Lafarge
Marque historique du ciment en France, Lafarge incarne aujourd’hui la partie « matériaux lourds » du groupe suisse Holcim, avec un siège revendiqué à Paris pour l’activité française et une naissance industrielle en 1833.
À propos de Lafarge
1. Modèle économique
Le modèle repose sur le ciment, les granulats et le béton, des produits structurés par la demande de construction et l’intensité carbone du procédé. Les revenus consolidés du groupe Holcim s’établissaient à 15,7 milliards de francs suisses de ventes nettes en 2025, avec une marge d’EBIT récurrente de 18,3 % (résultats annuels 2025). Côté effectifs, les agrégats publics récents pour Holcim tournent autour de 45 000 à 46 000 collaborateurs après les mouvements de périmètre de 2025, alors que le palier d’environ 63 000 correspond encore souvent à des bases « pré-restructuration » ou à des fiches non mises à jour — chiffre à manier avec prudence sans lien de comptes annuels détaillé ici. L’actif français s’inscrit dans la division européenne (ordre de grandeur 8,5 Md CHF de ventes nettes en Europe selon le même dossier de résultats). La valeur ajoutée stratégique se joue sur des gammes « vertes » (bétons et ciments à empreinte réduite) et sur des contraintes réglementaires (climat, sécurité des chaînes d’approvisionnement).
2. Impact réel
L’empreinte climatique du secteur reste dominée par la décarbonation du ciment — clinker, combustibles de four, électricité des broyeurs. Holcim indique 502 kg CO₂ net par tonne de ciment en 2025, soit –11 % par rapport à 2020 (déclaration de durabilité 2025). Le volet circulaire est chiffré à 8 millions de tonnes de déchets de déconstruction recyclés en 2025, en hausse de 23 % sur un an (même source). Sur le Scope opérationnel électricité, l’accord franco-français CAPN entre Lafarge France et EDF vise un approvisionnement long terme (>10 ans) en électricité bas carbone pour les sites électro-intensifs (communiqué Lafarge France), replaçant le nucléaire au cœur de la compétitivité-carbone d’un cimentier — un angle que la presse spécialisée a situé dans la nouvelle grille tarifaire post-Arenh (Connaissance des énergies). Pour le secteur ciment lui-même, l’articulation avec la PPE et les leviers type RE2020 / matériaux bas carbone reste indirecte : l’enjeu est surtout d’abaisser le CO₂ intrinsèque du produit vendu aux acteurs du bâtiment, pas d’installer des parcs renouvelables au sens strict.
3. Innovations / partenariats
La feuille de route combine substitution des combustibles fossiles au four, recyclage massif et capture-carbone. Le groupe vise 50 % de combustibles alternatifs dans le bouquet thermique d’ici 2030, alors qu’il était à 28 % en 2024 (dossier combustibles alternatifs). Sur CCUS, le rapport climat 2024 évoque huit projets soutenus par des subventions européennes, avec une ambition de 8 Mt de ciment « net-zero » par an vers 2030 (rapport climat 2024). Côté offre, ECOPact représenterait 31 % des ventes nettes de béton prêt à l’emploi en 2025 contre 26 % en 2024, et ECOPlanet 36 % du ciment (rapport annuel 2025). Holcim cite en parallèle des acquisitions ciblées au Royaume-Uni et en France pour renforcer le recyclage (déclaration de durabilité 2025). Les trajectoires d’émissions sont présentées comme alignées SBTi sur une logique 1,5 °C (page validation SBTi).
4. Greenwashing / zones grises
La filiation Lafarge–Syrie n’est pas un risque réputationnel « théorique » : Lafarge a plaidé coupable aux États-Unis pour soutien matériel à des organisations terroristes, avec 778 millions de dollars de condamnations et sanctions pécuniaires (Reuters) ; la Cour de cassation française a validé des suites pour complicité de crimes contre l’humanité (Reuters), et un procès pour financement du terrorisme s’est ouvert en novembre 2025 (Reuters). Sur le climat, le Tribunal cantonal de Zoug a jugé recevable en décembre 2025 une action climatique de pêcheurs indonésiens contre Holcim, avec une demande d’abaisser les émissions de 43 % d’ici 2030 (HEKS). Enfin, la dépendance fossile résiduelle du four reste massif : 28 % seulement de combustibles alternatifs en 2024, ce qui laisse environ 72 % de thermie fossile (charbon, coke de pétrole, etc.) selon la comptabilité interne du groupe (dossier combustibles alternatifs) — un plafond de crédibilité « bas carbone » tant que le clinker dominera.
5. Positionnement stratégique
Le pari stratégique est double : industrialiser le bas carbone (gammes ECOPact/ECOPlanet, CCUS, circulaire) et sécuriser l’électricité française via le nucléaire contractualisé avec EDF (communiqué Lafarge France). Dans un marché européen sous pression carbone et concurrence asiatique, l’accès à une élec structurante devient un actif de financement des fours et broyeurs. Mais le groupe porte encore un passif judiciaire lourd et des contentieux climatiques qui testent la cohérence entre storyline RSE et acceptabilité sociétale.
Verdict WattsElse
Lafarge n’est ni une « pure player » des renouvelables ni un acteur PPE au sens classique : c’est un cimentier qui achète du bas carbone — où le nucléaire compte autant que l’innovation produit — et dont la transition reste colmatée tant que brûle encore autant de fossile au four et que dure l’ombre des procès.
Sources : holcim.com · holcim.com · holcim.com · lafarge.fr · connaissancedesenergies.org · holcim.com · holcim.com · holcim.com · holcim.com · reuters.com · reuters.com · reuters.com · en.heks.ch
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