Saipem
Saipem sait raconter l’avenir: éolien flottant, hydrogène, capture du CO2, biocarburants.
À propos de Saipem
1. Modèle économique
Saipem est d’abord un géant de l’ingénierie et de la construction pour l’énergie, offshore comme onshore, avec plus de 30.000 salariés dans plus de 50 pays, organisé autour des services asset-based, du drilling, des energy carriers, de l’offshore wind et des infrastructures durables (à propos). En 2024, le groupe a réalisé 14,55 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 1,33 milliard d’EBITDA et 337 millions d’euros de capex, avec 34.065 employés et un niveau de commandes record à 18,8 milliards d’euros (rapport annuel 2024, rapport RSE 2024).
Le moteur économique reste cependant très lié aux hydrocarbures et à leurs infrastructures. Saipem indique être exposé à environ 54% de ses revenus sur la chaîne de valeur du gaz naturel, tandis que les activités de drilling hydrocarbures représentent 918 millions d’euros, soit 6% du chiffre d’affaires consolidé (déclaration CSRD 2024). Le groupe gagne sa vie sur des contrats géants, longs, techniques, souvent publics ou parapublics, où la barrière à l’entrée tient à la flotte, aux chantiers et au savoir-faire d’exécution. Autrement dit: Saipem n’est pas un producteur d’énergie verte, c’est un assembleur mondial d’infrastructures énergétiques, quel que soit le carburant.
2. Impact réel
Sur son empreinte propre, Saipem affiche une réduction d’environ 25% de ses émissions Scope 1 et 2 par rapport à 2018, 69,8 ktCO2e évitées en 2024 via ses initiatives énergétiques, et une baisse d’environ 58% des émissions de Scope 2 par rapport à 2018, avec un objectif de neutralité Scope 2 en 2025 (scorecard RSE). C’est sérieux sur le papier, et renforcé par une publication 2024 intégrant pour la première fois une déclaration de durabilité conforme à la CSRD (déclaration CSRD 2024).
Mais l’impact réel se juge aussi à ce que l’entreprise construit pour ses clients. Or Saipem reconnaît que seulement 13,03% de ses revenus 2024 proviennent de projets éligibles à la taxonomie européenne, dont 36% seulement alignés sur ses critères techniques: cela ramène la part de revenus réellement alignés à environ 4,7% du total (déclaration CSRD 2024). La photo est donc contrastée: l’entreprise réduit son empreinte opérationnelle, mais son empreinte “produit” reste majoritairement branchée sur le gaz, l’offshore et les infrastructures carbonées.
Dans un contexte où la PPE3 française pousse à la baisse rapide des énergies fossiles et où l’ADEME rappelle que l’hydrogène bas carbone n’a de sens qu’adossé à des infrastructures et une électricité compétitives, Saipem reste sur une ligne de crête: utile à la transition, sans en être encore un pur acteur.
3. Innovations / partenariats
Le groupe investit 33 millions d’euros en R&D en 2024, principalement sur la capture, le transport et le stockage du CO2 (rapport RSE 2024). Saipem a aussi dévoilé en octobre 2024, avec Nel, sa solution modulaire d’électrolyse IVHY 100 pour la production d’hydrogène vert à grande échelle.
Côté projets, le pipeline low-carbon est réel. En décembre 2024, Saipem a obtenu deux projets au Royaume-Uni pour l’East Coast Cluster, autour du transport et du stockage de CO2, pour environ 650 millions d’euros, avec une capacité visée d’environ 4 MtCO2 par an à partir de 2028 (East Coast Cluster, communiqué Saipem). En avril 2025, le groupe a aussi décroché auprès d’Eni un contrat d’environ 520 millions d’euros sur Liverpool Bay CCS pour le cluster HyNet. Enfin, sur l’éolien flottant, Saipem s’est positionné en amont du marché italien via un accord avec Divento, autour de projets totalisant 756 MW.
4. Greenwashing / zones grises
Le risque de greenwashing n’est pas dans l’absence d’initiatives vertes, mais dans leur proportion. Saipem explique qu’environ 30% de ses prises de commandes attendues sur 2025-2028 relèveraient du low and zero carbon (rapport RSE 2024). Dit autrement: 70% restent ailleurs.
Et “ailleurs”, ce sont encore des contrats offshore liés au gaz et au pétrole, comme les nouveaux contrats au Moyen-Orient et en Guyana annoncés en avril 2025 pour 720 millions de dollars (communiqué offshore) ou le contrat BP en Indonésie mêlant gaz et CCUS pour environ 1 milliard de dollars de part Saipem (BP Indonésie). Même ses projets de transition portent souvent une ambiguïté industrielle: le CCS prolonge des bassins gaziers existants, et l’hydrogène reste dépendant d’un cadre réglementaire, d’aides et d’une électricité bon marché, comme le soulignent les analyses de l’ADEME.
5. Positionnement stratégique
Saipem ne joue pas la rupture, mais la conversion progressive de son ADN fossile en boîte à outils de la transition. Son pari stratégique est limpide: vendre la même excellence d’exécution lourde aux nouveaux marchés du CO2, de l’hydrogène, des biocarburants et de l’éolien flottant.
C’est potentiellement puissant, parce que les grands chantiers de décarbonation auront besoin d’acteurs capables de poser des pipelines, convertir des sites, industrialiser des procédés et tenir des calendriers. Mais dans un paysage où la PPE3 et les politiques européennes poussent à réduire l’exposition fossile, Saipem devra prouver que sa transition n’est pas seulement un nouveau vernis commercial sur une vieille mécanique offshore.
Verdict WattsElse
Saipem n’est pas un champion vert: c’est un mastodonte fossile qui apprend à facturer la décarbonation. Sa force, c’est l’exécution; sa faiblesse, c’est que la transition ne pèse encore qu’à la marge face à son vieux cœur de métier.
Sources : saipem.com · saipem.com · saipem.com · saipem.com · saipem.com · fnade.org · infos.ademe.fr · saipem.com · eastcoastcluster.co.uk · saipem.com · saipem.com · saipem.com · saipem.com · saipem.com · librairie.ademe.fr
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