Eni
Eni veut raconter une mue: d’un champion historique des hydrocarbures à un groupe capable d’industrialiser la transition.
À propos de Eni
1. Modèle économique
Eni reste d’abord une major intégrée: exploration-production, gaz et GNL, raffinage, trading, électricité, biofuels, mobilité et retail. En 2024, le groupe a réalisé 88,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 2,624 milliards d’euros de bénéfice net, 8,485 milliards d’euros de capex et comptait 32 492 salariés en fin d’année, d’après ses chiffres-clés 2024. Le socle reste très fossile: la production d’hydrocarbures a encore progressé à 1,707 million de barils équivalent pétrole par jour, avec 6,5 milliards de barils équivalent pétrole de réserves prouvées en portefeuille dans le rapport E&P 2024. Le déséquilibre de création de valeur est clair: en 2024, l’amont pétro-gazier pèse 13,022 milliards d’euros de résultat opérationnel ajusté pro forma, contre 1,143 milliard pour l’ensemble Enilive-Plenitude dans les chiffres-clés 2024. Aucune ventilation publique précise du chiffre d’affaires, des effectifs ou des capex par pays n’apparaît dans les pages corporate consultées.
2. Impact réel
Sur ses opérations, Eni affiche de vrais progrès: ses émissions directes de scope 1 ont reculé à 31,1 MtCO2e en 2024, son empreinte nette scope 1+2 amont est en baisse d’environ 55% depuis 2018, et celle de l’ensemble du groupe d’environ 37%, selon son reporting climat. Le même reporting indique aussi 816 000 tonnes de CO2e évitées via des projets d’efficacité énergétique en 2024. Mais le tableau se durcit dès qu’on regarde les produits vendus: les émissions de cycle de vie n’ont baissé que de 0,8% sur un an, tandis que l’intensité carbone n’a reculé que d’environ 0,5% dans ce même reporting climat. Or la trajectoire française de la PPE3 vise à faire tomber la consommation d’énergies fossiles de 900 TWh en 2023 à environ 330 TWh en 2035, et les scénarios de l’ADEME reposent tous sur un recul massif du pétrole et du gaz. En clair: Eni décarbone mieux ses opérations qu’elle ne transforme encore son offre.
3. Innovations / partenariats
La mécanique la plus crédible d’Eni s’appelle Plenitude: en mars 2025, l’entrée renforcée d’Energy Infrastructure Partners a porté sa participation à 10%, pour un investissement cumulé d’environ 800 millions d’euros, sur une valorisation de plus de 10 milliards d’euros d’entreprise, avec plus de 4 GW renouvelables, plus de 10 millions de clients et plus de 21 000 points de charge dans le communiqué Plenitude. Côté biocarburants, la BEI a signé en juillet 2025 un financement de 500 millions d’euros pour convertir Livourne en bioraffinerie de 500 000 tonnes par an, avec option SAF, dans le communiqué EIB-Eni. Côté CCS, Eni a atteint en avril 2025 la clôture financière du projet Liverpool Bay CCS, adossé au cluster HyNet, avec 4,5 MtCO2 par an de capacité de stockage en phase 1 et un potentiel de 10 Mt dans les années 2030. Le groupe sait donc construire des briques de transition tangibles, mais presque toujours greffées à son expertise fossile historique.
4. Greenwashing / zones grises
La zone grise centrale est assumée par Eni elle-même: le groupe présente le gaz comme colonne vertébrale de la transition et vise une part de gaz supérieure à 60% de sa production d’hydrocarbures en 2030, puis supérieure à 90% en 2050 dans sa stratégie gaz. C’est plus sobre en carbone que le charbon ou le pétrole, mais cela reste un pari de prolongation fossile, pas une sortie. Deuxième tension: une partie du récit climat repose sur le CCS, les crédits carbone et les biofuels, alors même que les scénarios de l’ADEME insistent d’abord sur sobriété, efficacité et renouvelables, sans faire du captage massif le pilier principal. Troisième fragilité: plusieurs projets-clés dépendent d’un cadre public favorable; le projet Liverpool Bay CCS arrive après l’allocation par Londres de 21,7 milliards de livres sur 25 ans aux deux premiers clusters CCS britanniques. Enfin, aucun grand contrat public français directement attribué à Eni n’apparaît dans les sources publiques consultées.
5. Positionnement stratégique
Eni joue une partition singulière: conserver un amont très rentable pour financer des “satellites” de transition, puis faire entrer du capital tiers pour révéler leur valeur, comme l’explique le CMU 2025. Le signal le plus important n’est donc pas seulement technologique, il est financier: Plenitude, Enilive et demain le CCS doivent devenir des actifs bancables, pas de simples alibis verts. Sauf que, dans le même temps, Eni revendique encore une hausse de production et de nouveaux gisements en 2026, comme le relevait Connaissances des Énergies. Le groupe n’est pas en train de quitter le fossile: il tente de monétiser le plus longtemps possible la rente gazière tout en achetant une option crédible sur l’après.
Verdict WattsElse
Eni n’est pas une ex-major devenue verte. C’est une major qui transforme ses cash-flows fossiles en portefeuille de transition, avec un vrai savoir-faire industriel mais une contradiction stratégique de plus en plus visible à mesure que les politiques publiques serrent l’étau sur le pétrole et le gaz.
Sources : report.eni.com · report.eni.com · eni.com · budget.gouv.fr · ademe.fr · eni.com · eni.com · eni.com · eni.com · eni.com · connaissancedesenergies.org
Données clés
- Forme
- public company
- Fondée
- 1953
- Effectifs
- 32 349 (2025)
- CA
- 82.2 Md€ (2022)
- Siège
- San Donato Milanese, Italy ↗
Identifiants publics
- Wikidata
- Q565594
- ISIN
- IT0003132476
- LEI
- BUCRF72VH5RBN7X3VL35
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