Centrenergo
En 2025, le producteur public affiche un résultat net qui ferait pâlir une tech : des milliards de hryvnias retrouvés, des capitaux propres sortis de la zone rouge.
À propos de Centrenergo
1. Modèle économique
Il s’agit bien de la société par actions ukrainienne spécialisée dans la génération thermique (charbon et gaz), maison-mère de trois grands complexes — Trypilska, Zmiivska, Vuhlehirska — pour une puissance nominale de l’ordre de 7 690 MW selon la synthèse encyclopédique anglophone, contre un contexte où la Vuhlehirska reste hors contrôle ukrainien depuis l’été 2022 (détail sur l’occupation et les frappes). Le groupe est majoritairement étatique — environ 78,3 % des actions au Trésor — et inséré dans l’écosystème d’Energy Company of Ukraine ; la cotation PFTS en fait un acteur de marché surveillé par les investisseurs locaux (présentation synthétique).
Les recettes 2025, telles que les relaie la presse économique, tournent autour de 23 milliards UAH de chiffre d’affaires pour un bénéfice net d’environ 4,64 milliards UAH et une rentabilité annoncée de 22 %, avec 2,7 milliards UAH de taxes et redevances versées (synthèse en anglais) — chiffres cohérents avec le traitement ukrainien (Forbes UA). L’entreprise a réinjecté ~2 milliards UAH de fonds propres dans la remise en état après bombardements et indique avoir soldé ~2 milliards UAH d’anciennes dettes sur la même période (même source). Les capitaux propres seraient passés d’un déficit de 6 milliards UAH à un excédent de 2 milliards UAH en fin d’exercice — ce que les commentateurs qualifient de sortie de défaut (Finance.ua). Selon le dossier publié dans le cadre des discussions de privatisation, l’effectif s’établissait à 3 320 salariés au 30 septembre 2025 (document officiel de cession).
2. Impact réel
Le métier historique est la production d’électricité et de chaleur à partir du charbon et du gaz : sur le papier, c’est un des leviers d’émissions les plus intenses du mix ukrainien, donc un contributeur massif au CO₂ tant que ces centrales tournent à plein régime. Depuis l’invasion à grande échelle, l’impact « climat » se confond avec l’impact militaro-industriel : en 2024 seulement, le président du conseil de surveillance évalue à plus de 12,5 milliards UAH les pertes matérielles directes sur Trypilska et Zmiivska, et à 25 milliards UAH le manque à gagner lié aux arrêts, avec plus de 200 impacts recensés sur les deux sites (dépêche Interfax). Le 8 novembre 2025, après une vague d’attaques décrite comme record, le groupe annonce que toute sa production thermique est à l’arrêt sur ses centrales encore sous contrôle ukrainien — autrement dit la capacité utile vient de replonger à zéro malgré les investissements de reconstruction intermédiaires (Kyiv Independent).
Pour la comparaison avec les cadres français (PPE, fiches ADEME), il n’existe pas à notre connaissance de fiche publique française qui cible nommément cet opérateur : l’équivalent normatif pertinent est plutôt le plan national énergie-climat ukrainien, explicitement mobilisé par la BEI dans son dispositif d’accompagnement (communiqué BEI).
3. Innovations / partenariats
Le principal « partenariat technique » documenté au printemps 2026 est financier-mince mais stratégique : la Banque européenne d’investissement alloue 350 000 € d’assistance pour bâtir une stratégie de décarbonation, évaluer les actifs endommagés et tracer une trajectoire vers des technologies « proches de zéro émission » tout en restaurant la production (communiqué BEI) — reprise presque mot pour mot par l’agence Interfax. Le ministère ukrainien de l’Énergie encadre la démarche dans la continuité du NECP 2030 (annonce ministérielle). Sur le terrain, l’« innovation » reste ingénierie de survie : la direction a mis en avant 2 milliards UAH de travaux de réparation autofinancés en 2025 (Finance.ua). En parallèle, le Fonds du patrimoine national propose de reverser à l’État des dividendes compris entre 1,2 et 3 milliards UAH sur le résultat 2025 (détail).
4. Greenwashing / zones grises
Le principal risque de décalage narratif est structurel : la BEI affiche un virage vers des émissions quasi nulles et la sortie du charbon (communiqué BEI), alors que l’outil industriel, avant sa mise à sac, restait thermique fossile ; la promesse « verte » repose pour l’instant sur un plan et 350 k€, pas sur une capacité renouvelable déployée. La tension financière est tout aussi tranchante : 4,64 milliards UAH de profit 2025 coexistent avec une annonce, en novembre 2025, de 100 % des centrales thermiques nationales de l’entreprise à l’arrêt après la salve russe (Kyiv Independent), ce qui peut contredire dans les trimestres suivants l’amélioration comptable mise en avant en avril 2026 (Open4Business). Enfin, l’administration fait état d’une créance de 2,2 milliards UAH sur Ukrenergo pour des prestations sur le marché d’équilibrage — une dépendance au réseau public qui fragilise le « cash » même quand le compte de résultat rebondit (reportage).
5. Positionnement stratégique
Centrenergo incarne le paradoxe des utilities de guerre : monopole de fait sur une partie de la souveraineté énergétique thermique, mais actifs captifs, biaisés vers le fossile, et soumis à la géopolitique des drones. La stratégie affichée est double : redonner des chiffres présentables aux actionnaires publics (capitaux propres positifs, remboursement de vieilles dettes, proposition de dividende), tout en verrouillant l’accès aux financements européens via un storytelling de transition porté par la BEI (communiqué). Dans un secteur où chaque nuit d’hiver est une arme, le signal marché (rentabilité) peut thus être spectaculaire sans être durable si les vagues d’attaque reprennent le même rythme qu’en fin 2025 (chronologie Kyiv Independent).
Verdict WattsElse
Centrenergo n’est plus seulement un producteur d’électricité : c’est une dette climatique figée en béton et en acier, que la guerre casse puis que les bailleurs promettent de repeindre en bas carbone. La question n’est pas de savoir si le récit vert est sincère, mais s’il résistera au prochain été comptable quand les lignes de production auront encore sauté.
Sources : en.wikipedia.org · en.interfax.com.ua · fr.wikipedia.org · open4business.com.ua · forbes.ua · news.finance.ua · privatization.gov.ua · kyivindependent.com · eib.org · en.interfax.com.ua · mev.gov.ua
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