Pétrole & Gaz

Termoesmeraldas

Pilotée par la CELEC EP à Esmeraldas (Équateur), Termoesmeraldas n’est pas une « junior pétrolière » au sens Nasdaq : c’est une unité commerciale de la Corporación Eléctrica del Ecuador qui injecte du thermique dans le système interconnecté national — en brûlant des combustibles issus de la filière pétrolière locale, donc du pétrole & gaz…

Thermique publique équatorienne au carrefour du fioul et du réseau

À propos de Termoesmeraldas

1. Modèle économique

Le modèle est celui d’un producteur thermique public intégré : *Termoesmeraldas* opère notamment les centrales Esmeraldas I et Esmeraldas II (avec d’autres actifs listés sur le portail de l’unité, dont *La Propicia*) au service du réseau national, sous la gouvernance de la CELEC EP (portail Termoesmeraldas). Les revenus ne se lisent pas comme ceux d’une Euronext : ils sont consolidés dans la comptabilité d’entreprise publique et des mécanismes de transparence équatoriens ; un chiffre d’affaires intrabudgetaire n’a pas été isolé dans les sources consultées pour cette fiche.

Sur le plan des investissements documentés, la réhabilitation du parc thermoélectrique a été chiffrée à 23,43 millions de dollars pour 2021 sur Esmeraldas I et II (communiqué CELEC EP 2021). Plus récemment, la Central Térmica Esmeraldas I est repassée à une puissance annoncée de 125 MW après des travaux correctifs menés fin octobre 2025 (article CELEC, publié le 5 novembre 2025). L’unité assume aussi des fonctions de commande publique locale (achats de services auprès d’acteurs d’« économie populaire et solidaire »), avec des montants publics sur 2021 évoqués dans le même bilan (même source).

2. Impact réel

Techniquement, le thermique Esmeraldas II s’appuie sur une chaîne fuel oil rattachée à l’écosystème pétrolier Pacifique — le fioul n°6 est explicitement cité dans les descriptifs ministériels de la centrale (fiche technique ministérielle). L’« impact climat » se lit donc sans détour : missions de GES et qualité de l’air sont celles d’une combustion fossile lourde, avec flexibilité réseau mais empreinte carbone élevée par kWh par rapport aux renouvelables — la comparaison n’est pas aux objectifs PPE3 français (hors juridiction), mais aux plans nationaux équatoriens de mix et aux stress tests climatiques qu’impose un littoral industriel vieillissant.

Au-delà du carbone atomisé, l’impact territorial est couplé au pétrole : une synthèse en open access sur la rupture du SOTE en mars 2025 estime 25 116 barils de brut dans les rivières Caple, Viche et Esmeraldas, une propagation sur 86 km affectant mangroves et estuaire, et environ 500 000 personnes exposées aux perturbations de l’approvisionnement en eau dans plusieurs provinces du nord côtier (article PMC/Health). Ce n’est pas un bilan carbone de *Termoesmeraldas*, mais la carte sanito-environnementale dans laquelle s’inscrit l’électricité fioulisée d’Esmeraldas.

3. Innovations / partenariats

Innovation, ici, veut dire ingénierie de récupération de puissance et gouvernance de crise réseau : en 2021, Esmeraldas II récupère une puissance nominale annoncée de 96 MW grâce au remplacement de trois moteurs financés via des fonds d’assurance, selon le bilan officiel (communiqué CELEC EP 2021). Côté politique industrielle locale, l’unité met en avant des mécanismes de commande publique orientés vers l’emploi de proximité (2 millions de dollars et 200 emplois évoqués sur 2021, même source).

Sur le volet social, le site recense plus de 400 jeunes en pratiques préprofessionnelles en 2025 (dossier d’actualité 2025) et un réapprovisionnement du dispensaire à hauteur de 135 986 dollars en juin 2025 (note du 18 juin 2025).

4. Greenwashing / zones grises

D’abord la précision d’identité : beaucoup de « faits pétroliers » médiatisés à Esmeraldas concernent Petroecuador et la raffinerie, pas la division CELEC. Les mélanger serait une faute de diligences. Mais ne pas relier les deux, dans une baie industrielle unique, serait du discours :

- La presse régionale quantifie une chute vertigineuse des enveloppes de raffinage : environ 400 millions USD en 2015 contre 22 millions USD en 2025 (El Oriente). Ce n’est pas un poste CELEC, mais c’est le signal d’approvisionnement — et de qualité opérationnelle — sur lequel s’appuient les stratégies fioul du voisinage. - Toujours selon El Oriente, trois incendies (et un séisme) en moins d’un an jusqu’au 1er mars 2026, avec paralysie du complexe le soir de l’incendie des pompes de charge de l’unité SEVIA (même article). Reuters rappelle par ailleurs une capacité de raffinage de l’ordre 110 000 barils/jour sur le site d’Esmeraldas (dépêche Reuters). - Sur les résidus et débordements, un récit technique du 30 janvier 2025 décrit l’incendie d’une fosse SLOP et des fuites vers la rivière Teaone (Renovables Verdes (traduction)).

Greenwashing, au sens strict, ce n’est pas seulement le logo RSE : c’est le récit de la transition qui masque une dépendance structurelle au fossile et des épisodes sanitaires documentés au laboratoire médical (par ex. 25 116 barils et 500 000 personnes affectées au plan de l’eau selon PMC/Health). Les opérations CELEC peuvent être propres sur paperboard ; la baie, elle, reste un carrefour de risques pétroliers où la comptabilité carbone ne remplace pas la traçabilité environnementale.

5. Positionnement stratégique

Sur le court terme, *Termoesmeraldas* incarne le soutien firm du réseau : 125 MW réactivés sur Esmeraldas I après maintenance en 2025 (CELEC). Sur le moyen terme, la question n’est pas « pour ou contre le fioul », mais à quel prix social et avec quelle fiabilité d’approvisionnement lorsque la raffinerie bascule en mode incident (Reuters, El Oriente). Côté veille européenne : pas de chaîne ADEME / Connaissance des Énergies directement applicable à cette entité hors UE ; l’angle WattsElse est plutôt comparatifflexibilité thermique vs cadre climatique et finance verte.

Verdict WattsElse

*Termoesmeraldas* n’est pas une anecdote latino-américaine : c’est le thermomètre d’un Équateurle courant et le brut partagent la même baie — et où la maintenance se budgétise ou explose au feu. Ici, électrifier, ce n’est pas décarboner : c’est sécuriser, au risque de recoller un récit d’urgence sur une géographie toxique.

Sources : celec.gob.ec · celec.gob.ec · celec.gob.ec · ambienteyenergia.gob.ec · pmc.ncbi.nlm.nih.gov · celec.gob.ec · celec.gob.ec · eloriente.com · reuters.com · en.renovablesverdes.com

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