Titas Gas
À Dhaka, Titas Gas n’est pas une simple utility: c’est l’artère qui alimente ménages, commerces et usines d’une mégapole sous tension.
À propos de Titas Gas
1. Modèle économique
Titas Gas vit d’un métier simple en apparence: transporter et distribuer du gaz naturel dans le Grand Dhaka et Mymensingh pour les foyers, le commerce, l’industrie, la production captive et le GNV. Le groupe reste de très loin l’opérateur central du pays, avec environ 2,878 millions de clients, 55% de part de marché dans les ventes et plus de 13 000 km de canalisations, d’après Dhaka Tribune et The Business Standard. Le volume d’affaires reste massif: sur l’exercice 2023-2024, Titas a vendu 14 495 millions de m3 de gaz pour un chiffre d’affaires brut de 35 692 crores Tk, mais a tout de même fini l’année sur une perte nette de 744 crores Tk, selon New Age. La dérive s’est aggravée ensuite: perte nette de 772 crores Tk sur FY2024-25 et 1 680 crores Tk de pertes cumulées sur trois ans, d’après The Business Standard. Son vrai talon d’Achille n’est donc pas la demande, mais le couple fuite-vol-fiscalité.
2. Impact réel
L’impact climatique réel de Titas est d’abord celui d’un grand distributeur de gaz fossile, pas d’un acteur de décarbonation. Son réseau a affiché 1 204 millions de m3 de pertes système en FY24, soit 7,67% des volumes, très au-dessus du plafond réglementaire de 2%, pour une valeur évaporée estimée à 2 945 crores Tk, selon The Daily Star. Le discours de réduction carbone n’est pas totalement vide: le projet de la Banque mondiale vise 3 250 kTCO2e évités d’ici 2028 grâce aux compteurs intelligents et à la baisse des pertes non techniques. Mais il faut lire la ligne fine: cette “abatement story” sert surtout à rendre plus efficace un système gazier existant. Même la NDB justifie le projet par le fait que seulement 39% de la demande quotidienne est servie aujourd’hui, poussant certains usagers vers diesel, charbon ou bois. Autrement dit, Titas peut réduire du gaspillage et certains surcoûts carbone, tout en prolongeant la place structurelle du gaz dans l’économie urbaine bangladaise.
3. Innovations / partenariats
Le grand virage technologique tient en deux briques: compteurs intelligents et modernisation réseau. Titas prévoit d’installer 1,75 million de smart prepaid meters à partir du second semestre 2026, financés par la Banque mondiale pour 1,1 million d’unités et par la BAD pour 650 000. En parallèle, l’entreprise pousse un chantier de 8 160,81 crores Tk pour remplacer et cartographier un réseau vieillissant, avec GIS, SCADA, rénovation de 2 718 à 2 781 km de conduites et un financement NDB pouvant aller jusqu’à 442 millions de dollars. L’objectif affiché est spectaculaire: faire passer la capacité de distribution de 275 à 1 008 MMCFD, selon The Financial Express. L’innovation, ici, n’a rien de glamour: c’est d’abord de la remise à niveau d’infrastructure critique.
4. Greenwashing / zones grises
La première zone grise est sémantique: présenter une expansion et une numérisation du réseau gazier comme un projet de “carbon abatement” peut se défendre en efficacité, mais ne transforme pas Titas en acteur de transition. La deuxième est institutionnelle: l’appel d’offres de 2 214 crores Tk sur les compteurs intelligents a dû être annulé après des soupçons de faux dossiers et de “dummy bids”, selon The Business Standard. La troisième est opérationnelle: les pertes ont encore bondi à 10,13% au premier trimestre FY26, malgré les discours de redressement, d’après The Business Standard. Enfin, Titas ne tient financièrement qu’au prix de coups de pouce publics: la baisse de la retenue à la source de 2% à 0,6% pourrait lui faire économiser 400 à 450 crores Tk, selon The Business Standard. Sur son site officiel, Titas publie bien des rapports financiers, mais aucun rapport RSE/ESG dédié n’a été clairement identifié.
5. Positionnement stratégique
Titas n’est pas en train de se verdir: elle essaie d’éviter la défaillance systémique. Son pari stratégique consiste à transformer une rente fossile trouée par le vol, les fuites et la vétusté en infrastructure pilotable, finançable et un peu moins honteuse pour les bailleurs. Dans un Bangladesh encore fortement dépendant du gaz pour l’industrie et la vie urbaine, cette remise à niveau peut créer de la valeur publique; encore faut-il que la gouvernance suive enfin les tuyaux.
Verdict WattsElse
Titas Gas n’est pas un champion climat, mais un opérateur fossile sous perfusion de modernisation. Si les compteurs intelligents et le renouvellement des conduites échouent à faire tomber les pertes, le groupe restera ce qu’il est déjà: un monopole indispensable, structurellement déficitaire, et de plus en plus difficile à défendre.
Sources : dhakatribune.com · publisher.tbsnews.net · newagebd.net · tbsnews.net · thedailystar.net · documents1.worldbank.org · ndb.int · tbsnews.net · thefinancialexpress.com.bd · tbsnews.net · tbsnews.net · tbsnews.net · titasgas.gov.bd
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