Enrico Mattei
Enrico Mattei n’est pas une entreprise: c’est le fondateur et premier président d’Eni, figure tutélaire d’un capitalisme énergétique italien mêlant souveraineté, diplomatie et pétrole.
À propos de Enrico Mattei
1. Modèle économique
Le vrai sujet derrière Enrico Mattei, c’est donc Eni, groupe intégré présent dans 64 pays, fort de 32 492 salariés fin 2024 et de 88,8 milliards d’euros de ventes, pour un EBIT ajusté proforma de 14,3 milliards d’euros cette même année selon le rapport annuel 2024. Son cœur de cash reste l’amont pétro-gazier: 1,707 million de barils équivalent pétrole par jour en 2024, puis 1,73 mboe/j en 2025 d’après les résultats annuels 2025. Au premier trimestre 2026, la machine tourne encore: bénéfice net ajusté de 1,3 milliard d’euros, EBIT ajusté proforma de 3,54 milliards, production oil & gas en hausse de 9% et programme de rachat d’actions relevé à 2,8 milliards d’euros, selon les résultats T1 2026. Le plan 2026-2030 reste discipliné sur le capital, avec 7 milliards d’euros de capex bruts attendus en 2026 et moins de 6 milliards par an en moyenne sur la période, selon le Capital Markets Update. En clair: Eni vend au marché une histoire de sobriété financière, mais continue d’extraire massivement pour nourrir dividendes, rachats d’actions et expansion.
2. Impact réel
Le groupe met en avant 4,1 GW de capacités renouvelables fin 2024, 1,65 million de tonnes de capacité de bioraffinage, 21 300 points de recharge et une première déclaration de durabilité alignée CSRD/ESRS dans son rapport 2024. Il souligne aussi une baisse de 55% des émissions nettes Scope 1 et 2 de l’upstream par rapport à 2018, ainsi qu’une intensité méthane upstream de 0,06% dans son Methane Report 2024. Mais la photographie complète est moins flatteuse: les émissions nettes “lifecycle” Scope 1+2+3 atteignent encore 395 MtCO2e en 2024, tandis que le seul Scope 3 “usage des produits vendus” représente 181 MtCO2e, toujours selon le rapport annuel 2024. Surtout, la production fossile continue de croître là où la PPE3 française vise au contraire une sortie accélérée des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques européens. Eni améliore donc certains indicateurs opérationnels, sans rompre avec la logique d’expansion hydrocarbonée qui plombe l’impact global.
3. Innovations / partenariats
La marque de fabrique “matteienne” reste l’alliage entre technologie, géopolitique et montages capitalistiques. Côté transition, Eni a obtenu en avril 2026 un prêt de 500 millions d’euros de la BEI pour convertir Sannazzaro en bioraffinerie, avec une capacité visée d’environ 550 000 tonnes par an de HVO et SAF à partir de déchets. Le groupe a aussi fait entrer KKR à hauteur de 30% dans Enilive, valorisée 11,75 milliards d’euros post-money, après une série d’opérations officialisées par Eni. Sur Plenitude, Eni pousse désormais un schéma de déconsolidation et d’augmentation de capital pour financer la croissance vers 15 GW d’ici 2030, avec plus de 11 millions de clients après Acea Energia, selon le plan 2026-2030. Enfin, l’amont reste loin d’être en retrait: joint-venture LNG avec Petronas en Asie du Sud-Est, découvertes en Angola, Égypte, Indonésie, Côte d’Ivoire et Libye, et pipeline d’exploration présenté comme le plus riche de l’histoire du groupe dans le Capital Markets Update.
4. Greenwashing / zones grises
Le nœud critique est là: Eni ne cache même plus vraiment qu’il veut faire les deux à la fois, accélérer les renouvelables tout en augmentant de 3 à 4% par an sa production oil & gas jusqu’en 2030, selon son plan stratégique. Greenpeace Italie et ReCommon dénoncent précisément cette dissonance: des satellites “verts” très marketables, adossés à un socle fossile jamais réellement remis en cause. À cela s’ajoute la pression judiciaire. La Cour de cassation italienne a confirmé en juillet 2025 la compétence des juridictions civiles pour juger l’affaire climatique intentée contre Eni, ouvrant un procès de fond sur la compatibilité de sa stratégie avec les droits fondamentaux et la science climatique, selon la Climate Litigation Database. Le règlement du contentieux OPL 245 au Nigeria en 2026 soulage un vieux dossier, mais ne gomme pas une réputation lestée par des décennies de controverses sur ses pratiques d’expansion.
5. Positionnement stratégique
Eni veut apparaître comme le champion européen d’une “transition pragmatique”: gaz comme énergie de pont, biocarburants pour le transport lourd, renouvelables via Plenitude, captage-stockage et satellites capables d’attirer du capital privé. Stratégiquement, c’est habile: le groupe monétise la transition sans sacrifier le rendement fossile, et parle autant aux États qu’aux fonds. Mais dans un contexte où les politiques publiques européennes poussent à la contraction des usages fossiles et à l’électrification rapide, cette ligne ressemble moins à une rupture qu’à une réorganisation du portefeuille. Mattei avait inventé une diplomatie énergétique offensive; Eni en 2026 invente surtout une diplomatie du bilan.
Verdict WattsElse
Enrico Mattei a donné à l’Italie un imaginaire de puissance énergétique. Eni en a gardé l’instinct, mais l’applique désormais à une transition sous contrôle, où le vert attire le capital pendant que le fossile continue de générer le vrai cash.
Sources : eni.com · eni.com · eni.com · eni.com · eni.com · report.eni.com · eni.com · consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr · eib.org · eni.com · recommon.org · climatecasechart.com
Données clés
Identifiants publics
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- Q557795
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