BP plc
BP ne vend plus seulement du carburant: le groupe vend aussi un récit de transition.
À propos de BP plc
1. Modèle économique
BP plc est d’abord une major intégrée: exploration-production, GNL, raffinage, trading, stations-service, lubrifiants et activités de commodité. En 2024, le groupe a généré 189,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires, 27,3 milliards de cash-flow opérationnel et 16,2 milliards de capex, avec une production amont de 2,358 millions de barils équivalent pétrole par jour et 100 500 salariés dans le monde, d’après les résultats 2024 et le rapport annuel 2024. Son moteur de rentabilité reste largement hydrocarbures + trading, même si BP entretient des poches de croissance dans la recharge électrique, le biogaz, l’hydrogène et quelques renouvelables. Le signal décisif est venu du Capital Markets Update 2025: BP a “reset” sa stratégie, avec environ 10 milliards de dollars par an réalloués au pétrole et au gaz jusqu’en 2027, tandis que les dépenses annuelles dans la transition tombent à 1,5-2 milliards, selon Reuters. Autrement dit: BP reste une entreprise de production et distribution d’énergie, mais ses revenus dépendent encore massivement du maintien d’une demande fossile robuste et de sa capacité à monétiser la volatilité mondiale.
2. Impact réel
Sur le papier, BP affiche des progrès: ses émissions opérationnelles Scope 1 et 2 sont en baisse de 38% par rapport à 2019, à 33,6 MtCO2e en 2024, selon le rapport de durabilité 2024 et l’ESG datasheet 2024. BP met aussi en avant une intensité méthane de 0,07%, sous son objectif 2025 de 0,20%. Mais le cœur du problème reste ailleurs: l’entreprise continue de produire plus de 2,3 millions de boe/jour, et ses émissions aval liées aux produits vendus demeurent structurellement bien supérieures à ses gains opérationnels. Même sur le méthane, le groupe reconnaît que les émissions absolues amont ont augmenté avec sa nouvelle méthode de mesure en 2024, ce qui rappelle que l’amélioration de l’intensité n’efface pas l’échelle industrielle. Dans le contexte français, la PPE 3 vise une forte baisse des fossiles d’ici 2035 et le gouvernement veut ramener leur consommation à 330 TWh contre 900 TWh en 2023, avec plus d’électrification et d’énergies bas carbone, selon le Gouvernement. L’ADEME rappelle de son côté que l’électrification, le biogaz et l’hydrogène doivent d’abord servir à substituer les carburants pétroliers. Pour BP, cela signifie que le modèle historique reste rentable aujourd’hui, mais de plus en plus à contre-courant des trajectoires publiques.
3. Innovations / partenariats
BP conserve des actifs de transition crédibles. Avec Iberdrola, le groupe vise jusqu’à 11 000 points de charge rapide en Espagne et au Portugal et jusqu’à 600 kt/an de capacité d’hydrogène vert dans la péninsule ibérique et au Royaume-Uni. En Allemagne, BP a aussi avancé sur l’hydrogène de raffinerie avec Ørsted. Côté grands deals, BP a acté une coentreprise éolienne offshore avec JERA, valorisée comme un portefeuille de 13 GW potentiels avec jusqu’à 5,8 milliards de dollars de financement cumulé d’ici 2030, selon Reuters et Connaissance des Énergies. BP reste aussi positionné sur des projets publics-régulés de décarbonation industrielle, comme H2Teesside, négocié avec le gouvernement britannique autour d’un contrat hydrogène bas carbone.
4. Greenwashing / zones grises
La zone grise est désormais frontale: BP continue de parler “net zero”, mais a simultanément réduit de façon spectaculaire ses ambitions dans les renouvelables. La rupture de 2025 a été assez nette pour être relevée par Reuters comme par GreenUnivers. Autre fragilité: plusieurs briques “vertes” de BP dépendent d’un cadre public, de subventions ou de contrats régulés. Le cas de H2Teesside, avancé avec l’État britannique puis abandonné fin 2025 sur fond de conflit foncier et de demande hydrogène affaiblie, montre combien ces projets restent vulnérables au marché réel. Enfin, BP promet une transition “disciplinée”, mais son arbitrage capitalistique envoie un message simple: quand il faut choisir, le groupe privilégie aujourd’hui les hydrocarbures rentables aux actifs bas carbone plus lents à monétiser.
5. Positionnement stratégique
BP ne se retire pas de la transition: il la sélectionne, la contracte et la rend plus opportuniste. Le groupe veut garder des options dans la recharge, l’hydrogène, le biogaz et l’offshore wind, tout en assumant un recentrage sur le pétrole et le gaz tant que la demande mondiale reste solide. C’est une stratégie de major pragmatique, pas de pionnier climatique. Dans un contexte où la PPE 3 et l’ADEME poussent l’électrification et les molécules bas carbone vers des usages ciblés, BP parie surtout sur le fait que le vieux système énergétique paiera encore longtemps.
Verdict WattsElse
BP n’est pas sorti de la transition: il l’a remise sous contrôle financier. Le groupe avance sur quelques corridors bas carbone, mais son vrai cap 2025 reste limpide: extraire d’abord, verdir ensuite.
Sources : bp.com · bp.com · bp.com · reuters.com · bp.com · bp.com · connaissancedesenergies.org · budget.gouv.fr · agirpourlatransition.ademe.fr · bp.com · bp.com · reuters.com · connaissancedesenergies.org · bp.com · reuters.com · greenunivers.com · bbc.co.uk · agirpourlatransition.ademe.fr
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