Bulb Energy
Bulb a vendu au Royaume-Uni une promesse simple: énergie moins chère, service numérique, image verte.
À propos de Bulb Energy
1. Modèle économique
Bulb était un fournisseur d’électricité et de gaz grand public, pur acteur de la fourniture: pas un grand producteur intégré, mais un intermédiaire entre marchés de gros, certificats verts et clients résidentiels. La mécanique était dopée par une croissance spectaculaire: 1,5 million de clients ont été repris par Octopus fin 2022, avec 650 salariés encore dans le périmètre transféré, après un pic supérieur à 1 000 employés en 2020 d’après les comptes relayés par Utility Week et la communication de Octopus. En 2020, Bulb affichait 1,52 milliard de livres de chiffre d’affaires pour une perte avant impôt de 63 millions de livres, preuve qu’une forte base clients ne suffit pas quand la marge unitaire reste fragile (Utility Week).
La dépendance structurelle était double: aux prix de gros du gaz et de l’électricité, et à la capacité de couverture du risque. C’est précisément là que le modèle a cédé. Le NAO rappelle que Bulb a été placé en administration spéciale le 24 novembre 2021 pour garantir la continuité de fourniture. Selon Octopus, Bulb ne couvrait plus correctement ses achats d’énergie pendant cette période, et le nouvel ensemble devait reconstituer une couverture complète d’ici fin mars 2023. Aucun chiffre public récent de capex n’a été trouvé: c’est cohérent avec un modèle d’asset-light centré sur la relation client et le logiciel plus que sur les actifs industriels.
2. Impact réel
Sur le papier, Bulb vendait de l’électricité 100 % renouvelable et du gaz “carbon neutral”. Dans les faits, la qualité climatique de cette promesse est plus nuancée. L’ADEME rappelle qu’une offre “verte” ne garantit pas que l’électricité consommée arrive physiquement d’une installation renouvelable: tout se mélange sur le réseau, et la valeur climatique dépend de la qualité de l’approvisionnement, notamment de l’achat conjoint électricité + garanties d’origine.
Or Bulb reposait largement sur ce type de mécanismes. Des analyses relayées par The Energyst et reprises dans la presse britannique estiment qu’une faible part seulement de l’électricité vendue par Bulb était achetée directement à des producteurs renouvelables, le reste passant par le marché de gros avec certificats REGO. Même côté gaz, la promesse était imparfaite: Bulb mettait en avant un gaz compensé carbone et une fraction de biométhane, mais on reste loin d’un gaz réellement décarboné à grande échelle. C’est d’autant plus frappant que la PPE3 fixe désormais pour la France une montée du biométhane injecté de 9 TWh en 2023 à 47-82 TWh en 2035: autrement dit, le vrai gaz vert reste une ressource rare, chère et contrainte.
3. Innovations / partenariats
Bulb a tout de même apporté quelque chose au marché: une expérience client numérique plus fluide que les grands fournisseurs historiques et un effort précoce sur les usages flexibles. En 2018, l’entreprise a levé 60 millions de livres auprès de DST Global et Magnetar Capital pour renforcer ses équipes tech et accélérer sa croissance. En 2021, elle testait aussi une offre de recharge pour véhicules électriques avec pilotage via application et prix heures creuses, à 4 p/kWh entre 2 h et 6 h dans sa phase pilote, selon EV Infrastructure News.
Le vrai partenariat décisif, toutefois, n’a pas été industriel mais de sauvetage: la reprise par Octopus, avec migration progressive vers Kraken, sa plateforme logicielle. Ce rachat a transformé Bulb d’agitateur indépendant en brique de consolidation d’un acteur plus robuste technologiquement et financièrement.
4. Greenwashing / zones grises
La zone grise centrale tient en une question: Bulb vendait-il une transition énergétique, ou un récit commercial sur fond de certificats? L’ADEME comme UFC-Que Choisir rappellent qu’une offre verte peut rester très faiblement additionnelle si elle s’appuie surtout sur des garanties d’origine achetées séparément. Bulb a aussi été laminé par sa forte exposition au gaz fossile via son activité de fourniture dual fuel: quand le gaz s’emballe, le business model tremble, surtout sans couverture suffisante.
