Chungungo Solar SpA
Deux « Chungungo Solar SpA » tournent dans la presse et les registres : l’un a porté le méga-agrivoltaïque sarde depuis l’Espagne puis la Chine ; l’autre, au Chili, vise une centrale au désert d’Antofagasta.
À propos de Chungungo Solar SpA
1. Modèle économique
Italie (projet Palmadula). Selon les communiqués de cession d’avril 2024, l’énergéticien espagnol Enerside a cédé à Chint Solar Europe un combo photovoltaïque de grande taille avec stockage — les sources industrielles évoquent 360 MWc de solaire couplé à un BESS d’environ 82,5 MWh, présenté comme l’une des plus grosses opérations agrivoltaïques du pays ; l’avis conseil Capcora qualifiait le stade de « Advanced Development ». *pv magazine Italia* précise un acompte initial de 7,2 M€ et des paiements liés au cheminement jusqu’au statut *ready-to-build*. Le revenu final dépend donc d’autorisations que Rome a, depuis, refusées (voir ci‑dessous).
Chili. Sur la fiche vLex Chile, Chungungo Solar SpA (RUT 76.866.361‑0) apparaît comme filiale de *Inversiones Chungungo SpA*, basée à Santiago : modèle classique de société projet pour concevoir, financer et opérer du photovoltaïque. Le parc décrit par ProyectaNegocios vise 12,5 MWp (20 250 modules de 535 Wp) sur 40,2 hectares près de Taltal — taille modeste vs. la Sardaigne, mais adaptée au marché spot et aux contraintes du désert.
Synthèse. Chiffre d’affaires consolidé, effectifs ou capex détaillés : non retrouvés dans des publications accessibles publiquement pour ces véhicules (hors indicateurs groupes lorsque cités par la presse spécialisée). Le parent historique du volet italien, Enerside, affiche toutefois un EBITDA positif de 0,5 M€ sur 2024 et une réduction des pertes d’environ 41 % après une année 2023 très rouge, selon son bilan d’avril 2025.
2. Impact réel
Italie. Tant que le projet Palmadula était « en piste », la promesse était celle d’un parc record injectant une production solaire massive et du raccourcissement du fossé fossile italien, avec batteries pour le services système — le tout sur une emprise agricole contestée. La dimension agrivoltaïque devait théoriquement concilier pâturage et électricité ; L’Unione Sarda rappelle que le site aurait couvert 1 043 hectares, ce qui en aurait fait le plus grand agrivoltaïque d’Italie s’il avait été réalisé. Depuis le non définitif du ministère de l’Environnement (MASE) fin 2024, l’impact climat *espéré* reste à zéro côté production.
Chili. Un 12,5 MWp injecté sur le SEN contribuerait à la progression des EnR conformément à la trajectoire chilienne (réduction du charbon et déséquilibres hydriques), à l’échelle toutefois d’un actif de niche. Power Technology indiquait une mise en service commerciale visée en 2025.
Liens PPE3 / ADEME. Aucun dossier public ne relie ces SpA au Programmation pluriannuelle de l’énergie française ou aux guides ADEME : leçon géopolitique et réglementaire plutôt que comptable carbone française.
3. Innovations / partenariats
Le volet « innovation » est ici surtout financier et industriels plutôt que technologique : rachat par Chint Solar d’un actif italien avancé, avec conseil M&A (Capcora), illustre la rotation de portefeuille d’un développeur euroméditerranéen vers un fabricant‑intégrateur chinois. Côté Chili, la fiche projet relève la standardisation (modules monocristallins au sol, ligne MT) plutôt qu’un breakthrough de rupture.
4. Greenwashing / zones grises
Blocage environnemental chiffré (Italie). Le projet 360 MW a essuyé un refus du MASE en novembre 2024, avec mise en avant d’impacts paysagers et habitats inacceptables ; Corriere della Sera documente ce stop administratif alors que la presse insulaire soulignait déjà — chiffre à l’appui — une emprise de 1 043 ha (L’Unione Sarda) : voilà le risque de discours « vert » qui bute sur la réalité des ZNIEFF‑équivalents et des ZPS méditerranéennes, là où l’« agrivoltaïsme » peut apparaître comme prétexte à solarisation massive des terres.
Conflit institutionnel (Italie). Le même article du *Corriere* évoque les frictions entre Rome et la Sardaigne (mécanismes d’« aires idoines ») autour des grands parcs : risque réglementaire pour tout repreneur.
Eau et acceptabilité (Chili). Une modification du cours de la quebrada San Mateo a été couverte par la presse régionale en janvier 2024 (Litoralpress) — dans une zone hyper‑aride, chaque prélèvement ou détournement politise le « solaire propre ».
Transparence financière. L’absence de RSE/CSRD publique pour ces coquilles SPV limite la traçabilité des engagements hors sphère boursière (Enerside/Chint).
5. Positionnement stratégique
Pour Chint, Palmadula devait être une tête de pont industrielle en Méditerranée ; le non du MASE en fait un actif sans permis, donc une option réelle diluée, gage d’une guerre d’usure réglementaire que les géants du PV ne peuvent pas arbitrer comme un simple routage de conteneurs. Pour le Chili, le parc de 12,5 MWp reste compatible avec une stratégie long tail dans le Norte Grande, à condition de sécuriser réseau, eau et gouvernance locale.
Verdict WattsElse
Chungungo Solar SpA sonne comme une étiquette neutre ; sous le capot, ce sont deux histoires : un méga‑projet sarde enterré sous le poids du chiffre (360 MW, 1 043 ha) et un petit champ de panneaux dans le désert qui dépend encore du réseau et de l’eau. Dans les deux cas, le renouvelable n’abolit ni la biodiversité ni la géographie politique — il les expose.
Sources : pv-magazine.it · chintsolar.it · capcora.com · vlex.cl · proyectanegocios.cl · enerside.com · unionesarda.it · power-technology.com · ademe.fr · corriere.it · litoralpress.cl
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