Lufussa
C’est l’un des grands tomages du sud du Honduras, pas une start-up de la Silicon Valley de l’énergie.
À propos de Lufussa
1. Modèle économique
Filiale d’une aventure familiale née dans le sillage de l’ouverture hondurienne à la génération privée au début des années 1990, *Luz y Fuerza de San Lorenzo* (Lufussa) a bâti près de Choluteca un complexe thermique de référence, complété en 2009 par le parc solaire Enerbasa. Le site de l’entreprise affiche aujourd’hui environ 392 MW de capacité installée, plus d’1,5 million de foyers alimentés et plus de 230 collaborateurs — des ordres de grandeur publics, sans chiffre de chiffre d’affaires consolidé vérifié en ligne. Le cœur du modèle, ce sont des contrats de rachat auprès de l’Empresa Nacional de Energía Eléctrica (ENEE) : en 2024, le législatif a porté en discussion 18 adendas visant, selon l’analyse d’*El Heraldo*, près de 30 milliards de lempiras d’économies sur la facture d’achat d’énergie ; le président du Congrès a détaillé que, parmi les thermiques, Lufussa afficherait l’un des prix moyens les plus bas du lot, autour de 14,5 centimes de dollar par kWh (*Confidencial HN*, 2024). L’arrière-plan est celui d’un système de PPA hérités d’appels d’offres passés qui alimente depuis des années les controverses de « contrats trop lourds » pour le budget public, comme le synthétise la revue de Harvard sur les turbulences du secteur. En parallèle, l’ENEE a dû, fin 2025, s’endetter à taux élevé pour financer en partie le paiement des générateurs privés, signalant un risque de liquidité côté acheteur unique.
2. Impact réel
La production thermique (complexe Pavana, moteurs *Wärtsilä* selon des descriptions techniques publiques) concentre l’essentiel de la puissance : le solaire Enerbasa — souvent brandé en vitrine de « l’énergie propre » — pèse environ 24,2 MWc en courant continu ; le reste relève de machines pétrolières lourdes alimentées par le stockage carburant d’environ 12 millions de gallons que Lufussa met en avant sur sa communication. Cette structuration pèse sur l’empreinte carbone par kWh, bien au-delà de tout parallèle direct avec le PPE3 ou les trajectoires d’ADEME : il n’existe pas, à notre connaissance, de fiche technique française ou d’inventaire GES publié par les autorités d’Honduras pour Lufussa au standard CSRD. L’enjeu local est moins l’alignement sur les objectifs de l’Union européenne que la contribution au mix national d’un pays où l’ENEE croule sous les pertes et la dette — contexte rappelé par les analyses de Strategic Energy sur la manière dont la dette de la compagnie publique repousse les investissements en renouvelable.
3. Innovations / partenariats
L’innovation « visible » tient ici moins à la rupture technologique qu’au fait d’infrastructure : terminal de carburant, mégastructure Pavana II et III, intégration d’Enerbasa au même site, programme de bourses d’études et d’électrification de communautés. En 2025, Lufussa a publicisé un conventionnement avec le fonds Amitigra pour la protection de la forêt de la Tigra ; en amont, des travaux d’école à Marcovia illustrent la logique de mécénat territorial. Côté conflit contractuel ouvert, la presse rapporte une réclamation de 75,5 millions de dollars pour des impayés de carburant (Pavana III), tandis que d’autres titres — par exemple chez *La Prensa* — évoquent des coupures de fourniture liées à des pannes, au cœur du débat de fiabilité.
4. Greenwashing / zones grises
La combinaison dé-bunker, diesel, renégociation à la baisse des tarifs côté État et communication RSE nourrit un écart d’interprétation classique. Lufussa multiplie les récits de reforestation (ordre de grandeur de 200 000 arbres sur les matériels corporate) et le Sello ESR de *Fundahrse* ; cela n’annule évidemment pas les émissions des centrales thermiques ni la dépendance aux flambées des prix pétroliers, que le président du Congrès lui-même relie aux chocs mondiaux sur l’or noir (*Confidencial HN*). Dès lors, parler d’« bas carbone » en brandissant surtout le solaire (quelques pourcents de la capacité) relève d’un glissement de cadre : utile en communication, moins en bilan climat. Du côté de l’État, des réclamations de plusieurs milliards de dollars en arbitrage d’investissement contre le Honduras, dont une partie porte sur l’énergie, complexifie encore la dé-fossilisation : tout durcissement réglementaire risque d’alimenter d’autres fronts juridiques.
5. Positionnement stratégique
Lufussa s’inscrit dans la catégorie des G independiente d’Amérique centrale : taille intermédiaire, gouvernance familiale (histoire retraçable dans la presse hispanique autour de Schucry Kafie), ancrage sud du pays, dépendance totale à la solvabilité d’un seul repreneur. L’ambition affichée est celle d’un service « 365 j » de fourniture — crédible sur le papier, testée chaque année par la bourse à découvert de l’ENEE. La tendance récente est à la baisse des prix moyens négociés (lot des 18 adendas) et, dans le même temps, à la pression pour encaisser les arriérés, dans un contexte électoral et budgétaire hondurien que les médias placent au bord d’une crise fiscale endogène (déficit, pertes de réseau, emprunt coûteux de l’ENEE) — miroir d’un conflit structurel, pas d’un simple différend de facture.
Verdict WattsElse Lufussa illustre le paradoxe d’un opérateur parfois présenté comme le moins onéreux des thermiques, mais toujours pétro-dépendant, coincé entre bilan climat et soutien public à bout de course : ici, la transition ne se joue ni dans le calendrier du PPE3 ni dans un rapport de durabilité à la bruxelloise, mais sur la capacité d’un État exsangue à payer l’addition sans faire sauter le verrou de la sûreté d’alimentation.
Sources : lufussa.com · enee.hn · elheraldo.hn · confidencialhn.com · revista.drclas.harvard.edu · elheraldo.hn · ademe.fr · dinero.hn · strategicenergy.eu · lufussa.com · lufussa.com · elheraldo.hn · laprensa.hn · insideclimatenews.org · murcia.com
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