Pétrole & Gaz

KASHIMA KYODO ELEC POWER CO

Coentreprise discrète mais stratégique au cœur du complexe de Kashima, elle transforme les flux énergétiques de la sidérurgie en électricité vendue aux géants voisins.

« La thermique qui vit au rythme des hauts fourneaux de Kashima. »

À propos de KASHIMA KYODO ELEC POWER CO

1. Modèle économique

La 鹿島共同火力株式会社 (nom anglais « Kashima Cooperative Thermal Power Company » sur le site corporate) est une joint-venture 50/50 entre JERA et Nippon Steel, avec un capital affiché de 220 milliards de yens au 1er juin 2025 (même ordre de grandeur que les 22 000 millions de yen au passif dans la décision d’exercice 2024/25 (mars 2025)). Le cœur du métier : brûler surtout des gaz sidérurgiques « récupérables » issus du site Nippon Steel, complétés par d’autres combustibles liquides ou solides, et vendre l’électricité à Nippon Steel et à l’écosystème TEPCO (la société présente le schéma comme une alimentation vers Nippon Steel et Tokyo Electric Energy Partner). Sur l’exercice clos en mars 2025, la société publie un chiffre d’affaires de 85,41 milliards de yens, un résultat net d’environ 948,7 millions de yens et des flux massifs avec Nippon Steel : 46,7 milliards de yens de ventes d’électricité et, en miroir, 26,5 milliards de yens d’achats de gaz combustible et 18,3 milliards de yens d’achats de charbon « pour combustible » — tous montants issus des opérations intragroupe détaillées dans le même document comptable officiel.

2. Impact réel

Le parc est une thermique : Global Energy Monitor la qualifie comme centrale « oil & gas » et la situait autour de 1 000 MW quand plusieurs tranches étaient en service ; côté opérateur, les tranches 3 et 4 étaient des unités de 350 MW, et la tranche 5 est présentée comme une unité à cycle combiné de 300 MW sur la page équipements. La chronologie officielle porte l’arrêt définitif de la tranche 4 en mai 2025 (historique entreprise), ce qui ramène la capacité encore en ligne au 650 MW (350 + 300) si l’on retient strictement ces tirages nominalisés. La production reste intense côté statistiques marché : le registre japonais des producteurs indépendants relève 396 616 MWh rien que pour décembre 2025 pour l’entité indexée « 鹿島共同火力 » (fiche PPS). Sur le volet « transition », le discours environnemental insiste sur un management ISO 14001 aligné et des objectifs de 3R / recyclage (page durabilité), mais cela ne change pas la nature émettrice d’une flotte thermique dépendante de la sidérurgie. Pour un lecteur européen, il n’existe pas, à notre connaissance, de fiche ADEME ou article PPE3 public spécifique à cette filiale japonaise : le rapport de force se lit plutôt dans les registres d’exploitation locaux et dans les rapports actionnariaux qu’à l’aune de la réglementation française.

3. Innovations / partenariats

La tranche 5 incarne le pari d’efficacité : cycle combiné et priorité affichée à la valorisation des gaz de process, ce que le ministère de l’environnement japonais a longtemps cadré dans les avis sur le projet (avis ministériel sur le plan de la tranche 5). L’alliance capitalistique JERA / Nippon Steel est l’innovation organisationnelle centrale : elle verrouille l’accès au combustible sidérurgique et le canal de vente ; JERA consolide ce type de participations dans ses communications financières (rapports intégrés JERA). Côté sidérurgie, la trajectoire carbone du groupe Nippon Steel — objectif de neutralité à l’horizon 2050 et transformations des hauts fourneaux — conditionne indirectement le volume et la qualité des gaz disponibles pour brûler (document neutralité / réchauffement).

4. Greenwashing / zones grises

La première zone grise est comptable et matière : malgré un storytelling « gaz de haut fourneau », la société achète encore 18,3 milliards de yens de charbon combustible à Nippon Steel sur l’exercice 2024/25 (même publication de comptes), ce qui complique toute lecture « gaz vert » simpliste. La seconde est d’attribution carbone : un document ministériel historique sur la centrale rappelle explicitement que les émissions de CO₂ sont comptabilisées côté sidérurgie et électricité dans leurs plans volontaires, et non isolées comme une pure externalité locale (fichier du ministère de l’Environnement) — ce découpage alimente les flous de Scope 3 lorsque actionnaires et filiale se parlent en termes d’« optimisation du parc » sans toujours exposer le flux CO₂ résiduel au même niveau de granularité. Le volet communication RSE, avec la visée de 100 % de recyclage des déchets (durabilité), améliore la gestion des résidus mais ne neutralise pas les émissions de combustion.

5. Positionnement stratégique

Après mai 2025, l’outil industriel se recentre sur moins de megawatts mais un parc plus récent sur le segment cycle combiné, alors que la production mensuelle reste massive sur les séries publiques (PPS décembre 2025). La direction affiche ouvertement la contrainte 2050 et la nécessité d’adapter une activité historiquement vouée au « kWh bon marché » (message du président). Dans un archipel qui resserre la vis sur le thermique, l’entreprise tient sa place comme interface énergie-acier-réseau, avec deux actionnaires capables à la fois de financer le renouvellement et de faire varier le combustible sidérurgique qui fait ou défait le modèle.

Verdict WattsElse

Ici, l’« énergie de la transition » n’est pas une promesse marketing : c’est un couplage industriel serré qui peut prolonger le thermique tant que l’acier à BF produit du gaz exutoire — et le décrocher juste assez vite pour échapper aux obsolescences réglementaires qu’a déjà incarnées l’arrêt de la tranche 4.

Sources : kashima-ktp.co.jp · kashima-ktp.co.jp · gem.wiki · kashima-ktp.co.jp · pps-net.org · kashima-ktp.co.jp · env.go.jp · jera.co.jp · nipponsteel.com

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