SENER
Derrière le vernis de la transition, Sener avance avec deux moteurs: l’un franchement bas carbone, l’autre encore branché sur le gaz.
À propos de SENER
1. Modèle économique
Sener est un groupe d’ingénierie et de technologie fondé en 1956 en Espagne, actif dans l’énergie, la mobilité, l’aérospatial-défense et les data centers. En 2024, le groupe a réalisé 710 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec un carnet de commandes de 1,544 milliard d’euros, plus de 4 000 salariés et 86 % des ventes à l’international, d’après sa communication corporate de juillet 2025 (résultats 2024). Sener a aussi porté son effort de R&D à 35,7 millions d’euros en 2024 (résultats 2024). En revanche, le capex consolidé du groupe n’a pas été trouvé dans les sources publiques consultées. Son modèle repose sur des contrats d’ingénierie, d’EPC et de conception avancée sur des infrastructures lourdes, donc sur des cycles longs, des donneurs d’ordre industriels et une forte exposition aux arbitrages publics sur l’énergie et l’industrie.
2. Impact réel
Le bilan réel de Sener est contrasté. Côté positif, le groupe dispose de références sérieuses dans les infrastructures énergétiques pilotables bas carbone: la centrale solaire à concentration Gemasolar produit 80 GWh par an et évite plus de 28 000 tonnes de CO2 par an grâce à 15 heures de stockage thermique (Gemasolar). Au Maroc, NOORo III affiche 150 MW et, avec les trois phases thermodynamiques du complexe, un potentiel d’évitement de 470 000 tonnes de CO2 par an (NOORo III). Sur l’hydrogène, le projet BenortH2 vise plus de 20 000 tonnes d’hydrogène vert par an d’ici 2030 pour 120 000 tonnes de CO2 évitées par an (BenortH2), et l’électrolyseur de Petronor produit 340 tonnes/an d’hydrogène renouvelable (Petronor). Cela colle aux usages jugés prioritaires par l’ADEME: industrie lourde, raffinage et mobilité lourde, pas les usages gadget. Mais Sener ne publie pas, dans les pages consultées, d’indicateur agrégé du type “part du CA bas carbone” ou “tonnes de CO2 évitées par an à l’échelle groupe”, ce qui limite l’évaluation d’impact consolidée.
3. Innovations / partenariats
Sener sait transformer l’ingénierie en positions de niche. Sur le captage-stockage, il assure la phase FEED du terminal CO2next à Rotterdam, porté par Vopak, Gasunie, Shell et TotalEnergies, avec une capacité initiale de 5,4 MtCO2/an extensible à 15 MtCO2/an (CO2next). Sur l’hydrogène, le groupe met en avant Vector H en Espagne, avec un électrolyseur de 5 MW et une mise en service annoncée en 2026 (hydrogène). Sener a également structuré son discours ESG: 80 % de ses projets étaient alignés avec les ODD et les objectifs de la taxonomie verte européenne en 2023, selon l’entreprise (ODD 2023). En 2025, son conseil d’administration a validé des objectifs ESG à horizon 2027, avec un plan de décarbonation annoncé pour 2026 (sustainability).
4. Greenwashing / zones grises
Le point de friction est limpide: Sener vend la transition, mais une partie de son activité continue de prolonger l’infrastructure fossile. Le groupe construit en Allemagne le terminal German LNG de Brunsbüttel, capable de regazéifier 8 BCMA de gaz naturel, extensibles à 10 BCMA, soit environ 10 % de la consommation allemande selon la fiche projet (German LNG). Il participe aussi à deux centrales allemandes “hydrogen-ready” totalisant environ 1,3 GW, qui brûleront d’abord du gaz naturel avant une conversion hypothétique vers l’hydrogène dans les années 2030 (Heilbronn/Altbach). Or cette promesse “H2-ready” reste dépendante d’infrastructures, de volumes d’hydrogène et de soutiens publics encore incertains, comme le montrent les débats allemands relayés par Revolution Énergétique. Même le CCUS, autre axe fort de Sener, n’est pas un joker universel: l’ADEME rappelle que le stockage géologique ne s’applique qu’à un nombre limité de sites, sous fortes contraintes techniques, économiques et sociales.
5. Positionnement stratégique
Sener est bien placé là où la décennie se joue: flexibilité du système électrique, hydrogène industriel, stockage thermique, CCUS, infrastructure de transport énergétique. Dans un contexte où la PPE3 française pousse l’électrification, les renouvelables et jusqu’à 8 GW d’hydrogène à l’horizon 2035, le groupe peut capter une partie de la vague européenne. Mais sa crédibilité climat dépendra d’un arbitrage simple: faire décroître la part du gaz plus vite que ne croît son discours ESG.
Verdict WattsElse
Sener n’est ni un pur acteur vert, ni un simple ingénieur du vieux monde: c’est un groupe de transition au sens le plus inconfortable du terme. Sa force technique est réelle; sa ligne climatique, elle, reste sous condition.
Sources : group.sener · group.sener · group.sener · group.sener · group.sener · agirpourlatransition.ademe.fr · group.sener · group.sener · group.sener · group.sener · group.sener · group.sener · revolution-energetique.com · librairie.ademe.fr · presse.economie.gouv.fr
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