KORE Power
En deux ans, le projet KOREPlex est passé de l’engagement conditionnel à 850 millions de dollars du Department of Energy à l’arrêt net en Arizona, un privilège de plus de 10 millions sur le chantier et un pivot vers l’assemblage et la recherche de sites bruns.
À propos de KORE Power
1. Modèle économique
KORE Power est un développeur et intégrateur de solutions de batteries pour le réseau et la mobilité, positionné sur les chimies LFP et NMC, avec une offre systèmes (blocs, racks) et une ambition affichée de production domestique de cellules — ambition non tenue à l’échelle prévue quand le projet d’usine d’Arizona a été abandonné en février 2025. Les revenus ne sont pas publiés : entreprise privée, le chiffre d’affaires n’apparaît pas dans une liasse exploitable ; les annuaires (ordre de grandeur sectoriel, non audité) placent parfois la fourchette entre dizaines et centaine de millions de dollars — à manier avec prudence. D’après Tracxn (février 2026), l’effectif serait tombé à environ 74 salariés, très loin des milliers d’emplois promis autour de KOREPlex. La société s’appuie sur des accords d’offtake (notamment avec Energy Vault sur des volumes cumulés jusqu’à 7 GWh d’ici 2027, selon la presse américaine relayée à l’époque) et sur des levées : une Series C d’environ 75 millions de dollars menée notamment par Siemens Financial Services est documentée par les bases de données de financement ; l’acquisition de Northern Reliability (2022) visait à renforcer l’intégration stockage + services. Le modèle repose donc sur produits assemblés, partenariats de chaîne d’approvisionnement — dont un accord pluriannuel avec Nidec sur les cellules — et, idéalement, production nationale ; cette dernière composante est aujourd’hui repoussée et recentrée (voir positionnement).
2. Impact réel
Le stockage en batteries évite des MWh de production fossile de pointe et facilite l’intégration des EnR ; sur le principe, chaque MWh de capacité installée sur le réseau contribue à la flexibilité. Pour KORE Power, l’impact carbone net d’une MWh produite dépend de la sourcing des cellules (largement asiatique selon la critique de la presse spécialisée lors de l’abandon arizonais), du lieu d’assemblage (notamment le Vermont, où l’entreprise a poussé des gammes type « DC Blocks » LFP / NMC assemblées aux États-Unis) et, à terme, de l’empreinte de l’usine si la production de cellules se matérialise. Sans bilan carbone public consolidé, aucun chiffrage d’émissions évitées ou de % d’EnR au périmètre de l’entreprise n’est vérifiable ici. Aucun rapport ADEME, PPE3 ni fiche Connaissance des Énergies ne recense, à notre connaissance, des projets français pilotés par KORE Power : l’impact est donc d’abord américain et marché global, pas encadré par les outils de traçabilité CSRD côté Europe pour cette entité. Selon les éléments disponibles, l’enjeu est plutôt industriel (réduire la distance fournisseur-réseau) qu’un score climatique publié.
3. Innovations / partenariats
Sur le plan produit, l’entreprise a mis l’accent sur des systèmes modulaires « made in USA » pour l’assemblage (lancement des DC Blocks en 2024), en parallèle du développement de cellules. Le gros du récit récent est stratégique : en février 2025, KORE a tuer le plan greenfield à plus d’1,2 milliard de dollars et le CEO fondateur Lindsay Gorrill a cédé la place à Jay Bellows ; Canary Media décrit un pivot vers la rétrofit d’usines existantes pour accélérer et réduire le coût face à un prêt DOE conditionnel de jusqu’à 850 millions de dollars qui n’a pas été finalisé après le changement d’administration. Côtier litigieux, Arizona local et AZBEX documentent un recours d’environ 10,4 millions de dollars lié à des travaux sur le site abandonné.
4. Greenwashing / zones grises
Le couple « U.S. manufactured » / souveraineté risque l’écart avec la réalité d’approvisionnement : les cellules restent en grande partie importées, ce que la presse a souligné en même temps que l’échec du méga-site en Arizona. L’engagement DOE servait de levier d’influence (prêt conditionnel jusqu’à 850 M$) ; ne pas le convertir en dette gouvernementale resserre la dette privée et le risque sur le fournisseur et le marché — marge opérationnelle serrée, comme le notent des analystes cités par Canary Media. Subventions et credits fiscaux (IRA) demeurent un filet dont la pérennité politique n’est pas garantie, ce qui amplifie l’exposition d’un acteur de taille moyenne. Le mismatch entre discours (millions d’emplois, gigafactory) et effectifs (ordre de quelques dizaines d’emplois selon les bases) pose une question de crédibilité pour tout claim « made in America » intégral.
5. Positionnement stratégique
KORE Power n’est pas le leader chinois des packs à bas coût ; il vend la sécurité d’approvisionnement et l’ancrage nord-américain. Le signal 2025 est clair : désengagement du terrain de Buckeye (mise en vente du site, presse), recentrage opérationnel, recherche d’actifs brownfield pour un jour revenir sur la cellule. Le secteur du stockage fonce (GW annoncés partout) ; Electrek et la presse Energy Storage situent l’épisode dans une désillusion plus large des gigafactories occidentales face à la Chine. En Europe, l’opportunité pour KORE n’est pas documentée de façon exhaustive ; en France, les projets de batteries cités par la veille impliquent d’autres acteurs (développeurs, intégrateurs, Wattmen / Ingrid etc. — v. e.g. Energy Storage), pas KORE en tête d’affiche.
Verdict WattsElse
KORE Power illustre la cise entre promesse politique (DOE, emploi local, chaîne d’approvisionnement US) et résilience industriielle : sans prêt public finalisé et face aux prix du marché, le GWh de KOREPlex est repassé de la législation au Zillow industriel. Même avec un scénario brownfield plus léger, l’incertitude n’est plus sur le site d’Arizona : elle est sur le fait de remonter toute la pile contre Pékin et le KWh le moins cher.
Sources : ess-news.com · tracxn.com · korepower.com · korepower.com · canarymedia.com · korepower.com · azcentral.com · azbex.com · electrek.co · ess-news.com
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