Siemens Gamesa Renewable Energy
Champion européen de la turbine, Siemens Gamesa vend aujourd’hui autant une promesse industrielle qu’une promesse climatique.
À propos de Siemens Gamesa Renewable Energy
1. Modèle économique
Siemens Gamesa vit de trois jambes : la vente de turbines terrestres, l’offshore, et surtout les services de maintenance sur la durée. C’est ce triptyque qui donne de la visibilité au groupe : dans la communication investisseurs de Siemens Energy pour l’exercice 2024, Siemens Gamesa affiche 10,0 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 7,3 milliards d’euros de commandes et 38 milliards d’euros de carnet, dont 50% en services (shareholder letter 2024). La maison mère précise aussi une croissance comparable de 11,1% en 2024, mais encore un résultat négatif d’environ 1,8 milliard d’euros, avec un retour à l’équilibre visé en 2026 (Q4 FY2024). Côté empreinte humaine, l’entreprise revendique 28 150 salariés et plus de 130 GW installés dans le monde (about us). En France, elle pèse déjà plus de 1 000 salariés, près de 4 GW onshore installés et 2,5 GW offshore en cours d’installation (SER). Le capex global 2024 de Siemens Gamesa n’est pas publié de façon lisible en standalone, mais un investissement de 200 millions d’euros au Havre a été annoncé en février 2025 pour adapter l’usine aux pales de 115 mètres des turbines 14 MW (Connaissance des Énergies).
2. Impact réel
Sur le plan climatique, Siemens Gamesa opère dans une technologie qui reste parmi les plus sobres en carbone sur l’ensemble du cycle de vie : l’ADEME donne 14,1 gCO2e/kWh pour l’éolien terrestre français et 15,6 gCO2e/kWh pour l’éolien en mer. L’entreprise peut donc légitimement revendiquer un rôle clé dans l’électrification bas carbone, d’autant que la PPE3 pousse la France vers 31 GW d’éolien terrestre en 2030 et 15 GW d’éolien en mer en 2035. Mais l’impact réel ne se résume pas au CO2 évité. L’ADEME Infos rappelle que l’éolien terrestre exerce des pressions documentées sur les oiseaux et les chauves-souris, tandis que les travaux PIAFF&CO soulignent en mer des risques de collision, de perturbation des usages de zone et la nécessité de suivis environnementaux robustes. En clair : Siemens Gamesa est du bon côté de la décarbonation, mais pas hors-sol écologiquement.
3. Innovations / partenariats
L’entreprise mise sa relance sur l’offshore géant et sur une promesse de circularité mieux industrialisée. En avril 2026, RWE a installé au Danemark la première turbine offshore combinant une tour en acier à émissions réduites et des pales recyclables Siemens Gamesa ; le groupe affirme que la technologie GreenerTower réduit l’empreinte de la tour de 63% et l’empreinte globale de la turbine d’environ 20% (RWE). Sur le front commercial, le contrat signé avec ScottishPower en novembre 2024 pèse plus d’1 milliard de livres pour 64 turbines SG 14-236 DD sur le parc East Anglia TWO de 960 MW (Siemens Gamesa). En Pologne, Siemens Gamesa est aussi embarqué dans les grands programmes Baltique, avec des accords sur Baltica 2 et Bałtyk II/III, signe que la société verrouille les marchés européens les plus structurants (press release Baltica 2, Polenergia).
4. Greenwashing / zones grises
Le principal angle mort n’est pas le discours climat, mais l’exécution industrielle. En 2023, Siemens Energy avait chiffré 2,7 milliards d’euros d’impacts liés aux défauts des plateformes onshore 4.X et 5.X, aux surcoûts produits et aux difficultés de montée en cadence offshore (Siemens Energy). Reuters rappelait encore en septembre 2024 la reprise très encadrée des ventes de la 4.X après la crise qualité (Reuters). Autre zone grise : une partie du discours “industrie verte européenne” repose fortement sur la commande publique et les critères de résilience. L’extension du Havre bénéficie d’environ 170 millions d’euros de soutiens publics cumulés, et Paris assume désormais un biais pro-industrie européenne dans ses appels d’offres offshore (Connaissance des Énergies). Enfin, la lecture RSE reste morcelée entre la page ESG reports, le rapport durabilité 2024 de Siemens Energy et le CNFS 2024 espagnol : transparent, oui, mais peu lisible pour qui veut isoler la performance propre de Siemens Gamesa.
5. Positionnement stratégique
Siemens Gamesa joue une partition claire : redevenir rentable en capitalisant sur l’explosion attendue de l’offshore européen, tout en transformant ses usines continentales en argument politique autant qu’industriel. Le signal fort, c’est qu’elle reste au centre des grands corridors publics-privés de l’éolien en mer au Royaume-Uni, en Pologne et en France, au moment où la PPE3 et les nouveaux appels d’offres redessinent la chaîne de valeur. La vraie question n’est plus de savoir si le marché sera là. Elle est de savoir si Siemens Gamesa peut livrer à temps, sans rechute qualité, dans une guerre des coûts désormais mondialisée.
Verdict WattsElse
Un poids lourd indispensable de la transition, mais encore convalescent. Siemens Gamesa vend du futur à grande échelle ; il lui reste à prouver qu’il sait le fabriquer sans fissure.
Sources : assets.siemens-energy.com · siemens-energy.com · siemensgamesa.com · syndicat-energies-renouvelables.fr · connaissancedesenergies.org · prod-basecarbonesolo.ademe-dri.fr · actu.afite.org · infos.ademe.fr · librairie.ademe.fr · rwe.com · siemensgamesa.com · siemensgamesa.com · polenergia.pl · siemens-energy.com · reuters.com · siemensgamesa.com · assets.siemens-energy.com · assets.siemens-energy.com
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