Autre angle mort: selon les éléments disponibles, aucun rapport RSE ou CSRD récent propre à Bulb n’est aujourd’hui facilement accessible en tant qu’entité autonome post-rachat. Pour une entreprise qui a tant mis en avant sa mission verte, l’absence de reporting récent lisible pèse.
5. Positionnement stratégique
Bulb a incarné une première génération de fournisseurs “verts” capables de gagner vite des clients grâce au prix, au design produit et à une marque plus sympathique que les incumbents. Mais le marché lui a rappelé une règle simple: dans l’énergie, la narration ne remplace ni la couverture du risque ni la solidité bilancielle. Le signal stratégique le plus clair est donc paradoxal: sa valeur résiduelle a moins tenu à sa marque qu’à son portefeuille clients et à sa couche numérique, absorbés par Octopus dans un secteur en pleine sélection naturelle.
Verdict WattsElse
Bulb a vendu la transition comme une appli simple; le marché lui a rappelé que l’énergie reste une industrie de bilan, de couverture et d’actifs. Une belle marque verte peut conquérir en quelques années, puis s’effondrer en quelques mois si le “green” repose plus sur le marketing d’approvisionnement que sur la robustesse du modèle.
Sources : utilityweek.co.uk · octopus.energy · nao.org.uk · infos.ademe.fr · theenergyst.com · budget.gouv.fr · solarpowerportal.co.uk · evinfrastructurenews.com · agirpourlatransition.ademe.fr · quechoisir.org
Analyse IA
Utilisez l'intelligence artificielle pour obtenir une analyse approfondie et impartiale de cet acteur.
Explorez l'annuaire complet des acteurs de la transition
Autres acteurs de l'écosystème
Klev Wind AB
Klev Wind AB incarne cette Suède des grands chantiers renouvelables : un parc de 146 MW inauguré officiellement en 2024, financé contre des milliards pour couvrir le nord de Stockholm et l’automotive européenne.
Voir la ficheYBT Enerji
YBT Enerji n’est pas une « tech » qui vend du vent : c’est un développeur-producteur d’électricité renouvelable en Turquie, avec un parc modeste mais réel et une trajectoire qui dépend étroitement des mécanismes YEKA/RERA et du tempo du régulateur.
Voir la ficheENERGIAS EOLICAS EUROPEAS S.A.
En Castille-La Manche, une société aux trois lettres EEE incarne la première vague industrielle de l’éolien espagnol — et, aujourd’hui, la friction entre patrimoine vieillissant et renouvellement technique.
Voir la fichederrick assembler
Elle se vend en « efficacité » : moins de dilution, moins d’écrans usés, des dollars économisés par puits.
Voir la ficheElektrizitäts-AG vormals W. Lahmeyer & Co
L’Elektrizitäts-AG vormals W.
Voir la ficheStandard Oil
Elle a porté le nom d’une normalité industrielle avant de devenir le symbole d’un trust trop puissant.
Voir la ficheTERRAO
Une TPE dunkerquoise transforme chaufferies et fumées en cas d’usage concrets — qualité de l’air captif, valorisation thermique, puis route vers la capture de CO₂ avec un géant comme Air Liquide.
Voir la ficheJubera Wind Farm
** Onze géants de Nordex sous le ciel de La Rioja, promesse climat pour SSE…
Voir la ficheDengfeng Power Plant Group
Le pays n’était pas précisé dans le brief : toutes les traces publiques convergent vers la République populaire de Chine et le Henan — 登封电厂集团, l’acteur local derrière « Dengfeng Power Plant Group », reste un symbole du mix encore très carboné des utilities provinciales quand les rachats de garanties et la liste des débiteurs de l’exécution judiciaire font…
Voir la ficheSolar Cloth
Solar Cloth ne vend pas d’abord des kilowattheures: il vend la possibilité d’installer du solaire là où le panneau rigide échoue, sur des serres, des toiles, des camions ou des structures temporaires.
