BHP
Le géant australien BHP Group Limited a quitté le cycle pétrole et gaz en fusionnant son pôle hydrocarbures avec Woodside en juin 2022 ; dans les classements sectoriels, l’étiquette « Pétrole & Gaz » reste donc un héritage plutôt qu’un portrait actuel.
À propos de BHP
1. Modèle économique
La manne vient de matières premières industrielles et de la transition (cuivre, fer, engrais potassiques), et d’un reliquat structurant de charbon à coke pour acier. Sur l’exercice clos le 30 juin 2025, le groupe publie un chiffre d’affaires de 51,3 milliards US$, en recul de 8 % sur un an alors que les cours du fer et du charbon ont plié, atténué en partie par le cuivre (résultats financiers FY2025). La marge reste sectorielle : EBITDA sous-jacent de 26 Md$ et marge de 53 %. Les investissements (capital et exploration) atteignent 9,8 Md$ en FY2025 et visent environ 11 Md$/an en FY2026–FY2027, avec ~70 % du capex à moyen terme orienté vers le cuivre et la potasse selon la direction. Le bilan s’alourdit : dette nette de 12,9 Md$ au 30 juin 2025 et fourchette cible relevée à 10–20 Md$ pour financer la vague de projets, tout en versant 6,4 Md$ de dividendes sur la période. L’effectif global en effectifs équivalent temps plein n’est pas résumé en une ligne unique dans ce communiqué ; en revanche le groupe met en avant un taux de représentation féminine de 41,3 % au 30 juin 2025. Côté hydrocarbures, l’opération de sortie documentée reste la fusion avec Woodside sur le pétrole et le gaz (fusion Woodside–BHP Petroleum), commentée en France dans la presse ISR (Novethic).
2. Impact réel
Les émissions opérationnelles (Scope 1 et 2) sont ramenées à 8,7 Mt éq. CO₂ en FY2025, soit −36 % par rapport à la baseline FY2020 ajustée ; le groupe indique être en ligne pour sa cible d’au moins −30 % d’ici FY2030 (résultats financiers FY2025). Ce perimetre usine masque l’essentiel du problème climatique : la chaîne aval acier, qui alimente la très grande partie du Scope 3. Pour un lecteur européen, l’enjeu se lit aussi à travers les trajectoires d’industrie bas-carbone portées par l’ADEME sur des filières comme l’acier (plans de transition sectoriels) : là où les politiques budgètent hydrogène, DRI, recyclage électrique, BHP continue d’approvisionner des hauts fourneaux et un marché du charbon métallurgique mondial encore massif (fiche charbon). Impacts locaux : le conflit structurant reste le bassin du Rio Doce au Brésil, avec des paiements liés au règlement Samarco intégrés aux flux de trésorerie (1,8 Md$ versés au titre des obligations de règlement sur FY2025 selon le même document résultats).
3. Innovations / partenariats
La feuille de route passe par le scale-up cuivre (production de groupe >2 Mt en FY2025, joint-venture Vicuña en Argentine/Chili après 2,1 Md$ pour 50 % de Filo Corp), la potasse Jansen (première production visée à mi-2027 selon le point de mars du PDG dans les résultats FY2025), et des accords d’approvisionnement électricité renouvelable cités dans le reporting. Sur la logistique maritime, BHP annonce des contrats d’affrètement de vraquiers « ammonia dual-fuel » pour réduire l’intensité des émissions du transport (résultats financiers FY2025). Côté gouvernance climat, le Climate Transition Action Plan 2024 est la référence publique du groupe (CTAP 2024).
4. Greenwashing / zones grises
La ligne rouge pour les investisseurs critiques est financière et chiffrée : l’ONG australienne ACCR relève que BHP ne dévoilerait que 75 millions US$ sur FY2025–FY2029 pour la décarbonation de la filière acier, alors que le Scope 3 pèse environ 97 % de l’empreinte totale (analyse ACCR septembre 2024). L’institut IEEFA juge par ailleurs tardive la stratégie Scope 3 et technologique sur l’acier, avec une dépendance au captage‑stockage (CCUS) jugée lourde au regard du niveau de maturité à l’échelle commerciale des hauts fourneaux (note IEEFA octobre 2024). Deuxième zone grise majeure, juridique et comptable : l’accord définitif sur Samarco publié le 25 octobre 2024 porte sur 170 milliards R$ (soit ~31,7 Md$) de valeur totale annoncée, avec calendriers et obligations à exécuter sur des années (communiqué BHP Brasil). Ce n’est pas du « rumeur ESG » : c’est un engagement étatique et civil dont l’empreinte sur la liquidité se lit déjà dans les paiements annuels publiés.
5. Positionnement stratégique
BHP joue la carte « future-facing commodities » — cuivre et engrais — pour capter la demande des réseaux électriques et de la sécurité alimentaire, tout en défendant encore longtemps le charbon sidérurgique comme revenu tampon dans un monde où l’acier bas carbone reste minoritaire en volumes mondiaux. Le signal marché FY2025 est clair : le cuivre porte 45 % de l’EBITDA du groupe, un record, pendant que le fer et le charbon subissent les cycles de prix (résultats financiers FY2025). Dans un environnement où l’Europe et la France resserrent SNBC, PTS industriels et due diligence climat, la divergence entre résultats d’exploitation et ambition Scope 3 fera l’objet d’un vote d’adhésion toujours plus serré côté actionnaires.
Verdict WattsElse
BHP a fermé la vanne pétrolière, mais pas le paradoxe climatique : elle vends le cuivre de la transition en encaissant encore le charbon de l’acier — avec 31 Md$ de dette morale brésilienne dans le sillage.
Sources : bhp.com · woodside.com · novethic.fr · agirpourlatransition.ademe.fr · connaissancedesenergies.org · bhp.com · accr.org.au · ieefa.org · bhp.com
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