Shariket Karhaba Koudiet Eddraouch SpA (SKD)
À El Taref, la Shariket Karhaba Koudiet Eddraouch SpA (SKD) a porté l’une des plus grosses centrales à cycle combiné du pays.
À propos de Shariket Karhaba Koudiet Eddraouch SpA (SKD)
1. Modèle économique
SKD était structurée comme filiale de production d’électricité du couple Sonelgaz / Sonatrach : la fiche projet du Global Energy Monitor indique une détention capitalistique du site par Shariket Karhaba Koudiet Eddraouch SpA sous parents Sonelgaz SpA et Sonatrach SpA. Le périmètre « revenus » est celui du service public algérien de l’électricité : pas de données publiques de chiffre d’affaires ni de résultat isolées pour SKD après sa disparition juridique. Selon les éléments publics consolidés publiés par Sonelgaz, la fusion-absorption par SKS — actée en octobre 2020 — a abouti pour la nouvelle entité SKS à 3 582 MW de capacité installée pour 315 agents, en regroupant SKD avec d’autres SK du groupe (installation du périmètre SKE issue des SKx). La centrale elle-même est citée avec trois unités combinées gaz/fioul d’environ 400 MW chacune, soit au moins 1 200 MW nominaux au total selon GEM. À l’époque de la mise en chantier, le contrat ÉPC avait été associé au tandem General Electric / Iberdrola Ingeniería y Construcción dans la littérature projet (livraisons logistiques IMA).
2. Impact réel
Le bilan climat du site est celui d’une production thermique à l’hydrocarbure. GEM classe le combustible comme gaz naturel principal avec liquides fossiles (fioul) en secours pour chaque bloc (combustibles par unité). Une telle géante ne « décarbone » pas par elle-même le mix national : elle le stabilise tant que les besoins augmentent vite — une documentation de projet mentionne une demande nationale d’électricité en hausse de plus de 7 % par an et une augmentation de l’ordre de 18 % de la puissance nationale installée lors de la montée du complexe à ≈1 200 MW (bilans projet IMA). Pour un lecteur européen, la programmation française (PPE3) ou les fiches ADEME ne s’appliquent pas directement à cet opérateur algérien ; l’écart utile est plutôt comparatif : ici, l’électricité reste indexée sur le gaz amont et un réseau de transport vulnérée aux perturbations, ce qui impose des équilibres autres que dans un marché européen exposé au prix CO₂.
3. Innovations / partenariats
Le dossier technique public repose sur un parc GE : turbines à gaz classe F depuis les usines de Belfort et chaîne combinée tripartite (gaz/vapeur) selon les brèves industrielles de chantier (détail projet logistique IMA listant trois turbines gaz et trois vapeur — HRSG en nombre). Une opération physique remarquable a été menée avec ≈523 000 pieds de fret lourd/indivisibles acheminés depuis Annaba et Skikda, avec routes et ponts temporaires (livraisons lourdes IMA). Institutionnellement, la phase post-2020 a muté vers Sharikat Kahraba El Djazair (SKE), désignée par Sonelgaz comme levier d’investissement EnR et sponsor de développements, dans le cadre verbalisé à l’installation de dirigeants en avril 2021 — signal de direction stratégique plus que de projet EnR géolocalisé sur le site même de Koudiet.
4. Greenwashing / zones grises
Première zone grise, structurelle : le traitement juridique de SKD en filiale fusionnée complique tout reporting unitaire façon CSRD, alors même que Sonelgaz affiche publiquement une feuille de route (« stratégie Sonelgaz 2035 », mention explicite sur la page officielle lors de l’installation de SKE en 2021) — promesse groupe, pas tableau de suivis par centrale retrouvé en ligne pour l’actif Koudiet. Deuxième zone grise, matériellement chiffrée : le réseau de distribution supporte des stress massifs et documentés par la presse locale et l’agence nationale — en février 2026, Algérie Presse Service rapporte 720 pannes réparées et le rétablissement du courant pour plus de 1,8 million d’abonnés après des intempéries fin janvier 2026 (communiqué APS). Cette échelle d’incidents — indépendante de la seule centrale de l’Est — souligne que la puissance installée locale ne suffit pas à garantir une continuité côté utilisateur lorsque chaîne HV et temps fort concourent ; le risque narratif pour le groupe est de faire cohabiter priorité export / EnR institutionnelles avec une empreinte fossile inchangée sur les super-centrales existantes.
5. Positionnement stratégique
Le site reste dans le giron public — Sharikat Kahraba El Djazair est détenue 51 % Sonelgaz / 49 % Sonatrach selon cette même source officielle —, ce qui cristallise une dualité géopolitique du gaz algérien : alimenter turbines domestiques tout en donnant carte à Sonatrach côté amont pétrogazier (le cache secteur WattsMonde « Pétrole & Gaz » prend ici sens : puissance financée par une filière hydrocarbures intégrée). Après absorption, SKD existe surtout comme segment de capacité (~1 200 MW de la plaque Koudiet Eddraouch) dans un tableau SKS/SKE à 3 582 MW (mémo opérationnel Sonelgaz), sans visibilité publique sur un capex EnR affecté spécifiquement à ce plot.
Verdict WattsElse
SKD n’est plus un « nom de bourse » ; c’est un gigawatt de gaz nationalisé qui sert de ballast au réseau tant que la demande court plus vite que le verdissement. Tant que la pression sur le réseau se mesure en centaines de pannes et millions d’abonnés touchés en quelques jours (dépêche APS), le « champion » thermique reste indispensable — et politiquement indérogeable.
Sources : gem.wiki · sonelgaz.dz · imadxb.com · aps.dz
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