Globeleq
Le producteur indépendant d’électricité le plus exposé au continent ne se résume pas au renouvelable qu’il affiche : il porte encore massivement le gaz — et un mastodonte mozambicain qui glisse dans le calendrier.
À propos de Globeleq
1. Modèle économique
Globeleq est un producteur indépendant d’électricité (IPP) en Afrique : il investit dans des centrales, les exploite et vend l’électricité dans des cadres contractuels type concessions ou PPAs avec des utilities et l’État hôte. L’entreprise est détenue à 100 % par des financeurs du développement — environ 70 % par la British International Investment (Royaume-Uni) et 30 % par Norfund (Norvège) — ce qui structure à la fois sa mission d’impact et sa logique de rendement long terme. Fin 2023, le groupe comptait 496 salariés (dont 98 % de ressortissants des pays d’implantation) selon le lancement public du rapport de durabilité 2023. Le même exercice indique plus de 7 000 GWh produits et une base clientèle donnée à 8,8 millions de consommateurs desservis. Aucun chiffre de chiffre d’affaires consolidé n’a été identifié dans les documents de durabilité publiquement téléchargeables ; il faudrait des comptes déposés ou une documentation financière complémentaire pour parler de rentabilité en euros ou dollars.
2. Impact réel
Sur le plan climat, le bilan est contradictoire par construction. D’une part, le rapport de durabilité 2023 indique qu’environ 32 % de la capacité installée est renouvelable (éolien, solaire, géothermie), et recense près de 992 000 tonnes de CO₂e évitées en 2023 grâce à la production renouvelable — avec un objectif affiché d’ajouter au moins 1 000 MW d’EnR entre 2020 et 2026. D’autre part, le même document montre des émissions générées de l’ordre de 2,83 millions de tonnes de CO₂e en 2023 (majoritairement liées au gaz et aux combustibles en centrale), soit un volume massif comparé aux gains « évités » par l’EnR. L’entreprise s’engage sur une neutralité carbone en 2050 et un alignement TCFD ; cet horizon long ne se traduit pas, pour un lecteur européen, en boussole opérationnelle comparable aux trajectoires très sectorisées de la PPE ou équivalent — surtout pour un actif hors Union européenne. Pour le seul contexte français utile ici : le secteur de la géothermie électrique, où Globeleq avance au Kenya (Menengai), est aussi un levier d’export industriel pour des équipementiers, thème déjà posé par l’ADEME et relayé par Connaissance des énergies sur les opportunités de marchés mondiaux — sans lien contractuel direct avec Globeleq, mais utile pour cadrer l’enjeu technologique.
3. Innovations / partenariats
Le groupe combine gaz, hydro, solaire couplé au stockage et géothermie. En 2023, il met en avant l’extension gaz d’Azito (Côte d’Ivoire), la première centrale solaire + batteries à Cuamba (Mozambique), l’acquisition du solaire Mocuba et la clôture financière du projet géothermique Menengai au Kenya, détaillés dans le rapport 2023. Sur le volet international, un communiqué de avril 2024 documente la prise de 48,3 % dans la centrale Winnergy Solar (25 MWp) en Égypte (reprise de Presse associée). Plus récemment, en juin 2025, Globeleq annonce avec Norfund la signature d’un accord pour entrer au capital de Lunsemfwa Hydro Power Company en Zambie (deux hydro existantes et un 20 MWc solaire en construction), avec finalisation attendue au second semestre 2025 (communiqué London / Lusaka). Côté gouvernance exécutive, Jonathan Hoffman, déjà CEO par intérim depuis juillet 2024, est confirmé CEO permanent le 31 mars 2025 (annonce corporate).
4. Greenwashing / zones grises
La tension principale tient à un écart structurel entre discours et pyramide d’actifs : environ deux tiers de la capacité restent non-renouvelables, et le portefeuille comporte des centrales thermiques à gaz à grande échelle, dont le projet gaz de 450 MW à Temane au Mozambique — avec un coût cité autour de 652 millions de dollars et un calendrier désormais orienté vers 2027 selon la presse financière (Bloomberg). Ce type d’actif nourrit une critique documentée du rôle du capital britannique de développement dans le gaz en Afrique, portée notamment par une enquête de Carbon Brief — utile pour situer le débat public, distinct du marketing « transition ». Enfin, le rapport de durabilité 2023 lui-même classe au statut « Not achieved » l’objectif de définir des cibles intermédiaires d’émissions sur cinq à quinze ans : l’entreprise fixe donc 2050 sans passer par des jalons chiffrés à moyen terme dans la série d’indicateurs publiée — un vide stratégique plus qu’une « zone grise » fantasmée.
5. Positionnement stratégique
Globeleq incarne aujourd’hui le double pari des IPP africains financés par l’Europe du développement : sécuriser l alimentation avec du thermal moderne là où le réseau est fragile, tout en empilant l’EnR et le stockage pour capter les appels d’offres et les financements climat. Le signal récent est institutionnel autant que technologique : stabilisation de la direction avec Hoffman confirmé en 2025 (note corporate) et diversification géographique via la Zambie hydro + solaire (communiqué juin 2025), pendant que Temane reste le test de crédibilité opérationnelle et politique au Mozambique (Bloomberg 2026).
Verdict WattsElse
Globeleq n’est pas une « pure player » EnR : c’est un gestionnaire de transition à géométrie variable, porté par des bilan publics européens, coincé entre la pression de decarbonation et la réalité du mix — jusqu’à faire de Temane le symbole d’un gaz qui ne partira pas à la date promise. Le renouvelable monte ; le gaz pèse.
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Sources : bii.co.uk · norfund.no · prnewswire.com · globeleq.com · ademe.fr · connaissancedesenergies.org · prnewswire.com · globeleq.com · globeleq.com · bloomberg.com · carbonbrief.org
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