Moldelectrica
En 2025, les compteurs de Î.S.
À propos de Moldelectrica
1. Modèle économique
Moldelectrica est l’opérateur du système de transport (équivalent RTE) : il achemine l’électricité sur le réseau haute tension (~4 067 km dont 203 km en 400 kV, 650 transformateurs pour une puissance nominale cumulée d’environ 4 656 MVA en 2025), facture les services de transport et assure l’exploitation système. Les revenus reposent essentiellement sur des tarifs réglementés vers les fournisseurs et les opérateurs de distribution ; la société dépend aussi des arbitrages tarifaires de l’ANRE et du cadre légal défini après la loi électricité du 26 juin 2025.
Sur la période récente, les agrégats financiers consolidés au format « fiche Bloomberg » pour une entreprise moldave de cette taille ne sont pas toujours aisément vérifiables sans bases payantes ou dépôt complet des états au moment de cette rédaction : un chiffre d’affaires de l’ordre de plusieurs centaines de millions de lei moldaves et un millier de salariés environ constituent un ordre de grandeur sectoriel crédible pour un TSO de cette ampleur dans la région, mais les exactes lignes du compte de résultat 2024‑2025 n’ont pas été reprises ici depuis un document gratuit et exhaustif. En revanche, le cadre institutionnel est clair : l’entreprise reste sous tutelle ministérielle jusqu’à sa conversion en SA d’ici avril 2027, avec pour objectifs affichés une gouvernance professionnalisée et l’alignement sur le marché européen de l’électricité.
2. Impact réel
Ce n’est pas Moldelectrica qui « décarbone » au sens d’un utility vert : c’est elle qui répartit physiquement un mix où la géopolitique a brutalement changé les flux. En 2025, l’énergie issue de la CERS moldave (Cuciurgan / rive gauche) est comptabilisée à 0 sur le réseau de transport, contre plus de 3 000 GWh en 2024 — rupture liée à la crise du gaz et de l’électricité transnistrienne. Compensations : import depuis la Roumanie porté à environ 2 663 GWh en 2025 (contre 687,5 GWh en 2024), import ukrainien ~629 GWh, et EnR à ~798 GWh (contre ~430 GWh en 2024). Les pertes sur le réseau de transport se situent autour de 3,65 % en moyenne annuelle (2025, séries trimestrielles dans le rapport technique) ; l’énergie non distribuée (ENS) retombe à environ 40 MWh sur l’année 2025 contre ~52 MWh en 2024 — indicateur de continuité, pas de « neutralité carbone ».
PPE3, fiches ADEME ou CSRD : ils ne s’appliquent pas directement à un TSO moldave ; le comparateur pertinent est l’intégration Energy Community / acquis européen et la synchronisation / interconnexion avec l’UE.
3. Innovations / partenariats
Le plan décennal 2025‑2034 (document PDF publié en septembre 2025) budgète environ 8 milliards de lei moldaves d’investissements sur dix ans : ligne 400 kV Vulcănești–Chișinău (échéance annoncée fin 2025), puis Bălți–Suceava (cible 2027) et Strășeni–Gutinaș (horizon 2032), interconnexions 330 kV avec l’Ukraine, modernisation de postes, mesure intelligente et cybersécurité. Le plan mentionne explicitement un appui BERD, BEI et fonds européens. Sur le marché, le marché de l’équilibrage et celui des services système ont été lancés le 22 septembre 2025 selon les règles ANRE ; les premières transactions d’équilibrage ont eu lieu le 31 décembre 2025. Moldelectrica diffuse par ailleurs des résultats de marchés (PSS, services système) — signal d’outil de gestion système à l’européenne. En 2023, l’entreprise était certifiée « independent system operator » selon Moldpres ; la littérature sectorielle (Energy Community — Moldova) suit cette trajectoire d’interopérabilité.
4. Greenwashing / zones grises
Une communication mettant l’accent sur EnR et lignes nouvelles doit être lue contre le tableau réel du mix encore très dépendant de la production thermique raccordée (Thermoelectrica, CET…) et des échanges avec des voisins dont les intensités carbone diffèrent. Ce n’est pas du greenwashing classique (« renouvelable 100 % ») : c’est le risque de vernis de modernité sur un actif vieillissant — la presse spécialisée évoquait déjà une infrastructure sollicitée au-delà de sa zone de confort — et une exposition totale à la politique étrangère : dette Gazprom / chantage gaz‑électricité, urgence économique en Transnistrie, élections et influence. Enfin, la restructuration en SA peut améliorer la gouvernance ou, à l’inverse, préparer des tensions sur tarifs et investissements si l’État conserve des objectifs politiques courts terme.
5. Positionnement stratégique
La stratégie affichée est limpide : interconnexions vers la Roumanie et l’UE, marchés organisés, conformité Energy Community / Third Energy Package évoquée par Moldpres, et montée en flexibilité pour absorber l’EnR (le nombre de centrales EnR raccordées au transport est passé de 22 à 47 entre début 2024 et fin 2025 selon les séries officielles). Le signal le plus récent est double : premier trading d’équilibrage fin 2025 et feuille de route de scission‑SA avec calendrier 2027 — autant d’étapes vers une Moldova « branchée » sur l’Europe électrique, mais avec la facture matérielle et politique encore à payer.
Verdict WattsElse
Moldelectrica n’est ni un champion climatique ni un acteur passif : c’est l’arbitre technique d’une indépendance électrique en construction, coincé entre câbles vers Bucarest et fantôme de Cuciurgan. Tant que la souveraineté tarifaire et la solidité des interconnexions ne seront pas acquises, chaque pourcentage d’EnR affiché restera la moitié d’une équation dont l’autre moitié s’écrit à Moscou, Tiraspol et Bruxelles.
Sources : moldelectrica.md · rdp.moldelectrica.md · moldpres.md · themoscowtimes.com · energy-community.org · moldpres.md · moldelectrica.md · ceenergynews.com · themoscowtimes.com
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