Cornec S.A.S.
À Lagny-sur-Marne, Cornec ne vend pas du rêve vert: l’entreprise rachète, trie, revend et transforme des flux métalliques très concrets.
À propos de Cornec S.A.S.
1. Modèle économique
Cornec S.A.S., fondée en 1984 selon ses données légales, opère dans la récupération de déchets triés sous le code NAF 38.32Z, avec un siège à Lagny-sur-Marne et un second site à Longueil-Sainte-Marie (Manageo, Rubypayeur). Son métier est simple sur le papier: collecte, tri, traitement et revente de métaux ferreux, non ferreux, DEEE et déchets industriels, auprès des entreprises, collectivités et particuliers (site Cornec, page industries). Le chiffre d’affaires 2024 atteint 25,35 millions d’euros, pour un résultat net de 664.594 euros, en légère baisse, avec 20 à 49 salariés déclarés et un capital de 750.000 euros (Manageo, Rubypayeur). Le groupe reste donc rentable, mais sur des marges fines, typiques d’un métier très exposé aux cours des matières et aux coûts logistiques. Cornec dépend aussi d’acheteurs aval exigeants, affineurs et sidérurgistes, que l’entreprise cite explicitement comme débouchés de ses flux métalliques (page industries). Aucun capex récent détaillé n’a été trouvé dans les sources publiques consultées. Même chose pour d’éventuels grands contrats publics: la base decp.info n’affiche, à date, aucun marché public remporté ni attribué à ce SIRET.
2. Impact réel
L’impact environnemental de Cornec est crédible sur le fond, même s’il est peu chiffré par l’entreprise elle-même. Cornec affirme traiter l’aluminium issu des collectes sélectives, les métaux non ferreux issus des mâchefers d’incinération, ainsi que les DEEE, avec traçabilité et certificats de recyclage (collectivités, DEEE). Le problème, c’est qu’aucun bilan carbone, tonnage de CO2 évité ou taux de valorisation propre à Cornec n’est publié. Il faut donc raisonner par ordre de grandeur sectoriel. Or l’ADEME rappelle que les métaux sont majoritairement recyclés en France, mais encore imparfaitement, faute de tri assez fin et parce qu’une partie des matières collectées part à l’étranger. Pour l’aluminium, la référence sectorielle est forte: le recyclage permet environ 95 % d’économie d’énergie par rapport au primaire selon Aluminium France, et l’ADEME met en évidence un écart massif d’émissions entre aluminium primaire et recyclé. Sur les DEEE, le contexte est plus sévère: la filière française n’a collecté que 46,6 % des équipements hors panneaux photovoltaïques en 2023, loin de l’objectif réglementaire de 65 % fixé à partir de 2024 (ADEME Filières REP). Cornec intervient donc sur un gisement utile, mais encore structurellement sous-performant à l’échelle nationale.
3. Innovations / partenariats
Cornec ne se distingue pas par une promesse deeptech ni par des levées de fonds visibles. Son avantage est plutôt industriel et relationnel. L’entreprise met en avant deux chaînes dédiées au traitement de l’aluminium, une chaîne spécifique pour les DEEE, ainsi qu’un service QHSE avec veille réglementaire et certificats de destruction des données (collectivités, DEEE). Côté partenariats, Cornec revendique un statut de partenaire historique des éco-organismes de la filière DEEE et une insertion dans les réseaux FEDERREC, BIR et AMORCE (collectivités). L’entreprise mentionne aussi une labellisation permettant aux collectivités de bénéficier des soutiens CITEO et Adelphe sur certains flux d’aluminium issus des encombrants ménagers (collectivités). Enfin, ses certifications ISO 9001 et ISO 14001 ont été renouvelées en 2024, ce qui donne un minimum de crédibilité à son pilotage qualité-environnement (engagement QHSE).
4. Greenwashing / zones grises
Le premier angle mort est documentaire: pas de rapport RSE public, pas de publication CSRD repérable, pas d’indicateurs maison sur l’énergie, l’eau, les accidents ou le carbone. Pour un acteur qui parle beaucoup de traçabilité, le reporting reste étonnamment mince (engagement QHSE). Le deuxième risque est économique. Cornec est sortie d’une longue procédure de sauvegarde close en 2022, après plusieurs modifications du plan depuis 2010 (Rubypayeur, Infonet). La société a rebondi, mais cet historique rappelle que le recyclage n’est pas un havre: il dépend des cours, des volumes, des normes et du financement du besoin en fonds de roulement. Troisième zone grise: une partie de la valeur de Cornec est adossée à des flux issus de l’incinération, notamment les mâchefers. C’est utile pour récupérer des métaux, mais cela rattache aussi indirectement l’entreprise à une chaîne de traitement des déchets loin d’être neutre et régulièrement contestée.
5. Positionnement stratégique
Cornec n’est ni un champion boursier ni une start-up à storytelling. Son positionnement est plus robuste: PME familiale-industrialisée, ancrée dans le recyclage métallique et les DEEE, sur des marchés que la transition énergétique rend plus stratégiques chaque année. L’ADEME souligne d’ailleurs que cuivre, acier et aluminium seront de plus en plus critiques d’ici 2030. La vraie question n’est donc pas l’utilité de Cornec, mais sa capacité à monter en gamme: plus de traçabilité publique, plus de preuves d’impact, plus de sécurisation industrielle dans une filière française encore pénalisée par l’export de matières recyclables (ADEME, Aluminium France).
Verdict WattsElse
Cornec tient un métier essentiel, sans lequel l’économie circulaire reste un slogan. Mais pour peser davantage que comme simple intermédiaire du rebut, il lui faudra transformer son utilité industrielle en preuve publique, chiffrée, incontestable.
Sources : manageo.fr · rubypayeur.com · cornec.fr · cornec.fr · decp.info · cornec.fr · cornec.fr · infos.ademe.fr · aluminium.fr · prod-basecarbonesolo.ademe-dri.fr · filieres-rep.ademe.fr · federrec.com · cornec.fr · infonet.fr · librairie.ademe.fr
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