Nabha Power Ltd
Deux tranches supercritiques sous contrat long avec l’État du Pendjab, des performances de disponibilité qui font pâlir la moyenne, et une cession à Torrent Power qui parachève la sortie du charbon voulue par L&T.
À propos de Nabha Power Ltd
1. Modèle économique
Nabha Power Ltd exploite une centrale thermique charbon d’environ 1 400 MW (deux unités de 700 MW) à Rajpura, avec un PPA de 25 ans auprès de la Punjab State Power Corporation Limited (PSPCL) : les revenus dépendent donc fortement du cadre tarifaire et des arbitrages régulateurs indiens, pas d’un marché de gros « libre » à l’européenne. Pour l’exercice clos en mars 2025, le rapport annuel Nabha téléversé par L&T mentionne un chiffre d’affaires d’environ 4 487 crores Rs (+2,78 % an sur an) et un bénéfice net d’environ 442 crores Rs (+10,6 %). La presse spécialisée croise la transaction de cession avec une valeur d’entreprise d’environ 6 889 crores Rs et une composante dette d’environ 3 228 crores Rs assumée par l’acquéreur, au sein d’un deal total évalué autour de 760 millions de dollars selon Reuters. L’effectif direct, lui, n’apparaît pas clairement dans les extraits comptables publics consultés ; un profil d’agrégateur indique de l’ordre de 250 personnes (fiche Tracxn), chiffre à prendre avec la prudence habituelle de ce type de base.
2. Impact réel
Le « mix » de NPL, dans les faits publics, est thermique charbon : il n’y a pas, dans les sources ouvertes citées ici, de part significative d’EnR ni de chiffre audité d’émissions spécifique à l’actif « Nabha » isolé du bilan carbone du groupe cédant ou acquéreur. L’impact climatique se lit donc à travers l’infrastructure (combustion fossile baseload) et les investissements de conformité environnementale : le rapport annuel Nabha (L&T) mentionne un capex FGD d’environ 199 crores Rs en 2024-25 pour la désulfuration des fumées — chantier typique des centrales indiennes sous pression réglementaire, mais dont le recouvrement du coût auprès du distributeur fait débat juridique (rating CRISIL). Pour une lecture « Europe », le contraste est frontal avec la trajectoire française de décarbonation planifiée portée par la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie : là où la France vise une montée en puissance électrique bas-carbone à l’horizon 2035, Nabha incarne encore un actif charbon amorti dans un système indian electricity law très procédural.
3. Innovations / partenariats
Sur le plan technologique, il s’agit de cycles supercritiques ( rendement énergétique supérieur aux anciennes générateurs sous-critiques ) plutôt que de « rupture » bas-carbone. Côté chaîne d’approvisionnement, la presse indienne évoque des volumes charbon sécurisés via des producteurs publics (notamment dans la mouvance Coal India ), par exemple ≈ 5,24 Mt selon un article Business Standard — utile pour comprendre la dépendance à un réseau de mines et de logistique nationale. La « nouvelle » du moment est surtout partenariat capitalistique : Torrent Power franchit une étape réglementaire majeure avec l’avis favorable de la Commission indienne de la concurrence sur le projet de reprise (CCI, avril 2026 selon les échos de presse), aligné sur une stratégie de consolidation du parc thermique bien géré sous PPA.
4. Greenwashing / zones grises
Il ne s’agit pas de greenwashing « marketing » au sens d’une promesse renouvelable mensongère : l’actif est avouément charbon. La zone grise, elle, est comptable et judiciaire : CRISIL documente au 30 septembre 2025 une provision d’environ 231 crores Rs sur un contentieux d’intérêts lié au statut Mega Power Plant après une séquence défavorable devant la Cour suprême, avec déjà 216 crores Rs versés au PSPCL — tension chiffrée, datée, publique. Le même document signale l’incertitude sur le pass-through du FGD jusqu’en Cour suprême, ce qui fragilise la lecture « investissement vert » d’un simple ajout de filtres. Enfin, sur le charbon importé, une jurisprudence APTEL favorable au remboursement de surcoûts a été commentée par un cabinet spécialisé (décision charbon importé), illustrant à quel point la marge opérationnelle reste balayée par la salle des tribunaux autant que par la chaudière.
5. Positionnement stratégique
Pour L&T, la cession s’inscrit dans une désintensification du charbon au service d’une trajectoire Net Zero 2040 présentée au marché (rapport intégré L&T) — Nabha est l’exemple type d’actif performant mais incompatible long terme avec une image d’ingénierie « transition ». Pour Torrent Power, l’opération ajoute 1,4 GW au compteur et une ancrage Nord (The Times of India), au prix d’un levier et d’une exposition charbon accrus dans un monde où les investisseurs ESG scrutinent chaque tonne émise. Dans un pays où la demande électrique grimpe encore vite, NPL reste un cheval de bataille réglementaire : disponibilité record (PAF ~ 95,35 %) et PLF ~ 82,24 % en FY2025 selon CRISIL, mais « cash-flow visibility » tempérée par les queues judiciaires.
Verdict WattsElse
Nabha Power Ltd, c’est la démonstration indienne qu’une centrale charbon peut être championne de disponibilité et passoire climatique à la fois : Torrent achète du cash-flow court terme sous PPA, pendant que la France, elle, planifie autrement sa courbe de demande via la PPE3 et des objectifs de production décarbonée montants d’ici 2035. Le charbon le mieux géré reste du charbon — et la facture se règle aussi au tribunal.
Sources : timesofindia.indiatimes.com · lnt.in · uk.mobile.reuters.com · tracxn.com · crisilratings.com · budget.gouv.fr · business-standard.com · economictimes.indiatimes.com · crisilratings.com · skvlawoffices.com · investors.larsentoubro.com
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