TEAL Mobility
Coentreprise lancée en 2024 par deux poids lourds de l’énergie, TEAL Mobility incarne l’enjeu brut du fret décarboné : verrouiller les corridors avant le camion, tout en sachant que l’infrastructure, le crédit et l’argent public avancent en premier.
À propos de TEAL Mobility
1. Modèle économique
TEAL Mobility se présente comme opérateur d’un réseau d’avitaillement hydrogène pour poids lourds : elle développe, opère et alimente des stations, et commercialise l’H₂ à des clients B2B (transporteurs, chargeurs) sous la marque TotalEnergies. La gouvernance est celle d’une coentreprise paritaire (50/50) entre TotalEnergies et Air Liquide, chacun apportant logistique de réseau et chaîne d’approvisionnement. Sur le plan financier, en février 2026, BBVA CIB agit en qualité de prêteur unique pour financer la première phase du déploiement ; le montant n’est pas rendu public dans ce communiqué. Les revenus (chiffre d’affaires, marge) de la seule entité ne sont pas ressortis, dans les sources accessibles ici, sous une forme consolidée — ce qui n’est pas surprenant pour une filiale récente dont la visibilité comptable est absorbée par les grands comptes des actionnaires. L’objectif d’infrastructure : plus d’une centaine de stations sur une décénnie lancée en 2024, autour d’infrastructures denses (ports, nœuds logistiques).
2. Impact réel
D’après le bilan diffusé en janvier 2026, TEAL compte 15 stations en exploitation dans cinq pays (France, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Allemagne) ; sept mises en service au cours de 2025, dont notamment Reims et Marseille-Fos en France, avec des sites en Allemagne et aux Pays-Bas. Chaque installation récente est présentée avec une capacité d’environ 1 t/j d’H₂ et des pressions 350 et 700 bar pour couvrir véhicules utilitaires et poids lourds. Côté bruit et CO₂, le discours cible l’élimination des émissions au point d’utilisation, avec une comparaison implicite au diesel. En pratique, l’impact carbone dépend moins de la tôle des distributeurs que de l’origine de l’hydrogène (électrolyse renouvelable, retraitements industriels, import, etc.) — thème central du débat public sur l’H₂ mobilité et aligné sur les exigences européennes d’infrastructures pour carburants alternatifs (règlement « AFIR »), qui cadreront l’arbitrage des investissements sur le réseau routier de référence.
3. Innovations / partenariats
L’opérateur a lancé en 2025 une carte H₂ et un portail de gestion de flottes, pour tendre vers « un réseau, une facture, une carte » (communiqué du 8 janvier 2026). Côté écosystème, TEAL a co-fondé l’Hydrogen Infrastructure Alliance (H2IA), fédération d’infrastructures qui vise, selon le même texte, un millier d’avitaillements par jour d’ici 2028 pour l’ensemble des membres (pas seulement TEAL). L’opérateur agit en gestionnaire de dispositifs d’aide : par exemple, le programme SWIM aux Pays-Bas est cité pour 50 camions subventionnés en 2025 pour des clients. La station de Reims bénéficie d’environ 30 % de co-financement CINEA / AFIF ; celle de Marseille-Fos s’inscrit dans le projet HyAMMED (soutien public français et européen, dont partenariat H2Haul et Clean Hydrogen Partnership). Un volet d’adhésion H2Accelerate illustre la stratégie d’alignement sur les lobbies et industriels poids lourd. Les brevets propres ne sont pas documentés de façon publique sur ce périmètre. Pour le volet RSE/CSRD : aucun rapport de durabilité autonome de la coentreprise n’est apparu dans les recherches menées ici — la transparence extra-financière se lit surtout via les publications d’Air Liquide et les documents du groupe TotalEnergies, dont les activités hydrogène s’agrègent à des périmètres beaucoup plus larges.
4. Greenwashing / zones grises
Le principal risque d’image n’est pas le maquillage de chiffres opérationnels — assez visibles (nombre de sites, partenaires) — mais la cohérence entre le narratif « zéro émission à l’échappement » et la fiche carbone du carburant, encore souvent liée à l’électricité ou aux débouchés industriels, pas à une électrolyse verte systématique. La dépendance aux aides est assumée : co-financements européens (AFIF), dispositifs nationaux, voire mécanismes fiscaux à venir. TEAL met en avant en France l’espoir d’un prix à la pompe sous 10 €/kg grâce aux TIRUERT et IRICC — c’est-à-dire un marché administré de certificats, pas un coût pur « marché spot ». Enfin, la documentation corporate vante ~15 min de ravitaillement et ~800 km d’autonomie : utile, mais comparée à la recharge mégawatt des camions électriques, cela alimente le débat sur un possible cannibalisage technologique à horizon 2030, si les batteries gagnent la course du TCO sans subvention.
