Lukoil
Le deuxième pétrolier russe vient d’inscrire une perte nette historique : ce n’est pas une « transition » qui se joue, mais une recomposition sous contrainte.
À propos de Lukoil
1. Modèle économique
PJSC Lukoil est une compagnie intégrée : amont (pétrole et gaz), raffinage, commerce et réseaux de distribution. Le rapport annuel 2024 évoquait une production de l’ordre de 2,2 millions de barils équivalent pétrole par jour et des réserves prouvées d’environ 14,7 milliards de barils équivalent pétrole en fin d’exercice — des ordres de grandeur qui placent le groupe parmi les tout premiers producteurs mondiaux de liquides. En 2025, la dynamique bascule : Reuters rapporte un résultat net négatif supérieur à 1 000 milliards de roubles (l’équivalent d’environ 12,5 milliards de dollars selon la couverture de presse) et un chiffre d’affaires d’environ 3,8 billion de roubles, en repli par rapport à 2024, tandis que Bloomberg souligne une dépréciation d’actifs étrangers de l’ordre de 19,8 milliards de dollars, pivot comptable de l’exercice. The Moscow Times précise le lien avec les sanctions américaines et une recommandation de dividende d’environ 278 roubles par action malgré le rouge — signal de priorité actionnariale et de résilience politique du modèle russe. Pour l’effectif global à jour, nous n’avons pas retrouvé de chiffre officiel consolidé dans les communiqués 2025 consultés ; les bases de données de marché affichent souvent un ordre de grandeur supérieur à 100 000 salariés (profil société Zonebourse), à prendre comme indicateur de place de bourse, non audité ici.
2. Impact réel
L’empreinte du groupe reste structurellement fossile : extraction, raffinage, combustion induite par les produits vendus. Le rapport de durabilité 2024 et la page rapports durabilité insistent sur l’efficacité et le cadre climatique russe ; côté opérations « bas carbone », le groupe met en avant une production d’électricité « verte » de 2,12 TWh en 2023 (hydro et solaire) dans un communiqué 2024, et 30 MW de solaire pour alimenter des sites industriques, avec un ordre de grandeur de 10 000 tonnes de CO₂e évitées par an annoncé dans un autre communiqué. À l’échelle d’un producteur de plusieurs millions de barils équivalent par jour, ces volumes d’EnR alimentent surtout l’autoconsommation industrielle ; ils ne changent pas la nature du bilan carbone du pétrole vendu. Côté cadre français et européen, la programmation pluriannuelle de l’énergie et les trajectoires de sortie des énergies fossiles importées (PPE — Ministère de la Transition écologique) dessinent un monde réglementaire inverse de celui dans lequel Lukoil a bâti sa rentabilité historique ; aucune étude ou fiche ADEME dédiée à Lukoil n’a été identifiée dans les recherches menées pour cette fiche.
3. Innovations / partenariats
Le chantier du moment est juridique et transactionnel : Reuters détaille les échéances et acheteurs potentiels pour le désengagement d’actifs internationaux (trading, raffineries, amont), dans un environnement OFAC. Sur le terrain irakien, Reuters relate la prise en main par Basra Oil Company du champ West Qurna-2, puis un « règlement amiable » ; parallèlement, Chevron et l’Irak entament des négociations exclusives sur l’avenir du projet. Dans la presse spécialisée, Zawya évoque des discussions impliquant Carlyle et des partenaires émiratis autour de paniers d’actifs — piste indicative, dépendante des feux verts réglementaires. En France, Connaissance des Énergies et RFI relaient la séquence sanctions → cessions → choc de résultats.
4. Greenwashing / zones grises
Le découplage narratif est net : communiqués sur le solaire et les TWh « verts » versus cœur de métier pétrole, gaz et raffinage. Les volumes d’EnR cités par le groupe sont réels mais marginaux au regard de la production d’hydrocarbures et des émissions induites à l’usage — la comparaison n’est pas flatteuse. Le rapport de durabilité s’inscrit dans un référentiel russe ; il ne répond pas aux exigences CSRD européennes qui concernent les filiales ou contreparties européennes autrement qu’à travers le risque de conformité et la réputation. Enfin, maintenir une politique de dividende après une perte nette massive, comme le soulignent des synthèses de presse (Moscow Times), pose la question de la priorité court terme (trésorerie actionnariale) face aux impairments liés à l’étranger.
5. Positionnement stratégique
Lukoil bascule vers un repli sur l’actif russe et sur les credits domestiques, pendant que l’international se déprécie ou se nationalise. Connaissance des Énergies rappelle le contexte des volets sanctions UE/États-Unis sur l’écosystème pétrolier russe ; pour un lecteur français, l’enjeu n’est pas « la neutralité carbone de Lukoil », mais qui finance quoi quand les barils sortent encore des bassins russes. La séquence Irak + OFAC + impairments redistribue les cartes : moins de cash-flows offshore, plus de dépendance au marché intérieur et aux prix administrés/export.
Verdict WattsElse
Lukoil n’est pas en transition climatique : elle est en transition de propriété, sous la pression des listes noires et des États hôtes. La transition énergétique européenne, elle, se lit dans le recul structurel de la place du brut russe — pas dans les 30 MW de panneaux sur une raffinerie.
Sources : marketscreener.com · reuters.com · bloomberg.com · themoscowtimes.com · zonebourse.com · lukoil.com · lukoil.com · lukoil.com · lukoil.com · ecologie.gouv.fr · reuters.com · reuters.com · reuters.com · reuters.com · zawya.com · connaissancedesenergies.org · rfi.fr · connaissancedesenergies.org
Données clés
- Forme
- open joint-stock company
- Fondée
- 1991
- Effectifs
- 101 000 (2019)
- CA
- 3767.8 Md€ (2018)
- Siège
- Moscow, Russia ↗
Identifiants publics
- Wikidata
- Q329347
- ISIN
- US6778621044
- LEI
- 549300LCJ1UJXHYBWI24
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