Wentworth Resources
Elle ne cotait plus vraiment l’avenir : elle vendait du gaz domestique à un pays en mal d’électricité, jusqu’à ce que la finalisation du rachat par Maurel & Prom (21 décembre 2023) dissolve la coquille Wentworth Resources dans un groupe parisien déjà engagé sur plusieurs continents.
À propos de Wentworth Resources
1. Modèle économique
Historiquement, Wentworth tenait une part opérationnelle dans le gaz du Mnazi Bay, avec des revenus tirés de la vente de gaz — en pratique très orientée vers la TANESCO et la production d’électricité, comme le rappellent les autorités tanzaniennes dans le dossier sur le doublement de la part de la TPDC (10 février 2024, 23,6 M$ pour porter l’État à 40 % du bloc). Après l’offre de M&P, la structure type est devenue un duopole M&P (60 %, opérateur) / TPDC (40 %). Côté volumes agrégés, Reuters relaie l’ordre de grandeur selon lequel Mnazi Bay représenterait environ 48 % du gaz naturel produit en Tanzanie, avec des réserves récupérables évoquées autour de 641 Bcf. Les comptes propres à Wentworth en tant que société indépendante ne sont plus le référentiel public : l’agrégat pertinent est désormais celui de M&P, qui publie pour 2025 un chiffre d’affaires groupe de 578 M$, une production gaz Tanzanie de 59,7 mmcfd (part M&P 60 %, en recul de 3 % sur un an) et 12 M$ de capex de développement explicitement affectés à la Tanzanie, selon le communiqué sur les résultats annuels 2025 et le slideshow de résultats (mars 2026). Au 31 octobre 2023, une mise à jour opérationnelle faisait encore état d’environ 44,6 M$ de trésorerie et d’absence de dette financière nette pour Wentworth avant absorption — utile pour comprendre le profil de cible « propre » convoité par M&P. L’effectif déclaré dans les rapports de durabilité du temps Wentworth restait modeste (fourchettes du type 11–50 salariés selon les rapports de responsabilité recensés en ligne) : structure légère, actif lourd.
2. Impact réel
Le gaz de Mnazi Bay alimente un mix électrique tanzanien où le fossile joue encore un rôle structurel d’accès à la puissance : le cadrage continental — accès à l’électricité, trajectoires de demande — est rappelé dans les analyses grand public comme la situation énergétique de l’Afrique en infographies chez Connaissance des Énergies, tandis que des institutions continentales plaident encore pour le gaz comme levier à court et moyen terme dans certaines trajectoires de transition (CEA-ONU, texte sur le gaz et la transition africaine). À l’échelle du groupe M&P, l’intensité carbone Scopes 1 et 2 est donnée à 14,4 kg CO₂e/boe en 2025, mais le même document isole le gaz tanzanien à 0,3 kg CO₂e/boe (résultats annuels 2025) : techniquement « bas carbone » au périmètre comptable opéré, ce qui ne règle ni les émissions en aval (brûlage pour l’électricité), ni le verrouillage d’actifs fossiles sur plusieurs décennies. Côté cadre français, la PPE 3 inscrit la trajectoire nationale de sortie progressive des énergies fossiles (programmation pluriannuelle de l’énergie) : l’enjeu pour le lecteur hexagonal est surtout indirect — un actionnaire de Maurel & Prom finance, via sa poche, ce gaz exporté vers l’Afrique de l’Est, pas le mix français. Pour le pilotage des GES dans les grands projets, les guides méthodologiques français de référence — portés notamment par l’ADEME sur le volet climat — rappellent l’impératif de comptabilisation sérieuse des impacts, ce que les opérations en PSA lointaines rendent opaque pour le citoyen. Aucune donnée publique fiable n’a été trouvée sur un pourcentage « EnR » ou un « CO₂ évité » attribuable spécifiquement à Wentworth après 2023 : ces indicateurs, s’ils existent encore, sont noyés dans les agrégats de M&P ou dans les bilans nationaux tanzaniens.
