Azito Energie S.A.
À l’ouest d’Abidjan, la centrale d’Azito est devenue le symbole d’un pari africain : sécuriser le courant en brûlant le gaz qu’on extrait chez soi, avec l’ambition d’y mettre l’efficacité d’un cycle combiné.
À propos de Azito Energie S.A.
1. Modèle économique
Azito Energie S.A. opère, pour le compte d’actionnaires en majorité Globeleq Africa Holdings (environ 77 %), avec 23 % chez le partenaire IPS (West Africa) – sphère AKFED, l’un des plus gros actifs de production d’électricité de Côte d’Ivoire : 713 MW de capacité installée une fois la phase IV achevée fin 2023. Le cœur du modèle est contractuel : vente d’électricité à l’État et au système connecté, dans le cadre d’une concession de l’ordre de 20 ans (logique dite « build-own-operate » ou équivalent) ; le revenu de l’opérateur découle de ce cadre, pas d’une tarification libre de type bourse. Le chiffre d’affaires exact d’Azito Energie S.A. ne figure pas dans les documents publics passés en revue ici (comptes sociaux non repérables en accès direct); en revanche, l’enveloppe d’investissement de la seule extension est chiffrée : environ 264 M€ de financement de projet autour d’un ajout de 253 MW. Le site corporate d’Azito communique plutôt sur un cumul d’environ 1 Md$ d’investissements sur le long terme. L’effectif permanent côté société mère, lui non plus, n’est pas un indicateur suivi de près par les portails d’infrastructure (les milliers d’emplois annoncés en chantier s’y ajoutent ; les besoins d’exploitation d’une telle centrale vont, selon l’ordre de grandeur usuel des IPP, vers des équipes d’ingénierie, maintenance, HSE et support — estimation sectorielle, non sourcée par un rapport annuel ici).
2. Impact réel
L’injection sur le réseau a été d’environ 3 221 GWh en 2023, touchant l’ordre de 3,1 million de foyers ou points de service comptabilisés côté reporting RSE. La centrale se présente comme assurant jusqu’à environ 30 % de la production de base du pays, voire 25 % de la capacité nationale selon l’opérateur de site; l’AFP, reprise par Connaissance des énergies, évoquait déjà l’ordre d’un tiers de l’électricité nationale. Climat : c’est de l’élec fossile (gaz); le gain, c’est l’efficacité du cycle combiné (l’OPEX-BIO de développement cite un ordre d’+50 % d’efficacité par rapport à un cycle ouvert de référence et une production annuelle totale cible d’environ 4 500 GWh en régime cible de site). Cela n’équivaut pas à une trajectoire « EnR + stockage » au sens du Pacte énergétique ou des plans français : la PPE et les fiches d’ADEME portent sur l’Union européenne et la France — hors cadrage direct pour un producteur privé en Côte d’Ivoire, où la comparaison pertinente est celle de la décarbonation relative (moins de kWh de gaz par kWh grâce au combiné) face au mix national encore largement pétro-gazier. Le rapport RSE 2023 note d’ailleurs une disponibilité moyenne d’environ 84,6 % en 2023 (contre 94,6 % l’année précédente), donc un rappel que l’impact GES dépend des jeux d’arbitrage (maintenances, modes de marche) et pas seulement de la fiche matériel.
3. Innovations / partenariats
La phase IV a bénéficié d’une ingénierie d’envergure (GE Vernova annonce l’achèvement du parc, avec l’idée d’environ 8 % de la capacité installée ivoirienne apportés par l’ajout de puissance de cette phase) et d’une « tapisserie » de financeurs du développement (IFC, banques africaines, institutions européennes, garanties MIGA, etc., selon la documentation projet). Côté gouvernance des investisseurs, le groupe Globeleq s’inscrit dans un capital mêlant BII et Norfund, ce qui structurage la vision « infrastructure durable » portée sur les bilans. Partenariats d’infrastructure, pas de « tour de table startup » : la valeur est dans la technologie de cycle combiné, les contrats longs et l’inclusion sociale périphérique (par exemple, en juin 2025, l’annonce de réhabilitation d’infrastructures scolaires autour d’Yopougon).
4. Greenwashing / zones grises
Le risque d’« greenwashing » n’est pas celui d’une prétendue électricité 100 % renouvelable : la communication met l’efficacité et le RSE au centre. Là où le discours peut froisser, c’est l’amalgame possible entre « mieux qu’un autre thermique » et « transition carbone achevée » : cela reste du gaz et donc une exposition complète à la volatilité des ressources nationales, avec alimentation par les champs ivoiriens, Foxtrot en tête, complétés par d’autres gisements selon les dossiers de projet (IFC), sans réduction structurelle de la dépendance fossile de l’économie, seulement de son intensité unitaire via le combiné. La baisse de disponibilité 2022→2023 a pu déplacer l’intensité carbone (modes de fonctionnement moins efficaces quand l’on force la mécanique). Le volet « communauté à Yopougon » n’est pas de la poudre aux yeux, mais c’est le prix d’accompagnement d’un méga-site urbain — pas un remplacement de l’enjeu d’acceptabilité d’infrastructure lourde voisinant habitations, routes et trafic.
5. Positionnement stratégique
L’Azito 2023 a fixé l’Azito d’hier (430 MW+) comme référence continentale d’IPP gaz à haute intensité d’usage du parc — au moment où la Côte d’Ivoire affronte stress réseau et attentes d’industrialisation, d’électrification, et d’éventuelles intégrations ENR (lecture d’AFP, 2022). L’actionnariat internationalement diversifié + dette multilatérale = signal de bancabilite (ce qui, dans un contexte de taux de projet et de pénurie fiscale, pèse autant qu’un kWh. La suite stratégique, celle que tout observateur cherche, se situe moins dans un nouveau « Azito V » public que dans le rôle d’Azi-to comme nœud de gaz-élec tant que l’offshore ivoirien alimente la politique d’[approvisionnement national](https://www.gouv.ci/index.php/actualite/secteur-electricite-les-recentes-decouvertes-de-gaz-naturel-permettront-dacceder-a-une-energie-electrique-abordable-pour-les-menages-et-les-entreprises-2403) en priorité l’accès [au courant, pas l’[exit du gaz.**
Verdict WattsElse
Azito, c’est le cœur électrique d’un Abidjan qui dépend de son gaz : efficacité de cycle combiné et chiffres d’injection impressionnants, mais le futur carbone de la Côte d’Ivoire se jouera ailleurs — mix, interconnexions, ENR, pas dans un logo « vert » peint sur une tuyauterie. Efficacité, pas absolution : le gaz n’a pas d’alibi climatique, seulement des marges d’honnêteté comptable.
Sources : globeleq.com · globeleq.com · enerdata.net · ifc.org · azitoenergie.com · globeleq.com · connaissancedesenergies.org · bio-invest.be · ademe.fr · globeleq.com · gevernova.com · miga.org · globeleq.com · azitoenergie.com · power-technology.com · disclosures.ifc.org · azitoenergie.com · connaissancedesenergies.org · gouv.ci
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