Pétrole & Gaz

Al Dur Power & Water Company

** Derrière un nom qui évoque surtout l’électricité et l’eau, Al Dur Power & Water Company incarne à Bahreïn une infrastructure fossile au cœur du réseau : cycle combiné gaz, dessalement à grande échelle, contrat long avec l’État — et, en 2024, un refinancement massif qui fige la logique projet pendant encore une décennie.

« IWPP bahreïnien au gaz : électricité eau contrat d’État refinancement 2024 »

À propos de Al Dur Power & Water Company

1. Modèle économique

Al Dur Power & Water Company est une société objet du projet (SPV), structurée pour la phase I du complexe IWPP (Independent Water and Power Project) d’Al Dur, au sud du Bahreïn. Selon le communiqué du consortium, elle est détenue par ENGIE, la Gulf Investment Corporation (GIC), Kyushu Electric (Kyuden) et la Social Insurance Organisation (SIO) ; les opérations commerciales ont débuté début 2012, avec une convention d’achat d’électricité et d’eau (PWPA) de 25 ans avec l’Electricity and Water Authority (EWA) (communiqué ENGIE Middle East). Le revenu repose sur ce flux contractuel étatisé : vente d’énergie et d’eau désalinisée, pas sur une valorisation boursière autonome ni sur des réserves « barrels » au bilan.

En mai 2024, la société annonce la clôture d’un refinancement de 1,2 milliard de dollars apporté par un syndicat de 17 banques, avec des facilités s’étendant jusqu’à onze ans643 millions de dollars en financement conventionnel et 557 millions sous format islamique (communiqué ENGIE Middle East, dépêche Clifford Chance). Les capacités communiquées pour cette phase I sont d’environ 1 234 MW électriques et 48 MIGD d’eau par jour (soit des ordres de grandeur comparables à 218 200 m³/j de dessalement selon la synthèse relayée par la presse spécialisée) (Al Dur Power & Water Company closes refinancing).

Le chiffre d’affaires, la marge ou les effectifs propres au SPV ne sont pas publiés de manière isolée dans les sources consultées : données agrégées non retrouvées au niveau entité pour ces indicateurs.

2. Impact réel

La production électrique est thermique à gaz ; le dessalement est traité en osmose inverse mer (SWRO) — technologie généralement moins énergivore que certaines filières thermiques de dessalement, mais toujours branchée sur une électricité majoritairement fossile tant que le mix marginal reste carboné. La phase II du site — développée sous une autre société de projet (Haya Power & Desalination Company, portée notamment par ACWA Power) — ajoute 1 500 MW et une capacité eau annoncée autour de 50 MIGD, gaz naturel comme combustible, investissement d’environ 1,1 milliard de dollars, PWPA-BOO 20 ans avec l’EWA (fiche projet ACWA Power). Ce voisinage géographique et technique relie deux montages juridiques distincts ; il ne faut pas attribuer à Al Dur Power & Water Company les pourcentages d’ACWA sur la phase II.

Pour une mise en perspective « climat » au sens européen (PPE, trajectoires ADEME, benchmarks français), la lecture reste périphérique : le site est régi par la politique énergétique bahreïnienne et par les engagements des actionnaires internationaux (dont ENGIE au niveau groupe), pas par les quotas européens du secteur électricité.

3. Innovations / partenariats

Le refinancement 2024 illustre la sophistication du project finance (banques européennes et régionales, titrisation conventionnelle et islamique) (liste des prêteuses dans le communiqué ENGIE). La phase II repose sur CCGT + SWRO, avec intégration des ouvrages existants de prise et de rejet à la mer et transfert des installations gaz à Tatweer pour l’alimentation (ACWA Power). Des annonces de presse locale ont relayé un chantier solaire d’environ 100 MW sur le périmètre d’Al Dur, avec pose de première pierre en février 2026 (News of Bahrain) — signal de « verdissement » ponctuel à confirmer dans les bilans énergétiques année après année.

4. Greenwashing / zones grises

La première tension documentée est financière et temporelle : 1,2 milliard de dollars refinancés avec des facilités étalées jusqu’à onze ans à compter de 2024, soit une structure de dette qui prolonge la viabilité du schéma gaz-eau dans la décennie qui suit (communiqué ENGIE Middle East). Dans le même mouvement, le groupe actionnaire ENGIE met en avant une baisse des émissions de scopes 1 et 2 du groupe d’environ 70 % depuis 2017 dans son rapport ESG tout en conservant des actifs thermiques au titre de la flexibilité réseau (rapport ESG @ ENGIE 2025) — ce qui place Al Dur du côté des actifs encore stratégiques mais à forte intensité carbone relative. Pour les rejets marins (saumure, chaleur résiduelle), l’analyse d’impact de la phase II et ses annexes constituent la référence réglementaire accessible (documents ESIA listés par ACWA Power). Aucune condamnation judiciaire ni sanction environnementale identifiée dans les sources ouvertes consultées pour cette entité sous cette orthographe.

5. Positionnement stratégique

Al Dur Power & Water Company demeure un pilier du système bahreïnien : grande capacité installée, contrat long avec l’EWA, investisseurs institutionnels régionaux et japonais. La stratégie apparente combine stabilité des flux long terme (PWPA, refinancement 2024) et insertion dans une dynamique régionale où gaz et dessalement restent la colonne vertébrale du mix. La montée en puissance d’un volet solaire sur site (News of Bahrain) pourrait réduire la pression sur certaines courbes d’autoconsommation ou de bilan CO₂ local — à mesurer avec facteurs d’émission réels et périmètre comptable.

Verdict WattsElse

Al Dur Power & Water Company n’est pas une « entreprise pétrole » au sens marchés du brut : c’est une machine à cash industrielle au gaz, cousue avec un État acheteur et une dette projet qui verrouille l’horizon 2030s. La transition y passe par des couches — finance islamique, actionnaires verts à l’échelle mondiale, puis parcelles solaires — mais le cœur thermique reste le fait dominant du paysage.

Sources : engiemiddleeast.com · cliffordchance.com · desalination.com · acwapower.com · newsofbahrain.com · engie.com

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