Pétrole & Gaz

Ukrnafta

Sous les frappes, Ukrnafta ne s’est pas contentée de tenir: l’entreprise a grossi.

Résilience énergétique de guerre dépendance fossile de long terme

À propos de Ukrnafta

1. Modèle économique

Ukrnafta vit d’un triptyque très classique: extraction d’hydrocarbures, transformation/traitement amont, puis distribution aval via un vaste réseau de stations. Sur son site, l’entreprise se présente comme le premier producteur pétrolier d’Ukraine, avec 86 licences d’exploitation, 1 810 puits de pétrole et 161 puits de gaz au 1er mars 2025, ainsi qu’un réseau de 545 stations sous marque propre avant intégration complète de Shell. En 2025, son chiffre d’affaires a atteint 99,6 milliards de hryvnias, un record audité par KPMG, avec 28,8 milliards de taxes et redevances versés au budget et 5 milliards de dividendes à l’État.

Le groupe a aussi renforcé le levier retail: l’acquisition de 51% du réseau Shell Ukraine ajoute 118 stations et fait d’Ukrnafta l’opérateur du plus grand réseau du pays. Interfax chiffre désormais l’ensemble à 663 stations, avec des ventes de carburants en hausse de 50% en 2025 et des ventes hors carburant en hausse de 118%. En revanche, les capex consolidés et l’effectif total ne sont pas détaillés de manière claire dans les documents publics consultés.

2. Impact réel

Le bilan réel est d’abord celui d’un acteur fossile en expansion. En 2024, Ukrnafta a produit 1,418 million de tonnes de pétrole et 1,17 milliard de m3 de gaz, en hausse respectivement de 0,6% et 6,5%, malgré les coupures d’électricité et la guerre, selon le communiqué corporate repris par Reuters. En 2025, la dynamique continue: 25 nouveaux puits, soit +150% par rapport à 2024, et une production d’hydrocarbures encore en hausse.

Certes, l’entreprise met en avant des certifications ISO 9001, 14001 et 45001, et la BERD pousse un agenda de gouvernance climat. Mais à ce stade, aucune publication publique robuste de type rapport RSE/CSRD complet, inventaire carbone détaillé ou trajectoire de réduction d’émissions vérifiée n’a été trouvée. Rapporté aux trajectoires de sortie des fossiles défendues dans les scénarios Transition 2050 de l’ADEME ou dans la PPE 3 française, Ukrnafta reste donc du mauvais côté de la courbe: elle sécurise l’approvisionnement en temps de guerre, mais elle allonge aussi la vie économique du pétrole et du gaz.

3. Innovations / partenariats

Le grand mouvement récent n’est pas une bascule renouvelable, mais une hybridation entre hydrocarbures et sécurité électrique. La BERD a approuvé en juillet 2025 un prêt de 160 millions d’euros, complété par jusqu’à 121 millions d’euros de subventions, pour financer environ 250 MW de capacités de cogénération au gaz dans la région de Dnipro. L’objectif est clair: fournir une électricité flexible et décentralisée à un réseau ukrainien régulièrement frappé.

Ukrnafta parle aussi de montée en puissance de ses capacités internes de forage, avec 7 puits sur 25 forés en propre en 2025. Côté distribution, le rachat de Shell Ukraine consolide un maillage commercial décisif dans un pays où la logistique énergétique est devenue une affaire de souveraineté.

4. Greenwashing / zones grises

Le risque de greenwashing existe précisément là où Ukrnafta parle de “transition”. Le dossier BERD mentionne une future stratégie climat, une analyse de double matérialité et des engagements de reporting durabilité, mais il confirme aussi que l’argent finance d’abord des unités de cogénération au gaz, pas une sortie du fossile. En clair: c’est de la résilience de guerre, pas de la décarbonation dure.

La gouvernance reste également chargée. L’État a pris le contrôle des parts privées sous loi martiale en 2022, décision racontée par Reuters, tandis qu’Ihor Kolomoisky conteste toujours cette saisie dans une interview Interfax. S’y ajoute un lourd passif corruption: la justice ukrainienne instruit toujours le dossier de détournement de 13,3 à 13,8 milliards de hryvnias lié à des opérations de 2015, avec audience préparatoire rapportée par Komersant.

5. Positionnement stratégique

Ukrnafta joue aujourd’hui une partition à part: champion national fossile, mais habillé en opérateur de résilience. Son avantage stratégique tient à la guerre elle-même: dans une Ukraine frappée sur ses infrastructures, produire du gaz local, vendre du carburant et installer des moyens pilotables devient un actif politique autant qu’industriel. Le problème, c’est que cette pertinence conjoncturelle peut aussi figer l’entreprise dans un rôle de forteresse fossile au moment même où les économies européennes cherchent à s’en extraire.

Verdict WattsElse

Ukrnafta n’est pas une licorne de transition: c’est une major nationale de survie. Redoutablement utile à court terme pour tenir le système, mais encore très loin d’un récit crédible de sortie des fossiles.

Sources : ukrnafta.com · finway.com.ua · reuters.com · en.interfax.com.ua · ukrnafta.com · reuters.com · ukrnafta.com · ademe.fr · citepa.org · ebrd.com · naftogaz.com · reuters.com · interfax.com.ua · nabu.gov.ua · komersant.ua

"Chez Watts Else?, nous analysons les acteurs de l'énergie avec un regard critique et pédagogique. Notre objectif est de vous aider à comprendre qui fait quoi dans la transition énergétique."

Données clés

Forme
public company
Fondée
2004
CA
36.1 Md€ (2018)
Siège
Kyiv, Ukraine

Identifiants publics

Wikidata
Q2447961

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