Production électrique

Cenal Elektrik AŞ

Entre fiabilité du réseau et dette climatique, la centrale de Karabiga incarne le paradoxe d’un actif « ultra-performant » thermique qui alimente une fraction significative du pays tout en restant au cœur de batailles environnementales et d’un divorce entre Alarko et Cengiz.

**« Trois pour cent du pays cent pour cent du dilemme charbon »

À propos de Cenal Elektrik AŞ

1. Modèle économique

Cenal Elektrik est avant tout un producteur d’électricité à partir de charbon importé, avec une capacité installée de 1 320 MW (2 × 660 MW) sur le site de Karabiga. Historiquement au capital d’une coentreprise Alcen liant Alarko et Cengiz Enerji, l’actif vivait d’une logique de prix de gros de l’électricité turque : les revenus dépendent du mix marché, du coût du charbon international et de la disponibilité technique. La société indique un ordre de grandeur d’environ 3 % de la consommation électrique nationale couverte par la centrale (site corporate) et un effectif d’environ 500 personnes sur place. Chiffre d’affaires ou résultat consolidé récents pour Cenal seuls : non trouvé dans des sources ouvertes vérifiables au moment de la rédaction — à distinguer des comptes d’Alarko ou Cengiz Holding, qui agrègent d’autres activités. Un investissement initial de plus d’un milliard de dollars pour le complexe est régulièrement rappelé dans la presse spécialisée (Enerji Gazetesi).

2. Impact réel

Le site revendique une technologie ultra-supercritique et des systèmes de surveillance des émissions et des effluents en continu (présentation opérationnelle). Le bureau d’ingénierie Hatch, qui a accompagné le projet, mentionne un rendement de l’ordre de 45 % (PCI inférieur) et une réduction d’Émissions de CO₂ estimée à 1,35 million de tonnes par an par rapport à des unités sous-critiques, ainsi qu’une économie de l’ordre de 600 000 tonnes de charbon par an à production équivalente (profil projet Hatch). Ces ordres de grandeur qualifient un parc thermique très poussé techniquement, mais restent des gains relatifs face à un actif 100 % fossile : côté climat, le résultat net est celui d’une grosse émission locale continue. Dans le décor européen, le charbon recule vite dans le mix : la part du charbon dans l’UE est passée sous des seuils historiques récents, ce qui met en contraste les trajectoires (mix électrique de l’UE).

3. Innovations / partenariats

Le différenciant industriel repose sur l’ultra-supercritique et des équipements de filtration présentés comme poussés (Cengiz Enerji – thermique). Côté maintenance, un sous-traitant a annoncé en 2024 l’achèvement d’une révision majeure (turbines et chaudières) le 19 juin 2024 pour fiabiliser la production (communiqué de projet Joule Energy). Sur la gouvernance du capital, la presse turque et les flux d’investisseurs décrivent un protocole préliminaire début janvier 2026 — avec une annonce autour du 7 janvier 2026 selon plusieurs titres — prévoyant que Cengiz Enerji contrôle désormais l’actif tandis qu’Alarko se réoriente vers la distribution et la vente au détail (MEDAŞ / portefeuilles associés), sous réserve des validations réglementaires (Evrensel, MarketScreener sur les discussions 2025).

4. Greenwashing / zones grises

Le catalogue « centrale moderne et surveillée » ne neutralise pas la plainte environnementale structurante : la synthèse d’ONG juridiques détaille plusieurs annulations de décisions d’étude d’impact (ÇED) et une stratégie de morcellement du projet en plusieurs évaluations, contestée comme contournant l’examen intégré (ELAW – dossier Karabiga Cenal). La presse anglophone rapporte en mai 2014 la quatrième suspension d’exécution frappant le dossier du site face au parc des monts Kaz, au motif de lacunes sur les conséquences environnementales globales (Hürriyet Daily News). Côté image verte, la communication groupe soulignant une installation « respectueuse de l’environnement » alors que le cœur de métier est le charbon importé ouvre un écart de promesse à surveiller face aux critères internationaux — d’autant que la pression indirecte des instruments climatiques européens (p. ex. ajustement carbone aux frontières sur certaines filières exposées aux échanges avec l’UE) pèse sur la compétitivité des économies fortement carbonées (mécanisme CBAM, Commission européenne).

5. Positionnement stratégique

En 2026, Cenal bascule vers un profil de pure filiale thermique du côté Cengiz, pendant qu’Alarko accélère sa recomposition patrimoniale hors production fossile au profit de réseaux et services en aval — lecture cohérente avec le durcissement global du dialogue climatique (pour une lecture du contexte électrique en France, voir la programmation pluriannuelle de l’énergie comme repère de trajectoire, même si la Turquie n’y est pas liée). Pour la Turquie, Karabiga reste un socle de souveraineté énergétique court terme ; pour les investisseurs et la société civile, c’est un point de friction permanent entre sécurité d’approvisionnement, contestations ÇED et dépendance au charbon maritime.

Verdict WattsElse

Cenal, c’est l’efficacité thermique poussée à l’extrême contre le droit de l’environnement et le temps climatique : une forteresse productive moderne, dont la valeur résiduelle dépend autant des tribunaux que des cours du charbon. Qui veut du « propre » sans quitter le fossile y trouvera son paradoxe, en majuscules.

Sources : cenal.com.tr · alarko.com.tr · cengizenerji.com.tr · enerjigazetesi.ist · hatch.com · connaissancedesenergies.org · jouleenergy.com · evrensel.net · marketscreener.com · elaw.org · hurriyetdailynews.com · taxation-customs.ec.europa.eu · ecologie.gouv.fr

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