Lydec
Depuis fin 2024, la Lydec n’est plus un outil de Veolia : la collectivité reprend la main via la SRM Casablanca-Settat, au moment où la ville affronte un stress hydrique sans précédent.
À propos de Lydec
1. Modèle économique
La Lydec (Lyonnaise des Eaux de Casablanca) était le délégataire historique du Grand Casablanca pour l’eau potable, l’électricité (distribution aux clients sous contrat), l’assainissement liquide et l’éclairage public dans le cadre d’une gestion déléguée de près de 27 ans avant la bascule vers la SRM. La facturation reposait sur les fluides vendus, les travaux et la maîtrise d’œuvre, sous tarification et cadre contractualisés avec l’État et les autorités locales. En 2023, le groupe a publié un chiffre d’affaires consolidé de 7,59 milliards de dirhams (MMDH), soit +2,9 %, porté à 4,67 MMDH par l’électricité (+1,7 %) et 1,39 MMDH par l’eau potable (+2,3 %). Le résultat net est remonté à 38 millions de DH contre 11 millions un an plus tôt, selon les synthèses de presse des comptes 2023 relayant les annonces officielles. Les investissements de gestion déléguée ont atteint 1,066 MMDH, dont 317 MDH financés directement par le délégataire, précise EcoActu. Début juillet 2024, Veolia a annoncé la cession d’environ 98,9 % du capital à la SRM pour 1,68 MMDH, scellant le passage de l’actionnariat privé français à la société régionale multiservices.
2. Impact réel
L’impact climatique et environnemental de la Lydec se lit d’abord dans la performance des réseaux et la gestion de la ressource : en 2023, la presse spécialisée rapporte un rendement du réseau d’eau potable maintenu à 78 % dans un contexte de stress hydrique aigu — chaque point de pertes évité, c’est moins de pompage et de traitement inutile. Le même article mentionne un chantier d’interconnexion : 17,5 km de conduites pour 150 MDH, visant à sécuriser l’approvisionnement. Côté assainissement, la Lydec a concentré une part majeure de son programme pluriannuel sur le liquide (chiffres d’investissement globaux depuis 1997 fréquemment cités autour de 20 MMDH, dont environ 45 % pour l’assainissement, selon Libé.ma); un chantier littoral fait aussi état d’une mise aux normes du prétraitement des eaux usées sur le littoral du Grand Casablanca. Le découplage français (PPE, trajectoire ADEME) ne s’applique pas mécaniquement au Maroc, mais les enjeux sont analogues côté efficacité énergétique des réseaux et sobriété de la ressource : la SRM vise désormais, selon la presse économique, un rendement minimum de 80 % sur l’eau et de 93 % sur l’électricité dans son programme pluriannuel.
3. Innovations / partenariats
La « tech » passe surtout par des ouvrages lourds : renforcement des réseaux d’assainissement liquide entre Tit Mellil et Sidi Bernoussi (355,5 millions de DH sur 2022–2023, 14,5 km de collecteurs), ou encore des projets membranaires sur des stations satellites évoqués dans la presse locale lors de mise en service de nouvelles unités comme à Médiouna. Le partenariat structurant, en 2024, est institutionnel : transfert des équipes et des actifs vers la SRM dans le cadre d’un programme d’investissement long de 61,73 MMDH sur 2024–2054 présenté par LesEco.ma, prolongeant techniquement l’empreinte Lydec même après changement de gouvernance.
4. Greenwashing / zones grises
Au-delà du discours de continuité de service, le transfert lève aussi des passifs : la presse rapporte que la SRM hériterait de l’intégralité des litiges et dettes avec les tiers après rachat, un socle financier potentiellement opaque hors publication d’un état exact des engagements. Socialement, 4 600 salariés — dont environ 3 000 issus de Lydec — basculent avec la promesse du maintien des acquis mais sous la vigilance syndicale sur l’harmonisation des statuts public-privé. Côté ressource, un rendement eau encore à 78 % en 2023 alors que Casablanca subit une pénurie structurelle relativise tout récit trop « vert » tant que millions de cubic metres restent perdus avant le robinet. Enfin, un saut du résultat net à seulement 38 MDH pour 7 590 MDH de CA — nettement inférieur à 1 % de marge — signale une rentabilité étroite, typique des services régulés où chaque revue tarifaire peut faire basculer l’équilibre.
5. Positionnement stratégique
La Lydec devient l’opérateur technique d’une SRM à capital de 200 MDH qui capitalise sur un contrat de 30 ans et un capex annoncé de plus de 5 MMDH pour 2025 en plus du plan à long terme. La gouvernance s’est resserrée autour d’une double casquette : Youssef Ettazi nommé PDG de Lydec et directeur général de la SRM, ce qui aligne explicitement intérêts régionaux et outil opérationnel. Dans le secteur « réseaux & distribution », l’enjeu n’est plus la couleur du logo actionnarial mais la capacité à tenir un service universel dans une métropole de plus de 7 millions d’habitants lorsque le climat se raréfie.
Verdict WattsElse
Casablanca a échangé le délégataire contre le pilote régional : la transition est politiquement lisible, écologiquement encore à l’épreuve des litres perdus et des années sèches. Tant que l’on ne fermera pas le robinet des pertes avec la même fermeté que celui du budget, la ville restera captive de son géant désaltéré.
Sources : le360.ma · lavieeco.com · barlamane.com · ecoactu.ma · veolia.com · letempsmag.ma · libe.ma · lavieeco.com · leseco.ma · lematin.ma · massolia.com · h24info.ma · fr.le360.ma · leconomiste.com · btpnews.ma
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