5. Positionnement stratégique
TEAL se place comme le fer de lance des deux groupes pétrogaz / gaziers sur l’H₂ routier longue distance : un pari d’early mover quand le cadre AFIR / Fit for 55 transforme l’infrastructure d’incentive en obligation de résultat sur le cœur de réseau. Avec le plan d’ouverture 2026 (Mulhouse, Duisburg, Anvers, Rotterdam, Berlin) évoqué ici et retraversé côté presse spécialisée (H2-Mobile), l’enjeu n’est plus seulement de « parler H₂ », c’est d’empiler les stations assez vite pour que l’objectif d’>100 unités d’ici la fin de la décénnie cesse d’être un horizon PowerPoint. Le financement bancaire signe la banalisation du crédit « transition » sur l’H₂ — en même temps qu’il analyse l’adéquation revenu/dette, sous les yeux des constructeurs (IVECO, MAN, etc.).
Verdict WattsElse
TEAL Mobility n’est ni une start-up de garage ni un conte de fée carbone : c’est l’offensive d’infrastructure de deux majors pour occuper l’enveloppe réglementaire avant 2030, avec un H₂ qui reste, pour l’instant, autant un produit d’appel politique qu’un kWh négocié à armes égales sur le marché. Le réseau se construit vite ; le climat se jugera sur la couleur des molécules, pas sur le carburant des caméras d’hypermarché poids lourd.
Sources : gasmobility.totalenergies.com · bbvacib.com · tealmobility.com · eur-lex.europa.eu · transport.ec.europa.eu · h2accelerate.eu · airliquide.com · totalenergies.com · h2-mobile.fr
Explorez l'annuaire complet des acteurs de la transition
Autres acteurs de l'écosystème
BOC
BOC n’est pas une mairie rhénane : c’est une rampe de tir mondiale pour Linde dans la livraison d’oxygène, d’azote, d’hydrogène et de CO₂ marchand vers aciéries, hôpitaux et transports lourds.
Voir la ficheElnusa
PT Elnusa Tbk (Bourse de Jakarta : ELSA), filiale de services et de logistique du périmètre Pertamina, affiche en 2025 un chiffre d’affaires record et une marge nette d’environ 5 % : la transition affichée par le groupe s’inscrit pour l’instant surtout dans l’efficacité opérationnelle (GPL, stockage, services amont) et des pilotages bas carbone ciblés — pas…
Voir la ficheJSC Norilsk-Taimyr Energy Company (JSC NTEK)
Au cœur de l’Arctique russe, NTEK fait tourner mines et villes avec deux géants de barrages — et une part d’électricité « verte » qui masque une addiction au gaz pour la chaleur.
Voir la ficheBanque de France
Institut d’émission et pivot de la stabilité financière en France, la Banque de France met en scène un virage vert documenté — obligations vertes, exclusions charbon, trajectoire 1,5 °C sur une partie des portefeuilles.
Voir la ficheOpus Energy
Fournisseur historique d’électricité (et naguère de gaz) pour les entreprises au Royaume-Uni, Opus Energy a basculé en 2024-2025 du scandale réglementaire à l’essoufflement du modèle PME, avant un transfert de portefeuille qui pose autant de questions comptables que climatiques.
Voir la ficheAyen Enerjİ Anonİm Ştİ.
Ayen Enerji A.Ş., cotée à Istanbul (AYEN.IS), vend surtout de l’électricité produite par un parc hydro–éolien–solaire en Turquie et sur des actifs balkaniques ; les chiffres 2025 crient toutefois la brutale compression des marges en livres turques.
Voir la ficheOnTrain Sp. z o.o.
** Née fin 2023, officialisée à la fin 2024, la plateforme polonaise OnTrain aligne des centaines de millions d’euros de dette et des dizaines de locomotives électrique multisystème pour proposer du leasing là où l’Europe centrale a du retard sur le renouvellement du parc.
Voir la ficheInstituto Nacional de Tecnología Industrial
L’Instituto Nacional de Tecnología Industrial (INTI) est l’incarnation rare, côté État, du maillon « réseaux et distribution » : certification, métrologie et ingénierie pour brancher l’industrie sur des systèmes électriques fiables.
