Iberdrola
Iberdrola ne vend plus seulement des mégawatts: il vend de plus en plus des kilomètres de réseau, des contrats longs et une promesse d’électrification massive.
À propos de Iberdrola
1. Modèle économique
Iberdrola est un conglomérat électrique intégré: production, distribution, fourniture, stockage et réseaux régulés, avec un centre de gravité désormais très net du côté des infrastructures. En 2024, le groupe a réalisé 44,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 16,8 milliards d’EBITDA et 5,61 milliards de bénéfice net, avec plus de 42 200 salariés et un record d’investissement supérieur à 17 milliards d’euros ; la priorité est allée aux réseaux (11,2 milliards) devant les renouvelables et le stockage (5,5 milliards) (résultats 2024, rapport intégré 2024). Le signal stratégique est limpide: le plan 2025-2028 prévoit 58 milliards d’euros d’investissements, dont 37 milliards dans les réseaux, surtout au Royaume-Uni et aux États-Unis, pour transformer Iberdrola en utility plus régulée, donc plus prévisible en cash-flow (plan stratégique 2025-2028). Autrement dit, Iberdrola cherche moins la flamboyance du producteur pur que la rente robuste du gestionnaire d’actifs électriques. C’est rentable, défendable en Bourse, et très bien aligné avec l’explosion attendue de la demande d’électricité.
2. Impact réel
Sur le papier, l’empreinte industrielle bascule franchement vers le bas carbone. Fin 2024, Iberdrola affichait 44 478 MW renouvelables sur 56 668 MW de capacité totale, soit 78,5 % du parc, avec 84 % de capacité “émission-free” et une intensité carbone ramenée à 65 gCO2/kWh, contre 77 un an plus tôt (indicateurs 2024, rapport GES 2024). Les émissions directes tombent à 8,9 MtCO2e, en baisse de 16 % (rapport GES 2024). L’exemple français le plus concret est le parc offshore de Saint-Brieuc, mis en service en 2024: 496 MW, 1 820 GWh/an, soit l’équivalent de 9 % de la consommation électrique bretonne (Saint-Brieuc). Ce positionnement colle au sens de l’histoire: la PPE 3 pousse l’électrification, vise 15 GW d’éolien en mer en 2035 en France et réclame davantage de flexibilité réseau. Sur ce terrain, Iberdrola est bien placé.
3. Innovations / partenariats
Iberdrola ne se contente pas de construire: il verrouille des débouchés. En mars 2024, le groupe a signé avec Amazon un PPA de 159 MW sur le parc offshore East Anglia THREE au Royaume-Uni, soit 700 GWh/an. Côté financement public et parapublic, la BEI soutient l’extension de ses réseaux espagnols avec un prêt vert de 700 millions d’euros pour 2024-2026. Et côté marchés régulés, Iberdrola a remporté des CfD britanniques pour East Anglia Two et East Anglia Three, preuve que son modèle repose aussi sur des cadres publics sécurisés. Sur le front RSE, le groupe publie un reporting 2024 aligné CSRD/ESRS, audité en assurance limitée par KPMG.
4. Greenwashing / zones grises
Le point faible reste clair: Iberdrola demeure un énergéticien gazier non négligeable. Fin 2024, le groupe conservait 7 858 MW de centrales à cycle combiné gaz, soit près de 14 % de sa capacité propre (indicateurs 2024). Oui, l’entreprise a cédé une large partie de ses actifs thermiques mexicains, majoritairement au gaz, ce qui allège ses émissions et son profil fossile (rapport intégré 2024). Mais vendre n’est pas fermer: le risque de “décarbonation par rotation d’actifs” existe. Des ONG comme IIDMA soulignent d’ailleurs l’absence d’engagement suffisamment précis sur la sortie du gaz en Europe. Autre zone grise: l’histoire racontée par Iberdrola est très “verte”, alors que sa croissance passe désormais d’abord par les réseaux régulés. C’est stratégique, utile, même indispensable, mais moins glamour que le storytelling 100 % renouvelables.
5. Positionnement stratégique
Iberdrola joue une partition plus fine que beaucoup de concurrents: moins de pari héroïque sur la seule production, plus de maîtrise de la chaîne électrique complète. Dans un contexte où la PPE 3 et les marchés européens réclament simultanément électrification, raccordements et flexibilité, ce virage réseau est probablement son meilleur coup. La vraie question n’est plus de savoir si Iberdrola croit aux renouvelables. Elle est de savoir si le groupe saura sortir assez vite du gaz pour que sa promesse climatique reste crédible à l’horizon 2030.
Verdict WattsElse
Iberdrola a compris avant beaucoup d’autres que la transition se gagnerait moins avec des slogans qu’avec des postes source, des câbles et des contrats longs. Mais tant que le gaz restera un gros coussin de sécurité, le champion vert gardera une ombre au tableau.
Sources : iberdrola.com · iberdrola.com · iberdrola.com · iberdrola.com · iberdrola.com · iberdrola.com · connaissancedesenergies.org · iberdrola.com · eib.org · gov.uk · iberdrola.com · iidma.org
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