CT FILO MORADO
Elle porte un nom de champ pétrolier, mais ce n’est pas une « startup » : en Patagonie, CT Filo Morado est une centrale au gaz qui brûle le même filon que l’amont non conventionnel de Neuquén, alors que YPF bascule toute sa machine financière vers Vaca Muerta et l’export GNL.
À propos de CT FILO MORADO
1. Modèle économique
CT Filo Morado est recensée comme centrale thermique au gaz de 67,5 MW, exploitant « CT FILO MORADO » comme entité propriétaire, dans le jeu de données international des centrales gaz (fiche centrale Filo Morado). Les statistiques provinciales évoquent parfois une puissance voisine (63 MW) et une mise en service dans les années 1990 pour une installation proche du nom Central Térmica Filo Morado (boletín estadístico Neuquén) : ce n’est pas une divergence anodine pour un journaliste, mais l’ordre de grandeur d’un actif cogénération / thermique d’appoint reste le même.
Sur le marché gaz–électricité, la logique est verticale : la centrale s’alimente conceptuellement sur un bassin dont le cœur « Filo Morado » est opéré par YPF en non conventionnel, selon le suivi sectoriel (profil du champ Filo Morado)). Ce lien géographique et industriel est le pivot : les revenus de l’électrique ne sont pas publiés sous l’étiquette « CT Filo Morado » dans les comptes consolidés NYSE, qui rapportent 18,448 milliards de dollars de chiffre d’affaires net en 2025 pour YPF S.A. avec un Ebitda ajusté de 5,009 Md$ (+8 % en glissement annuel) et 4,477 Md$ de CapEx, dont environ 72 % au segment non conventionnel en 2025 (dépôt SEC 6-K de février 2026).
2. Impact réel
Au sens strict du climat, une 67,5 MW gaz n’est pas un « colosse carbone » au regard des 535 MW qu’affiche parfois une central térmica voisine dans la même région selon certaines fiches d’inventaire, mais ce n’est pas non plus du zéro émission : combustion de méthane, fuite amont et lock-in fossile local sont au menu. À l’échelle du champ, les séries agrégées montrent une production de gaz en chute — 56,24 millions de m³/an en 2020 contre 21,84 millions de m³/an en 2024 — sur la concession suivie par Global Energy Monitor (même profil GEM)), cohérent avec une phase d’épuisement relative du gisement alentour.
Pour un lecteur basé en Europe, l’objet échappe au PPE français et aux bilans CSRD des utilities de l’Union ; en revanche, le gaz fossile comme carburant d’appoint et la pression sur les réserves locales prolongent l’empreinte du système énergétique argentin telle qu’elle est décrite dans les fiches de référence sur le gaz naturel (fiche pédagogique).
3. Innovations / partenariats
L’« innovation » observable du côté YPF en 2026 n’est pas une turbine miracle à Filo Morado, mais un saut d’échelle organique : schiste pétrolier à 165 kbbl/j en moyenne en 2025 (+35 % sur un an) et 196 kbbl/j au quatrième trimestre, avec un pic à 204 kbbl/j en décembre 2025 (même 6-K). Parallèlement, YPF, Eni et XRG (bras d’ADNOC) ont signé en février 2026 un accord de développement conjoint sur un projet Argentine LNG de 12 Mtpa porté par deux unités FLNG, avec entrée en FEED (toujours ce 6-K). Pour CT Filo Morado, l’enjeu partenarial se joue surtout en continuité de fourniture ou en reconversion, une fois le volet amont résorbé.
4. Greenwashing / zones grises
Le risque de narration « gaz propre » est structurel : 72 % du CapEx groupe file en non conventionnel en 2025, dans une stratégie d’exit des champs matures explicitement valorisée dans le 6-K de février 2026 (lien SEC), alors que la production déclarée du champ Filo Morado divise par plus de 2,5 la sortie gaz sur 2020–2024 selon GEM (56,24 → 21,84 millions de m³/an) (tableau de production)). Autre front ouvert en avril 2026 : FARN, Greenpeace et l’AAdeAA annoncent une action collective « sans précédent » pour faire censurer une réforme régressive de la loi Glaciers qu’elles jugent propice aux projets extractifs en zones sensibles (article Buenos Aires Times) — YPF n’est pas citée mot pour mot dans l’accroche journalistique, mais l’écosystème permis pétroliers qu’elle pilote se retrouve dans le viseur réglementaire élargi.
5. Positionnement stratégique
CT Filo Morado illustre la région Neuquén–Vaca Muerta comme couple gaz–électricité historique : un actif électrique de taille modeste, accroché à un gisement que les données publiques montrent en reflux, pendant que YPF recâble ses cash-flows vers schiste + GNL et un Ebitda record malgré un résultat net négatif de –799 M$ en 2025 lié à des effets fiscaux et financiers (6-K). Stratégie affichée : monter en puissance export et réduire le poids du conventionnel ; conséquence locale pour Filo Morado : question de fin de cycle et de provision d’abandon — déjà un thème « mature fields » dans le rapport.
Verdict WattsElse
CT Filo Morado, ce n’est pas la licorne de la transition : c’est le petit symbole patagonien d’un gaz qui se raréfie sous les pieds, pendant qu’YPF parie la maison sur le schiste et le GNL sous le feu d’une bataille judiciaire climatique inédite sur les glaciers en 2026.
Sources : database.earth · estadisticaneuquen.gob.ar · gem.wiki · sec.gov · connaissancedesenergies.org · batimes.com.ar
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