Voir la ficheAnhui Hefei United Power Generation Ltd
Installée dans la banlieue industrielle d’Hefei, cette société incarne une centralité locale du charbon sous un nom qui prête à confusion : elle tient le rôle d’exploitant connu en anglais sous l’étiquette Anhui Hefei United Power Generation, sur un site distinct du mastodonte 1,26 GW porté par Wenergy.
Voir la ficheLegrand
Record de chiffre d’affaires en 2025, moteurs « transition » et numérique dans le bilan…
Voir la ficheM. Torres Desarrollos Energéticos, S. L.
Filiale éolienne d’un conglomérat plus connu pour l’aéronautique, M.
Voir la ficheTALLINN UNIVERSITY OF TECHNOLOGY
La Tallinn University of Technology entend incarner la transition propre d’une Estonie ultraconnectée, avec une feuille de route climat jusqu’en 2035 et un budget encore structuré par la recherche sur le schiste bitumineux.
Voir la ficheBJ Services Company
Le nom BJ Services Company renvoie souvent, dans les bases « pétrole & gaz », à une lignée de services de fond de puits et de complétion qui a traversé rachats, scissions et une procédure collective aux États-Unis avant de renaître sous la bannière BJ Energy Solutions : c’est cette entité opérationnelle, basée au Texas (The Woodlands), qui porte aujourd’hui…
Voir la fichePSA Peugeot Citroën
** Le nom « PSA Peugeot Citroën » désigne aujourd’hui un chaînon français absorbé par Stellantis en 2021 — une coquille juridique vide, mais un héritage industriel français toujours massif.
Voir la ficheHAFFNER Energy
Une cleantech marquante sur le papier : hydrogène, syngas et SAF issus des résidus de biomasse, brevets nombreux et annonces géopolitiques.
Voir la ficheL1 Energy
Branche énergie du groupe LetterOne, L1 Energy incarne une stratégie d’amont fossile pilotée depuis Londres et structurée en participations minoritaires — Harbour, Repsol Upstream, Dayim — au moment où le Royaume-Uni serre la vis « sécurité nationale » et fiscalité.
Voir la fichePlantas Eolicas Canarias SA - Ingenio
La juridique Plantas Eolicas Canarias (PECSA) — exploitante historique de petits parcs à Gran Canaria et Lanzarote — n’est plus un acteur du marché : la société apparaît comme société anonyme éteinte (CIF A35433598, création 1996) à l’adresse publique de Las Palmas, ce qui confirme qu’on parle bien d’une entité éolienne territoriale aux Canaries et non d’un…
Voir la ficheGuoneng Shanxi Hequ Power Generation Co Ltd
À Hequ, dans le Shanxi, une filiale de China Energy tourne déjà à plein régime sur 2,4 GW de charbon — et offre au pays une vitrine d’efficacité énergétique tout en préparant 1,32 GW de plus.
Voir la ficheSiemens (China)
** Chez Siemens, la Chine n’est plus surtout l’histoire d’un équipementier qui vend des volumes : c’est le laboratoire d’une « tech company » industrielle, avec usines digitales, logiciels et intégration de l’IA.
Voir la ficheRepvåg Kraftlag SA
Coopérative d’épargne nord-norvégienne, Repvåg Kraftlag incarne l’hypothèse inverse du « pure player » techno : une production modeste mais tenace dans l’extrême nord, désormais diluée dans un groupe régional dont la valeur vient du réseau et du pacte territorial.
Voir la ficheAntaris Solar GmbH & Co KG
** Une Kommanditgesellschaft de Bavière qui vend encore la transition électronique par le toit, mais dont la trajectoire se lit autant dans les modules que dans les arbitrages internationaux et les acquisitions joaillières du groupe Göde.
Voir la ficheJolt Capital
Investisseur profondément technique qui mise sur le futur... sans oublier de garder un pied dans le présent capitalistique.
Voir la ficheCEDENAR
Le département de Nariño voit son électricité portée par une société hybride — distribution presque totale en zones urbaines et petit bouquet hydro qui ne suffit pas à l’ambition nationale d’une électrification sans friction.
Voir la ficheNational Energy Group Yongzhou Power Generation Co Ltd
Subsidiary à capital mixte du premier groupe charbonnier chinois, cette société ne vend pas du vert : elle vend la fiabilité du réseau et des blocs ultra-supercritiques fraîchement entrés en service — avec une phase II annoncée qui redessine l’empreinte climatique du Hunan pour les prochaines décennies.
Voir la fiche