Koehler SE
Le groupe familial allemand derrière Koehler SE — au sens large : structure cotée autour de Koehler Paper et pilotée par Koehler Holding à Oberkirch — aligne papier de spécialité et production d’électricité renouvelable sur une même équation industrielle.
À propos de Koehler SE
1. Modèle économique
Le cœur du groupe reste le papier (thermique, emballage souple, décor, etc.), mais la branche Koehler Renewable Energy (KRE) formalise une deuxième jambe : centrales à biomasse, éolien, hydro, photovoltaïque, avec injection sur le réseau et couverture des besoins des papeteries. Sur l’exercice 2024, le groupe annonce un chiffre d’affaires de 1,091 Md€ et 2 514 collaborateurs, chiffres cohérents avec les agrégats du rapport RSE 2024. La dépendance structurante, c’est le coût de l’énergie et des intrants bois pour des sites soumis à la compétitivité export (l’Allemagne n’offrant pas le même bouclier tarifaire qu’un producteur français référencé dans la PPE3 ou les fiches sectorielles ADEME : nous n’avons pas identifié de profil « papier/biomasse Koehler » côté Connaissance des Énergies ou ADEME, le corpus utile ici est surtout corporate et allemand). Le levier consiste à internaliser davantage de MWh renouvelables pour sécuriser chaleur et électricité là où le marché de gros s’affole.
2. Impact réel
Les volumes publiés donnent l’échelle : 270 886 MWh d’électricité renouvelable injectés sur le réseau public en 2024, en hausse de +23 % par rapport à 2023 selon le rapport RSE 2024. Côté usine à papier, le groupe indique 85 % de l’électricité et 75 % de la chaleur issues d’énergies renouvelables en 2024 (communiqué RSE 31/07/2025), avec en parallèle 597 075 MWh de vapeur et eau chaude « vertes » (même source PDF). La conversion de la centrale d’Oberkirch (ex-charbon) vers une biomasse d’environ 20 MW électriques est présentée comme évitant 150 000 t CO₂/an (fiche projet KRE), tandis que Greiz a basculé du lignite vers la poussière de bois début 2024 (annonce groupe). L’objectif « Koehler Promise » — produire plus d’EnR que la consommation propre du groupe d’ici 2030 — est la ligne d’arrivée affichée dans le rapport RSE, avec une cible −80 % sur le Scope 1 à la même échéance.
3. Innovations / partenariats
Le catalogue de projets s’épaissit : parc Langer Wald (31 MW, mise en service annoncée pour 2025), 11,67 MWp de photovoltaïque « installée ou en finition » en 2025 (portefeuille KRE et fiches associées du site), extension éolienne Höhlerberg (11,4 MW, entrée en service visée fin 2026 selon la fiche Höhlerberg). Côté industriels, le groupe a noué une coentreprise KB Renewables avec CMB Energy pour accélérer l’éolien (annonce 5 août 2025), un partenariat bioénergies avec Iqony pour piloter centrales biomasse et valorisation de déchets de bois (communiqué 14 octobre 2025), et une montée en puissance du parc Höringhausen avec Qair (note du 9 mai 2025). Ce n’est pas de la « deep tech » de laboratoire : ce sont des GW à assembler, des combustibles à approvisionner et des permis à tenir.
4. Greenwashing / zones grises
Le principal risque critique tient à la combustion de biomasse à grande échelle : même certifiée et « bas-carbone » dans les bilans corporate, elle nourrit les débats sur la disponibilité du bois-déchets, le carbone et le paysage forestier — d’autant que KRE industrialise justement ce segment avec Iqony (partenariat bioénergies). Sur l’éolien, la tension n’est pas rhétorique : au Schwend (Oberkirch), un référendum local en juillet 2025 a recueilli 55 % de « non », entraînant l’arrêt du projet de deux éoliennes selon le recit de SWR Aktuell — un signal clair de conflit d’usage et de défiance sur la transparence locale, difficile à ranger sous le tapis d’un rapport RSE. Enfin, la direction interfère publiquement dans le débat prix de l’électricité et zones de marché : Koehler Paper « met en garde » contre une délocalisation de l’industrie papetière si la Bade-Wurtemberg reste pénalisée par le coût du courant (décembre 2025) — ce qui relativise l’auto-congratulation climat : sans compétitivité, les MWh verts ne sauvent pas les tonnes de papier.
5. Positionnement stratégique
Koehler veut être producteur net d’électricité renouvelable à l’horizon 2030 tout en verrouillant la chaleur de process : stratégie d’intégration verticale énergétique rare chez un mid-cap européen du papier. Le signal récent combine capex historique (la presse rappelle un investissement massif à Kehl, aujourd’hui difficile à répliquer) et alliance horizontale (CMB, Iqony, Qair). Pour un lecteur français, la lecture utile est celle d’un industriel qui achète son indépendance électrique dans un marché allemand sous tension — hors radar des fiches « pur ADEME », mais exemplaire des arbitrages EnR + biomasses + éolien qui structurent l’Elektrowirtschaft continentale.
Verdict WattsElse
Koehler transforme des chaudières et des rotors en bouclier industriel ; le rideau de fond, c’est un 54,55 % de non à l’éolien de proximité et une colonne EUWID qui dit le prix du réel. En somme : beaucoup de verts sur le bilan, le rouge sur le bulletin de vote — et l’avenir du papier se joue autant à €/MWh qu’à t/an évitées.
Sources : koehler.com · koehler.com · euwid-papier.de · koehler.com · ademe.fr · koehlerrenewableenergy.com · koehler.com · koehlerrenewableenergy.com · koehlerrenewableenergy.com · koehlerrenewableenergy.com · koehlerrenewableenergy.com · swr.de
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