Cosan
2025 a été l’année où le groupe brésilien a choisi l’assainissement du bilan plutôt que le sauvetage de sa co-entreprise Shell : recapitalisation massive, pertes record, et une coque climatique affichée qui contraste avec la tempête financière de la bioénergie distribuée.
À propos de Cosan
1. Modèle économique
Cosan S.A. opère comme holding d’infrastructures et de services énergétiques au Brésil : chiffre d’affaires net consolidé 40,4 milliards de R$ en 2025, en recul de 8 % par rapport à 2024, avec un résultat net consolidé déficitaire de 10,2 milliards de R$ (dépôt 6-K). Les revenus opérationnels ressortent surtout de Compass (distribution de gaz, 16,6 Mds R$, −10 % lié à la migration clientèle du marché régulé vers le marché libre), de Rumo (FER, 13,8 Mds R$, quasi stables), de Moove (lubrifiants, 9,3 Mds R$, −9 % après l’incendieur complexe de Rio) et de Radar (actifs fonciers agricoles, 654 M R$ de chiffre d’affaires segment). La participation dans Raízen (bioéthanol, sucre, distribution avec Shell) est comptabilisée en méthode de l’équivalence ; en 2025, la charge liée à ce JV a explosé (environ 10,9 Mds R$ de perte au titre des investissements associés et coentreprises), au point que Raízen affiche un fonds propres négatif de 1,13 Md R$ et une incertitude significative de continuité d’exploitation selon sa propre direction (dépôt 6-K). Pour financer la holding, Cosan a mené de grosses augmentations de capital (l’annonce d’une levée d’environ 10 milliards de dollars pour soulager la dette avait fait chuter le titre d’environ 21 % en séance en septembre 2025, Reuters) et, début 2026, des remboursements anticipés d’environ 6,2 Mds R$ (dépôt 6-K). En parallèle, le groupe évoque des cessions de participations pour réduire la dette de la holding (Valor International).
2. Impact réel
Sur le plan climat, l’empreinte du groupe est hétérogène et surtout brésilienne : d’un côté, l’éthanol de canne et la logistique de biocombustibles via l’écosystème Raízen ont longtemps été le visage « décarbonant » du portefeuille ; de l’autre, Compass ancre Cosan dans le gaz et les soulèvements réglementaires du segment concessionnaire, Moove dans la pétrochimie des lubrifiants, et Rumo dans le transport de matières premiées fossiles et agricoles. Le rapport de gestion 2025 insiste sur la conformité IFRS S1/S2 (ISSB) à partir des exercices ouverts au 1er janvier 2026 et sur une notation CDP Climate « A » ainsi qu’une inclusion au Sustainability Yearbook 2026 de S&P Global (dépôt 6-K). Aucune fiche publique ADEME ou Connaissance des Énergies dédiée à Cosan n’est ressortie de nos recherches : le rapprochement avec la logique européenne (PPE, plafonds d’incorporation biocarburants, débats sur les usages des sols) reste donc analogique, pas chiffré au nom de Cosan.
3. Innovations / partenariats
Les « innovations » visibles côté Cosan holding en 2025–2026 sont surtout financières et de gouvernance : accord d’actionnaires avec BTG Pactual et Perfin autour des offres au public, simplification de la structure, OTC secondaire prévu chez Compass pour continuer à désendetter la holding (dépôt 6-K). Côté Raízen, le plan de restructuration de créances extrajudiciaire déposé en mars 2026 — avec au moins 60 milliards de R$ exposés au risque de *cross-default* et des besoins de recapitalisation évoqués jusqu’à 20 Mds R$ par la presse — inclut une augmentation de capital et une refonte capitalistique où Cosan refuse de participer, laissant Shell et d’autres acteurs porter le ballon (Valor International).
4. Greenwashing / zones grises
La étiquette ESG (CDP « A », yearbook S&P) joue en contraste marqué avec la situation de Raízen : pertes massives, incertitude de continuité d’exploitation et fonds propres négatifs au 31 décembre 2025 (dépôt 6-K), puis restructuration de la dette à plus de 60 Mds R$ menaçant des défauts croisés en cascade (plan de restructuration) — autant de signaux que le narratif bas-carbone porté par la bioénergie ne préempte pas le risque financier et de réputation. Par ailleurs, l’incendie du complexe Moove à Rio (février 2025) a conduit à des évacuations, une fuite d’hydrocarbures vers la baie de Guanabara et des investigations des autorités (Bloomberg) ; Cosan indique des reprises d’assurance de 933,7 M R$ couvrant les pertes opérationnelles reconnues liées au sinistre, sans fermer pour autant le volet pénal et environnemental public.
5. Positionnement stratégique
Cosan priorise la solidité de la holding et le refinancement (dette consolidée d’environ 64,2 Mds R$ en emprunts et débentures fin 2025 malgré les remboursements, dépôt 6-K) sur le soutien à Raízen, qu’elle a comptablement ramené à zéro et qu’elle ne recapitalise pas dans le plan 2026. Dans un marché énergétique mondial où gaz, logistique et bicarburation sont sommés de prouver leur résilience face aux taux et à la régulation, Cosan parie sur la liquidité et les actifs vendables (dont le foncier Radar valorisé 18,22 Mds R$ en juste valeur, dépôt 6-K) plus que sur une intégration verticale assurée avec Shell.
Verdict WattsElse
Cosan exporte en Bourse un récit de gouvernance et de durabilité tout en internalisant la facture d’une bioénergie distribuée sous levier : les labels climat tiennent la page de garde, Raízen et le gaz tiennent le bilan.
Sources : stocktitan.net · reuters.com · valorinternational.globo.com · valorinternational.globo.com · bloomberg.com
Données clés
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- Q2998228
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