InoBat Auto
En 2025, la « success story » européenne des batteries a pris des baffes : faillites, reports, dépendance aux équipementiers asiatiques.
À propos de InoBat Auto
1. Modèle économique
InoBat est un acteur slovaque de la conception et de la fabrication de cellules (NMC, désormais aussi sodium-ion) et, depuis 2025, de systèmes de stockage (BESS) commercialisés sous la marque BESSMONT. Selon son communiqué de février 2026, le groupe a bouclé 2025 avec un chiffre d’affaires « en dizaines de millions d’euros » et un résultat positif préliminaire — le premier de son histoire — après la perte d’un client majeur, des licenciements et un marché européen sous tension. La société tire désormais une part croissante de ses revenus de projets BESS (livraison d’un bloc de 175 MWh en Ukraine en vingt-et-une semaines, contrat de 30 MWh pour l’aciérie OFZ en Orava, autres projets >100 MWh annoncés). En parallèle, elle reste minoritaire (20 %) dans la coentreprise GIB (Gotion InoBat Batteries), qui porte la gigafactory de Šurany — le cœur du futur volume automobile. Une levée de 100 millions d’euros menée notamment par Gotion fin 2024 avait déjà resserré ce lien capitalistique (Reuters). Côté Espagne, le projet de 32 GWh à Valladolid s’appuie sur une enveloppe publique d’environ 53,8 millions d’euros au titre du PERTE VEC III et un investissement total annoncé autour de 712 millions d’euros (Electrive, ICEX Invest in Spain). Aucun compte consolidé détaillé ni rapport CSRD n’a été identifié en accès public pour cette structure ; l’ordre de grandeur du CA reste donc celui communiqué par l’entreprise.
2. Impact réel
Les batteries et le stockage facilitent l’intégration des renouvelables et le délestage des industries électro-intensives : le projet OFZ illustre ce lien direct entre flexibilité et résilience du réseau. En revanche, l’impact climat « net » dépend du mix électrique qui charge les cellules, de la traçabilité des matières (cobalt, nickel, lithium) et du taux de recyclage — dimensions encore peu documentées quantitativement pour InoBat dans les sources consultées. Dans un cadre français de référence, la PPE3 et les plans de transition sectoriels de l’ADEME insistent sur l’électrification des usages et la décarbonation de l’industrie : InoBat s’y rattache indirectement comme équipementier, pas comme acteur régulé par la politique énergétique française. Aucune publication spécifique d’Connaissance des Énergies ni du hub batteries de GreenUnivers ne ressort, à date, sur une analyse dédiée à InoBat ; le bilan carbone projeté de ses usines (par kWh produit) n’est pas public dans ces bases.
3. Innovations / partenariats
Sur le plan technique, la presse spécialisée cite une cellule « Gen 4 » à 326 Wh/kg et une charge rapide annoncée 10–80 % en 15 minutes sur la base des feuilles de route d’InoBat (Battery-Tech). La ligne pilote de Voderady (ordre de grandeur 50 000 cellules/an selon la même source) alimente l’industrialisation avant le saut vers 20 GWh (extensible 40 GWh) à Šurany pour un investissement d’environ 1,2 milliard d’euros (Battery-News, GIB). Les travaux y ont été lancés en octobre 2025 (Electrive), avec une production en série visée fin 2027 selon le site de la JV. InoBat annonce en outre un partenariat sodium-ion avec Clarios (newsroom) et poursuit le NMC riche silicium à Voderady, avec une ligne BESS cible jusqu’à 5 GWh/an en conteneurs. Côté minier, Rio Tinto reste un investisseur historique — mais la chaîne lithium dépend de projets externes fragilisés (voir tensions ci-dessous).
4. Greenwashing / zones grises
Le storytelling « européen » bute sur la gouvernance de la JV : 80 % pour Gotion, 20 % pour InoBat (Battery-News) — autant dire que la souveraineté industrielle affichée par Bratislava passe par une dépendance technologique et capitalistique à un groupe chinois déjà ancré chez plusieurs OEM. Le modèle repose aussi massivement sur subventions et prêts publics (Slovaquie, Espagne), ce qui expose à l’accusation de « transition financeée par l’État » si la performance carbone et sociale ne suit pas. La faillite de Lilium en février 2025 (Reuters) et les turbulences autour d’un partenaire américain (dette contestée, perte provisionnée côté Ideanomics selon la presse régionale — Inside Indiana Business) ont égratigné la crédibilité des alliances « glamour ». Enfin, le volet « lithium vert » tient moins la route tant que le projet Jadar de Rio Tinto en Serbie reste bloqué ou suspendu sous pression politique et environnementale (Balkan Green Energy News) : promettre une chaîne locale propre sans mine opérationnelle relève du pari, pas du bilan.
5. Positionnement stratégique
InoBat assume désormais un diagnostic brutal : sur seize gigafactories européennes prévues, douze seraient annulées ou gelées, et seules celles appuyées sur des partenaires coréens ou chinois tiendraient le coup — selon les propos rapportés dans le communiqué sur le profit 2025. La stratégie combine trois paris : BESS pour la trésorerie court terme, GIB pour le volume automobile, Valladolid pour l’empreinte ibérique et les aides PERTE. Dans le paysage UE — où la concurrence des imports asiatiques écrase les coûts — ce positionnement est cohérent ; il n’en est pas moins politiquement inflammable à Bruxelles comme à Washington, au moment où l’Europe cherche à relocaliser sans rouvrir la porte à une dépendance de facto.
Verdict WattsElse
InoBat a gagné une manche comptable en 2025 en vendant du stockage et en acceptant l’alliance chinoise comme condition de survie ; la partie décisive se jouera à Šurany sur le rebut, le prix du kWh et la crédibilité climatique — pas sur les slides « European tech leader ».
Sources : inobat.eu · gibenergy.com · reuters.com · electrive.com · investinspain.org · ecologie.gouv.fr · agirpourlatransition.ademe.fr · connaissancedesenergies.org · greenunivers.com · battery-tech.net · battery-news.de · electrive.com · inobat.eu · riotinto.com · reuters.com · insideindianabusiness.com · balkangreenenergynews.com
Données clés
- Siège
- Saint-Denis, France ↗
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