats sur captage et emploi climat.
Verdict WattsElse
Revcoo illustre la cleantech française au bon endroit (les fours qui ne pardonnent pas) et au mauvais endroit (le coût du froid) : son histoire se tranchera sur le KPI électricité/tonne et l’ancrage dans des chaînes de valeur carbone *réelles*, pas sur le seul rejet d’un solvant. Le captage, c’est l’histoire d’un tuyau de sortie : si le CO₂ n’a nulle part où aller, la tour reste de la poudre aux yeux *vertes*.
Sources : fr.linkedin.com · revcoo.com · lejournaldesentreprises.com · kreaxi.com · greenunivers.com · carboncapturejournal.com · connaissancedesenergies.org · ademe.fr · lemonde.fr · entreprises.gouv.fr · connaissancedesenergies.org · techniques-ingenieur.fr · co2value.eu · axelera.org · carbonherald.com · lejournaldesentreprises.com
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