GASSNOVA
L’Europe n’avait pas encore de chaîne industrielle complète capture–transport–stockage du CO₂ à l’échelle : Oslo l’a bouclée en 2025 sous l’œil de Gassnova, petit statensforetak de Porsgrunn avec un mandat géant.
À propos de GASSNOVA
1. Modèle économique
Gassnova est l’entreprise d’État norvégienne chargée de faire avancer la politique publique de captage et stockage du CO₂ (CCS), propriété de l’État via le ministère de l’Énergie, avec mission affichée de stimuler techno et compétences pour des solutions « rentables et tournées vers l’avenir » sur la chaîne CO₂ (site de Gassnova). Concrètement, l’organisme ne cherche pas un chiffre d’affaires marchand : sa « rentabilité » est politique ; le compte de résultat est celui d’un office budgété, qui facture le département pour les tâches convenues et tire quelques ressources du volet TCM (rapport annuel 2024). À fin 2024, 31 salariés tiennent la barre (stable par rapport à 2023), pour un résultat d’exploitation d’environ 0,5 million NOK après ajustement de dotation et un résultat net annuel d’environ 6,3 millions NOK, avec 118,9 millions NOK de trésorerie bancaire — des ordres de grandeur qui disent l’échelle d’un chevet de projet, pas celle d’un groupe industriel (rapport annuel 2024). La dépendance est donc intégrale au budget de l’État (chapitre climat–industrie–techno) et au pilotage par année d’oppdragsbrev ministériel : les priorités 2025 parlent stockage commercial et mutualisation du risque techno (lettre de mission 2025). *Note de lecture WattsMonde :* votre base classe parfois Gassnova parmi les « énergies renouvelables » ; l’entité relève avant tout du levier climat industriel CCS, un voisin stratégique des EnR sans en être une filière électrique.
2. Impact réel
Le projet Longship (Langskip) active une chaîne bout en bout : après des années d’ingénierie et de subventions, les autorités annoncent la mise en service comme étape européenne majeure pour le secteur (communiqué Longship). La dimension « impact » se joue en millions de tonnes évitées ou retirées de l’atmosphère industrielle plutôt qu’en pourcents d’électricité renouvelable : la Phase 1 du hub Northern Lights est présentée avec 1,5 Mt CO₂/an de capacité de stockage, dans une logique d’extension vers 5 Mt/an, le CO₂ étant injecté à grande profondeur sous le plateau continental (communiqué Longship). Côté filières « dures », la cimenterie de Brevik (Heidelberg Materials) est mise en avant comme première installation cimentière à capturer à grande échelle, avec une entrée en service estivale 2025 (communiqué Longship). Pour un lecteur français, le CSC reste un outil de comblement dans les trajectoires d’industrie lourde : l’ADEME rappelle, via ses Plans de transition sectoriels, le rôle limité mais croissant du captage géologique dans certains sous-secteurs très émissifs (lettre Stratégie ADEME juin 2025), ce qui aide à situer l’ambition norvégienne par rapport aux leviers numériques discutés dans le PPE et les PTS — sans équation magique française, parce que le modèle d’Oslo exporte du stockage, pas une copie-coller réglementaire [fiche pédagogique CSC].
3. Innovations / partenariats
Au-delà du « gros œuvre » Longship, Gassnova anime l’écosystème CLIMIT (financements R&D) et veille aux intérêts publics sur le Technology Centre Mongstad, couple expérimental–industriel que le rapport d’activité détaillent comme levier d’apprentissage et de réduction des coûts (rapport annuel 2024). Sur Oslo–Klemetsrud, la reprise du projet Hafslund Celsio en janvier 2025, après une pause pour surcoûts, s’accompagne d’un budget final réévalué à 9,5 milliards NOK et d’un horizon d’exploitation glissé vers le troisième trimestre 2029 (Energiteknikk) ; l’État a signé un accord plafonnant son aide de capital à 2,5 milliards NOK dans le nouvel équilibre financier (Regjeringen). Sur le plan techno-économique, une analyse de la filière Longship estime le coût d’abattement à 1 150 NOK/t CO₂ en monnaie 2024, en hausse d’environ 15 % par rapport aux prévisions de 2020 (CCS Norway) — un signal que l’apprentissage par la dépense reste la règle du jeu.
4. Greenwashing / zones grises
Le premier grillage est budgétaire : Oil Change International estime le programme Longship à 30 milliards NOK au total, avec 20 milliards NOK de contribution publique, et voit dans le dispositif un paravent pour prolonger l’âge d’or pétrolier et gazier plutôt qu’un substitut massif à la baisse des émissions à la source (Oil Change International). Le second est physique : *Follow the Money* alerte sur un goulot d’étranglement maritime — deux navires pour l’instant, et des incertitudes sur la flotte nécessaire pour monter en charge — hypothèse qui pèse sur la viabilité économique du transport vers Øygarden (Follow the Money). Enfin, la séquence Celsio donne la mesure des dépassements industriels : d’environ 5 milliards NOK en 2022 à 9,5 milliards en 2025, soit une croissance d’environ 90 % du budget côté projet, ce qui a forcé le gouvernement à verrouiller sa contribution pour éviter une fuite en avant (Energiteknikk, Regjeringen). Ce n’est pas du *greenwashing* de marque — Gassnova est assumément public — mais un risque de survente climatique : des volumes captés très visibles face à des économies fossiles qui restent, elles, colossales.
5. Positionnement stratégique
En 2025, Gassnova cristallise la diplomatie technique d’un pays qui veut exporter la géologie et le savoir-faire CO₂, tout en gardant la main sur les instruments de soutien. La feuille de route ministérielle insiste sur l’après-démonstrateur — déploiement, clients du stockage, gestion du risque — autant de critères qui décideront si Longship devient standard européen ou cas d’école coûteux (lettre de mission 2025). Côté société civile, le soutien de Bellona après des décennies de plaidoyer illustre la fracture entre « preuve de concept » et « bouclier anti-transition hors du pétrole » (Bellona). Pour Paris et Bruxelles, la Norvège offre un benchmark en CSC, pas une recette importable telle quelle : les mêmes ADEME qui cadrent nos industriels rappellent que le captage n’efface ni la pression énergétique ni le travail d’efficacité amont (lettre Stratégie ADEME juin 2025).
Verdict WattsElse
Gassnova n’est pas une licorne : c’est le registre civil d’un pari industriel ; Longship prouve la chaîne, mais le climat se lit aussi dans l’addition publique et dans ce qu’on n’arrête pas d’extraire. En une formule : la Norvège a mis la tuyauterie, le monde regarde encore la facture et le forage.
Sources : gassnova.no · regjeringen.no · regjeringen.no · regjeringen.no · infos.ademe.fr · connaissancedesenergies.org · energiteknikk.net · regjeringen.no · ccsnorway.com · oilchange.org · ftm.eu · bellona.org
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