Aperam
Aperam vend un récit séduisant: celui d’un sidérurgiste déjà plus circulaire que la moyenne, mieux placé que ses pairs pour verdir l’inox.
À propos de Aperam
1. Modèle économique
Aperam produit et commercialise de l’acier inoxydable, de l’acier électrique et des aciers spéciaux, avec un portefeuille articulé autour de quatre segments: `Stainless & Electrical Steel`, `Services & Solutions`, `Alloys & Specialties` et `Recycling & Renewables` (rapport annuel 2024). En 2024, le groupe a réalisé `6,255 milliards d’euros` de ventes, `356 millions d’euros` d’EBITDA ajusté, `231 millions d’euros` de résultat net et `2,29 millions de tonnes` de livraisons, dans un marché que la direction décrit elle-même comme sous forte pression sur les prix (résultats 2024). Son effectif tourne autour de `12 000 salariés` et ses capex 2024 s’élèvent à `152 millions d’euros` (rapport annuel 2024). Le point clé du modèle: capter de la marge non seulement dans l’acier, mais aussi dans le recyclage amont et les alliages à plus forte valeur, moins exposés à la pure commodité.
2. Impact réel
Sur le papier, Aperam fait mieux que beaucoup de sidérurgistes européens. Sa page climat affiche une intensité `scope 1+2` de `0,34 tCO2e/tcs`, “parmi les meilleures du secteur”, un usage moyen de `plus de 88 % de ferraille` dans ses fours à arc électriques européens, et un objectif de réduction de `-20 %` des émissions `scope 1+2+3` d’ici 2030 par rapport à 2021 (CO2 & Energy). Le groupe indique aussi qu’en 2024 son `scope 3 amont` atteint `2,12 tCO2e/tonne`, preuve que le vrai sujet se déplace désormais vers les matières premières et la chaîne d’approvisionnement, pas seulement vers l’usine (CO2 & Energy). Son mix énergétique revendique `52 %` d’énergies renouvelables, dont `39 %` de biomasse charbon de bois, avec des actifs forestiers certifiés au Brésil et des ajouts de solaire à Genk et Châtelet (CO2 & Energy). Cela colle assez bien avec le diagnostic de l’ADEME: la voie électrique et le recyclage sont aujourd’hui le levier le plus efficace de décarbonation de l’acier, à condition d’avoir assez de ferrailles de qualité et une électricité bas carbone compétitive.
3. Innovations / partenariats
Aperam pousse sa gamme `Aperam infinite™`, acier inox “near-zero carbon”, déjà choisi par BSH pour réduire l’empreinte de certains équipements électroménagers. Le groupe participe aussi au projet européen H2PlasmaRed, qui vise à faire passer la réduction plasma à l’hydrogène du TRL 5 au TRL 7; `Aperam Stainless France SASU` y bénéficie d’une contribution européenne de `159 000 euros`. Côté chaîne de valeur, Aperam met en avant sa coentreprise `Botanickel` avec Econick pour un nickel biosourcé et circulaire (rapport annuel 2024). Enfin, le rachat annoncé de Universal Stainless & Alloy Products, valorisé autour de `539 millions de dollars`, signale une montée en gamme assumée vers l’aéronautique et les alliages spéciaux américains.
4. Greenwashing / zones grises
La première zone grise, c’est la biomasse. Aperam valorise ses forêts certifiées et le charbon de bois comme substitut au coke fossile, mais cette brique “renouvelable” reste fragile: disponibilité foncière, monocultures, biodiversité et permanence réelle du puits carbone sont des sujets structurels, même avec certification FSC et séquestration externe (CO2 & Energy). La seconde, c’est la dépendance au scrap de haute qualité. L’ADEME le dit clairement: l’acier recyclé est le meilleur levier, mais il bute sur la disponibilité et le tri des ferrailles. La troisième, c’est l’exposition réglementaire et énergétique: la sidérurgie européenne entre dans une décennie où la disparition graduelle des quotas gratuits et la montée du CBAM vont départager les acteurs réellement compétitifs des acteurs simplement bien marketés.
5. Positionnement stratégique
Aperam n’essaie plus seulement d’être un “acier moins sale”; il veut devenir un fournisseur premium de matériaux recyclés, certifiés et traçables, capables de nourrir les scopes 3 de ses clients industriels. C’est cohérent avec le contexte sectoriel: l’acier européen doit simultanément se décarboner, se défendre contre la surcapacité mondiale et sécuriser ses approvisionnements énergétiques et matières (ADEME, Connaissances des Énergies). Le signal récent le plus lisible, c’est donc moins la communication RSE que la combinaison `recyclage + alliages + acquisition américaine`, pensée pour amortir la cyclicité de l’inox standard.
Verdict WattsElse
Aperam n’est pas un faux vert: son intensité carbone et son ancrage circulaire sont réels. Mais sa crédibilité climatique se jouera moins dans ses labels que dans sa capacité à sécuriser ferraille, énergie et biomasse sans raconter une transition plus simple qu’elle ne l’est.
Sources : aperam.com · aperam.com · aperam.com · librairie.ademe.fr · aperam.com · cordis.europa.eu · aperam.com · connaissancedesenergies.org
Données clés
- Fondée
- 2013
- Siège
- Cork, Ireland ↗
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