Voir la fichePressure piping
Derrière ce nom générique se cache une chaîne industrielle mondiale — tubes haute pression, pré-isolation, offshore flexible — qui fait à la fois tourner les projets gaziers massifs et les annonces hydrogène-CO₂ des réseaux européens.
Voir la ficheCông ty TNHH Điện lực Vân Phong
La Công ty TNHH Điện lực Vân Phong (VPCL, site corporate) pilote au Vietnam une des plus grosses centrales charbon du pays, entrée à pleine cadence alors que son actionnaire historique recycle sa story climat et cède la moitié du capital à des utilities d’Asie du Sud-Est.
Voir la ficheFirst Solar Australia
La filiale australienne sert avant tout projets utiles et portefeuille : elle n’a pas vocation à être un centre de résultats publiable à part dans les comptes consolidés américains du groupe Phoenix.
Voir la ficheXinjiang Sixth Agricultural Division Coal Power Co Ltd
La filiale charbon-électricité de la 6ᵉ division du XPCC ne cache pas son cœur thermique : près de 3,64 GW de centrale au lignite à Wujiaqu.
Voir la fichePampa Energia
Pampa Energía vend encore une image d’énergéticien intégré, capable de produire de l’électricité, de transporter du gaz et de financer quelques mégawatts renouvelables.
Voir la ficheAker Drilling
Aker Drilling n’existe plus en bourse depuis 2011 : avalée par Transocean pour environ 1,43 milliard de dollars en numéraire et un renfort de ~1 milliard de dollars de carnet de commandes, selon le communiqué de clôture.
Voir la ficheParque Solar Lo Chacón
Dans les annuaires d’investissements latino-américains, « Parque Solar Lo Chacón » apparaît comme l’avatar photovoltaïque d’un méga-projet mieux documenté encore sous le nom ERNC Loa : un parc hybride éolien + solaire poussé par le groupe espagnol Grupo Ibereólica Renovables.
Voir la ficheUK BA
Sous l’étiquette « UK BA », la seule entité cohérente avec le cache Réseaux & Distribution — et avec l’économie de l’électricité — est UK Power Networks (UKPN), l’un des grands opérateurs de distribution du Royaume-Uni.
Voir la fichePKN Orlen
PKN Orlen n’est pas une « petrolière de plaque » : c’est une infrastructure centrale européenne qui mutualise raffinage, commerce de carburants, gaz-réseaux et utilities après une série de consolidations nationales.
Voir la ficheMerck Sharp & Dohme, UAB
Ce n’est pas une usine, c’est une société à responsabilité limitée lituanienne (UAB) : MERCK SHARP & DOHME, UAB incarne le maillon commercial du groupe Merck & Co.
Voir la ficheCementos Cosmos
Le classement dans les « énergies renouvelables » flatte une réalité plus lourde : Cementos Cosmos est avant tout une cimentière espagnole rattachée au groupe brésilien Votorantim Cimentos, dont la trajectoire bas-carbone passe par PPAs verts, autoconsommation photovoltaïque et combustibles de substitution—notamment sur le site historique ibérique que la…
Voir la ficheTomsk Generation JSC
À Tomsk, cette filiale d’Inter RAO collectionne les marges sur un marché de gros volatile tout en tenant une function quasi vitale : quatre fois sur cinq**, la capitale sibérienne dépend de sa chaleur centralisée.
Voir la ficheSociété Tunisienne de l'Électricité et du Gaz (STEG)
La Société tunisienne de l’électricité et du gaz n’est pas une « entreprise énergie » comme les autres : c’est le système nerveux du pays, accro au gaz importé, sous pression sociale sur les tarifs, et en train de rouvrir le mix avec du solaire à grande échelle et un câble vers l’Italie.
Voir la fiche