Nénuphar (start-up éolienne flottante)
Nénuphar a longtemps incarné un rêve français: prendre l’éolien en mer à revers avec une turbine flottante à axe vertical, plus légère, plus simple, supposément moins chère.
À propos de Nénuphar (start-up éolienne flottante)
1. Modèle économique
Le modèle de Nénuphar reposait moins sur des revenus commerciaux que sur une logique de démonstrateur technologique: développer la plateforme VertiWind, valider un prototype, puis vendre ou licencier une solution d’éolien flottant aux développeurs de parcs. La société a levé une première tranche de 3 millions d’euros en 2010, selon La Tribune, puis 15 millions d’euros en 2014 auprès d’Areva, Bpifrance et Idinvest, confirmés par Offshore Wind. Côté comptes, les derniers éléments facilement accessibles montrent un chiffre d’affaires de 0 euro en 2016, pour un résultat net de -3,64 millions d’euros, avec un effectif indiqué à 40 personnes sur cette même année dans les données de Manageo. Autrement dit: une deeptech financée par le capital et les aides, pas une entreprise déjà tirée par le marché. En 2018, la liquidation emporte encore 29 salariés, selon Windpower Monthly.
2. Impact réel
Sur le papier, la promesse climatique était solide: aller chercher le vent loin des côtes, au-delà de 50 mètres de profondeur, là où l’éolien posé devient moins compétitif, comme le rappelait Bpifrance. L’éolien en mer reste d’ailleurs une brique majeure de la trajectoire française: le ministère vise 15 GW installés en 2035 et 45 GW en 2050, avec un facteur d’émission de 13 à 19 gCO2e/kWh pour la filière, selon le ministère de la Transition écologique. Mais chez Nénuphar, l’impact réel est resté celui d’un démonstrateur, pas d’un actif industriel déployé. Les prototypes mentionnés publiquement vont d’un modèle 35 kW testé dans le Boulonnais en 2010 d’après La Tribune, à un prototype onshore plus ambitieux ensuite exploité à Fos-sur-Mer. Aucun parc commercial n’a vu le jour. L’impact climat potentiel était élevé; l’impact climat effectivement livré est resté marginal.
3. Innovations / partenariats
L’innovation centrale, c’était l’éolienne flottante à axe vertical, pensée pour réduire les charges mécaniques et alléger le flotteur. Nénuphar a très tôt cherché des alliés industriels: Technip, EDF France, Bureau Veritas et Arts et Métiers ParisTech apparaissent dès la première phase de développement. Le projet européen INFLOW, financé par la Commission européenne entre 2011 et 2015, visait explicitement à préparer l’industrialisation et un parc flottant de 26 MW avec 13 machines. L’entreprise a aussi déposé la marque TWINFLOAT en 2015, signal qu’elle cherchait à structurer un portefeuille technologique, pas seulement un prototype de laboratoire.
4. Greenwashing / zones grises
La zone grise de Nénuphar tient moins à un discours climat mensonger qu’à l’écart entre promesse techno et maturité réelle. L’entreprise revendiquait jusqu’à 30 % de baisse des coûts d’investissement et d’exploitation par rapport aux turbines offshore classiques, affirmation reprise par Bpifrance et par la littérature sectorielle, sans qu’un parc commercial n’ait permis de la vérifier à grande échelle. Autre fragilité: une dépendance extrême à la commande publique, aux subventions et à quelques grands partenaires industriels. Quand Areva se retire de l’éolien offshore et qu’EDF refuse d’avancer sans partenaire industriel, le château de cartes tombe, selon Windpower Monthly. Aucun rapport RSE ou CSRD récent et exploitable n’a été trouvé; ce silence est cohérent avec une société liquidée avant l’ère du reporting extra-financier généralisé.
5. Positionnement stratégique
Selon les éléments disponibles, Nénuphar avait raison trop tôt, ou trop seul. Le marché qu’elle visait existe désormais pleinement: la PPE 2026-2035 et la planification maritime française donnent enfin une visibilité de long terme à l’éolien en mer flottant, notamment en Méditerranée et sur l’Atlantique, via le ministère. Mais la start-up n’a pas survécu assez longtemps pour profiter de cette fenêtre. Son cas dit quelque chose de la transition énergétique française: l’innovation existe, le passage à l’échelle, lui, reste brutalement sélectif.
Verdict WattsElse
Nénuphar n’est pas un faux vert, c’est un vrai pari industriel perdu. Une entreprise qui avait flairé la bonne vague, mais qui a coulé avant que le marché français ne sache vraiment la porter.
Sources : front-afrique.latribune.fr · bpifrance.fr · offshorewind.biz · manageo.fr · windpowermonthly.com · ecologie.gouv.fr · iee.fraunhofer.de · www2.ecologie.gouv.fr
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