Roquette
Famille, céréales et fioles : Roquette vend du végétal transformé à l’échelle mondiale, mais son récit climatique se joue surtout sur la chaleur industrielle, la biomasse et l’électricité bas-carbone — là où la France peine à livrer des prix et des infrastructures stables.
À propos de Roquette
1. Modèle économique
Roquette est un groupe familial français, global, qui tire l’essentiel de son activité de la valorisation industrielle de matières premières végétales (amidon, polyols, fibres, protéines, etc.) et, de plus en plus, d’excipients et solutions pour la santé. Le modèle est « intégré » : grandes unités de transformation, R&D et présence internationale, avec une partie sensible aux cycles des commodités et une autre, à plus forte valeur ajoutée, portée par la santé et la nutrition.
Sur l’exercice 2024, le groupe publie un chiffre d’affaires de 4 495 M€ (–10 % vs 2023), un EBITDA consolidé de 529 M€ et une marge d’EBITDA de 11,8 %, avec une nette amélioration du free cash-flow à 275 M€, dans un marché encore sous ses sommets historiques (résultats annuels 2024). En 2025, la communication officielle fait état d’une croissance du chiffre d’affaires de +8 % à 4,9 Md€ (–5 % à périmètre et change comparables), d’un EBITDA courant de 612 M€ et d’une marge à 12,6 %, avec un free cash-flow de 301 M€ hors effets de trésorerie liés à l’acquisition d’IFF Pharma Solutions (résultats annuels 2025). Pour financer cette opération, le groupe avait levé 1,2 Md€ d’obligations en 2024 (résultats annuels 2024). Côté effectifs, le rapport de durabilité 2024 indiquait 9 774 collaborateurs au 31 décembre 2024, tandis que la page À propos met en avant plus de 11 000 personnes et plus de 40 sites — écart à interpréter avec les variations de périmètre et de date de consolidation.
2. Impact réel
L’empreinte du groupe est celle d’une chimie et d’une agro-industrie à forte demande de vapeur et de chaleur : le gain environnemental ne se décide pas dans le slogan « plant-based », mais dans le mix énergétique des sites. Roquette a été partie prenante du projet de géothermie profonde de Rittershoffen, inauguré en 2016, avec un soutien explicite de l’ADEME (25 M€ via le Fonds Chaleur et garanties géologiques) pour alimenter notamment le site de Beinheim (inauguration Rittershoffen). En 2016, le communiqué affirmait que la géothermie, avec biomasse et biogaz, permettait de couvrir environ 75 % des besoins en vapeur du site en énergies renouvelables et évoquait environ 39 000 t de CO₂ évitées par an pour Beinheim (inauguration Rittershoffen).
En mars 2026, la presse régionale relate toutefois des difficultés d’approvisionnement en chaleur au site de Beinheim (250 salariés) après l’arrêt de la centrale, avec une demande de redémarrage adressée au préfet (Les Dernières Nouvelles d’Alsace) : autant de rappel que la décarbonation industrielle reste dépendante d’actifs tiers et de leur disponibilité.
Sur le fond du sujet « chaleur fossile vs bas-carbone », le paysage français est celui d’une compétition pour les technologies et les financements — thème largement documenté côté filières industrielles, par exemple autour de projets de chaudières très performantes susceptibles de concerner aussi l’agroalimentaire (Connaissance des Énergies).
3. Innovations / partenariats
La stratégie récente combine M&A et outils de prospective. L’acquisition IFF Pharma Solutions — annoncée comme levier majeur dès 2024 — vise à rebalancer le portefeuille vers la santé et à réduire l’exposition aux aléas des commodités (résultats annuels 2024), puis à soutenir la résilience en 2025 (résultats annuels 2025). En novembre 2025, le groupe lance HORIZONS, plateforme de prospective pour l’industrie alimentaire, mêlant IA et expertise, avec des partenariats académiques et de think tank cités dans le communiqué (lancement HORIZONS). Côtre climat et reporting, Roquette met en avant un programme life+nature (depuis 2023), un premier reporting CSRD pour 2024 dans le rapport de durabilité 2024, et des reconnaissances tierces (EcoVadis or, score 84/100 en mars 2026 ; CDP « B » climat et eau) (communiqué RSE mars 2026).
4. Greenwashing / zones grises
Le risque n’est pas tant le « végétal » en lui-même que la simplification marketing : valoriser la nature masque souvent des procédés énergivores, des intrants agricoles intensifs et des émissions de scope 3 encore difficiles à réduire sans friction sur les filières. La biomasse et le biogaz, promus comme leviers de décarbonation, heurtent des plafonds de ressource et des arbitrages territoriaux — que le groupe évoque lui-même, avec des alertes sur l’inflation des coûts de projets et l’adéquation des aides, dans sa contribution aux travaux SNBC / PPE (cahier d’acteur SNBC–PPE).
Les labels et notations (EcoVadis, CDP) améliorent la lisibilité, mais ne remplacent pas la transparence locale : lorsqu’un site industriel public une lettre de détresse sur sa chaleur, le discours global sur la transition se heurte au récit des dépendances opérationnelles (Les Dernières Nouvelles d’Alsace). Dans cette veille, nous n’avons pas repéré d’articles récents Greenunivers ou Énergie & Stratégie centrés sur Roquette ; l’essentiel des tensions apparaît dans la presse économique généraliste, la presse régionale et les documents de planification où le groupe argumente comme industriel français.
5. Positionnement stratégique
Roquette joue la carte de la montée en gamme (santé, spécialités nutrition) pour lisser les cycles et améliorer la marge, en consolidant l’empreinte après une dette temporairement alourdie par une mega-acquisition (résultats annuels 2024, résultats annuels 2025). Début 2026, le lancement du projet d’entreprise « Shift & Lead » vise explicitement compétitivité et création de valeur sur la durée (résultats annuels 2025). En parallèle, le groupe plaide pour des conditions françaises et européennes compatibles avec des investissements lourds de décarbonation — eau, électricité, biomasse — dans le cadre des concertations PPE (cahier d’acteur SNBC–PPE). La presse spécialisée industrielle souligne aussi que décarboner impose de repenser le pilotage des usines — enjeu systémique pour ce type de plateformes (Usine Nouvelle).
Verdict WattsElse
Roquette incarne le paradoxe d’un géant du renouvelable agricole pris au piège du non-renouvelable thermique : tant que la chaleur et l’électricité bas-carbone ne sont pas abondantes, stables et abordables, la « transition » restera un chantier d’ingénieur plus qu’un badge marketing — avec, au besoin, des lettres au préfet pour le prouver.
Sources : roquette.com · roquette.com · roquette.com · roquette.com · roquette.com · dna.fr · connaissancedesenergies.org · roquette.com · roquette.com · concertation-strategie-energie-climat.gouv.fr · usinenouvelle.com
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