Énergies renouvelables

Mekong Wind Power JSC

La première lame du « Mekong » tourne au large du delta : 30 MW injectés dans un réseau national sous pression.

« 30 MW qui testent la parole de l’État acheteur »

À propos de Mekong Wind Power JSC

1. Modèle économique

Mekong Wind Power JSC est la société projet qui développe et exploite l’éolien Mekong au Vietnam (province de Ben Tre, district de Bình Đại, zone maritime proche du littoral), dans la mouvance des grands investissements nearshore du pays. Le modèle est classique IPPP : investissement en centrale, électricité vendue à EVN via un PPA long terme, avec une structure capitalistique internationale dominée par le groupe thaïlandais Gulf et des minoritaires vietnamiens (les pourcentages publiés varient selon le niveau de consolidation : profil technique de la centrale évoque 95 % Gulf International Holding et 5 % Thanh Thanh Cong, tandis que le communiqué d’investissement de 2018 décrit une répartition 49 % / 51 % au niveau du véhicule vietnamien — lecture à garder comme signal de complexité juridique, pas comme certitude comptable ligne à ligne).

Les recours dépendent quasi intégralement du tarif réglementé et de sa mise en œuvre par l’acheteur public EVN. Le socle historique cité pour la phase I est un PPA 20 ans autour de 0,098 USD/kWh (communiqué Gulf sur le portefeuille Vietnam 340 MW). Le budget d’ensemble du complexe vent + solaire (310 MW éolien + 30 MW solaire annoncés sur le même dossier Gulf) est ordre de 650 M$ (même source). Pour la phase I, la presse spécialisée mentionne un financement dette senior d’environ 28,5 M$ (reportage sur la ferme Mekong 30 MW). Chiffre d’affaires consolidé de Mekong Wind Power JSC : non retrouvé dans des comptes publiés aisément exploitables depuis l’Europe ; selon les éléments disponibles, le lecteur doit raisonner en marge électricité × tarif effectif, pas en reporting société isolée.

2. Impact réel

La phase I (30 MW) est présentée comme un bloc de production de 90 à 105 GWh/an, soit un ordre de grandeur ~27 000 foyers alimentés (même reportage). À l’échelle du vietnamien moyen, l’impact « climat » se lit d’abord comme décarbonation marginale du mix : chaque MWh en mer évite en principe du thermique au compteur national, mais l’ampleur nette dépend du merit order réel et du taux de captation du réseau. Il n’existe pas, dans les sources consultées, de bilan CO₂ certifié et projet-spécifique public pour Mekong Wind Power JSC au sens CSRD européen ; l’intérêt journalistique est plutôt la condition politique de la trajectoire EnR vietnamienne (fin de marge FiT, renégociations) que l’alignement sur des objectifs type PPE français — non transposables — ou fiches ADEME sur une société non européenne.

3. Innovations / partenariats

Le profil industriel décrit une phase I à 7 éoliennes Siemens Gamesa sur monopieux en mer, une phase II envisagée avec 24 Goldwind, et des acteurs EPC chinois cités (Power China / Huadong) pour la construction (profil centrale). Côté infrastructure câbles et branchements, des prestataires vietnamiens comme PTSC documentent des interventions sur la centrale de Binh Dai (fiche travaux PTSC). Sur le volet « nouvelle donne tarifaire », un cadre EVN pour l’éolien nearshore autour de 1 890,68 VND/kWh apparaît dans la presse sectorielle comme référence 2025 (proposition de tarifs 2025) ; un cas voisin à Ben Tre (Nexif Ratch) illustre la voie des amendements de PPA (avenant PPA Ben Tre).

4. Greenwashing / zones grises

Le risque n’est pas le slogan « renouvelable », mais la solvabilité du contrat public : en mai 2025, une pétition d’investisseurs citée par Reuters décrit des tarifs provisoires inférieurs aux PPAs appliqués sur les facturations à partir de janvier 2025, avec menaces de défaut bancaire et tensions de trésorerie ; un volet antérieur du même journal évoquait plus de 13 milliards de dollars d’investissements EnR exposés (dépêche Reuters mars 2025). Mécaniquement, moins le kWh est payé tel que souscrit, plus la rentabilité verte annoncée se dégonfle — sans qu’il s’agisse de greenwashing « marketé », mais de risque de surbooking des promesses tarifaires.

Autre zone grise documentée : conflits d’usage avec les pêcheurs de Ben Tre autour des zones d’exclusion liées aux fondations (enquête Mekong Eye). Enfin, l’écosystème projet repose sur une chaîne d’approvisionnement mêlant Occident (phase I) et Chine (phase II envisagée, EPC), ce qui pose la question de la résilience industrielle et géopolitique (profil centrale).

5. Positionnement stratégique

Mekong Wind Power JSC incarne la première marche d’un portefeuille Gulf annoncé bien plus large (jusqu’à 310 MW éoliens dans la narration Gulf 2018), alors que le paysage offshore vietnamien égrène aussi des projets géants : la fiche GEM sur Gulf Ben Tre 3 en 2 300 MW apparaît comme annulée, et un autre volet « Mekong » onshore à Tra Vinh est mis en sommeil selon GEM Mekong wind farm — utile comme baromètre : le nom « Mekong » ne garantit pas la traversée jusqu’au GW.

Verdict WattsElse

Mekong Wind Power JSC n’est pas une start-up qui « invente le vent » : c’est une puce dans le processeur de la transition vietnamienne, coincée entre mer encombrée et facture EVN. Tant que le kWh payé ne recolle pas au kWh promis, chaque tour d’éolienne est une juridiction autant qu’une molécule.

Sources : power-technology.com · gulf.co.th · alternativeenergyreport.com · ptsc.com.vn · windinsider.com · windinsider.com · reuters.com · reuters.com · mekongeye.com · gem.wiki · gem.wiki

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