3. Innovations / partenariats
Le « partenariat » structurant est géopolitique : passage d’un consortium privé à un bloc co-détenu à 40 % par la TPDC, avec droits de préemption exercés au prix annoncé par la PURA. Sur le plan industriel, la campagne de trois puits lancée en 2026 vise à débrider le plateau : le puits MB-5, premier forage sur la licence depuis 2014, est présenté comme achevé en forage avec un potentiel de champ porté de 100 à 130 mmcfd (100 %) avant complétion, puis enchaînement annoncé vers MS-2X et l’exploratoire KASA-1X (communiqué M&P 2025). Pour 2026, M&P tablait déjà sur 66,0 mmcfd de part opérée en Tanzanie, soit 110 mmcfd en 100 % sur Mnazi Bay — signal d’ambition volume-driven plutôt que de rupture technologique. Côté veille française sur les stratégies gaz en Afrique de l’Est, une lecture utile reste la note de l’Ifri sur le secteur gazier tanzanien et mozambicain ; aucun article dédié à Wentworth n’a été repéré sur le média Énergie & Stratégie dans les recherches ouvertes menées ici. La rubrique Afrique de GreenUnivers illustre, elle, l’attention des médias « transition » sur le continent sans substituer à une due diligence de projet.
4. Greenwashing / zones grises
Le discours « gaz comme transition » pour l’Afrique bute sur deux murs : d’abord, le contentieux sur le cost pool 2013–2015 (ordre de grandeur 45 M$ contestés, avec des évaluations de risque net historiquement plus faibles pour Wentworth), documenté dans les annonces réglementaires britanniques (operational update and cost recovery audit) et dans le scheme document lié à l’offre M&P — aucune clôture publique claire de ce dossier n’apparaît dans les sources consultées pour cette fiche. Ensuite, la montée en puissance de l’État (TPDC à 40 %) transforme un risque politique théorique en droit de regard concret sur les décisions majeures, au-delà des seuls indicateurs climat « bas carbone » au puits. Le risque de greenwashing est classique : vendre le gaz comme « transition propre » pour la Tanzanie tout en continuant à capitaliser sur un actif 100 % fossile listé dans un portefeuille qui, côté France, discute pourtant de la place du gaz dans la transition au sens large (France Stratégie). Les anciens rapports Wentworth sur l’alignement TCFD ( ResponsibilityReports) n’ont plus de carrière publique indépendante après absorption : la chaîne de reporting CSRD / durabilité consolidée est celle de M&P, pas celle d’une micro-cap londonienne — transparence à suivre du côté du groupe acquéreur, pas de l’entité Wentworth isolée.
5. Positionnement stratégique
Wentworth a cessé d’être un sujet boursier pour devenir une ligne dans le bilan d’un indépendant français en quête de croissance hors Europe, pendant que la Tanzanie sécurise une part plus large du gaz domestique au moment où le pays veut industrialiser sans exploser sa facture énergétique. La stratégie récente est brute : forer, relever le plafond de production, budgéter 40 M$ de capex développement Tanzanie en 2026 dans les prévisions de groupe (résultats 2025), et traiter Mnazi Bay comme un hub de cash-flow dans un portefeuille désormais plus diversifié (Venezuela, Angola, Colombie). Pour le lecteur attentif au sens de la transition, le paradoxe tient dans la cohabitation de cet investissement avec les priorités françaises de long terme formulées dans la PPE 3 : même si le gaz tanzanien ne « décarbone » pas la France, il ancre M&P dans la géopolitique du gaz africain décrite par les travaux type Ifri.
Verdict WattsElse
Wentworth, c’est désormais un nom d’archive : la bataille se joue entre cash, forages 2026 et vigilance réglementaire tanzanienne, avec un État qui a appris à acheter du pouvoir au comptant sur son propre gaz. Tant que le vieux différend sur les coûts restera dans les tuyaux, chaque baril équivalent gaz vendu portera aussi l’odeur du litige — pas seulement celle du méthane brûlé à Dar.
Sources : maureletprom.fr · pura.go.tz · reuters.com · businesswire.com · maureletprom.fr · research-tree.com · responsibilityreports.com · connaissancedesenergies.org · connaissancedesenergies.org · uneca.org · economie.gouv.fr · ademe.fr · ifri.org · greenunivers.com · investegate.co.uk · Scheme-Document.pdf · strategie-plan.gouv.fr
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