Naphtachimie
La mention Mertzwiller dans le cache ne recoupe pas les sources publiques : la SAS Naphtachimie (SIREN 542 041 421) est domiciliée à Martigues, sur Ecopolis Lavéra Sud, et exploite le vapocraqueur intégré à la plateforme pétrochimique de Lavéra.
À propos de Naphtachimie
1. Modèle économique
Naphtachimie, exploitant du vapocraqueur auquel le site fait référence, produit essentiellement de l’éthylène, du propylène et des C4 à partir du naphta et d’autres charges issues du raffinage, pour alimenter la chimie aval (plastiques, matériaux, filières industrielles sensibles à la délocalisation). Les fiches officielles annoncent une capacité proche de 720 000 t/an d’éthylène et des volumes équivalents élevés pour le reste du panier oléfine (présentation du site). Sur le plan juridique l’activité est classée NAF 2014Z ; l’actionnariat du site a basculé vers un contrôle totalement assumé par Ineos après la sortie de TotalEnergies, un mouvement relayé par la presse régionale au printemps 2024 (rachat du partenariat historique). Les derniers comptes annuels publiés (clôture 31 décembre 2024) font apparaître un chiffre d’affaires d’environ 366,8 M€ (en repli d’environ 2 % par rapport à 2023) et un Ebitda d’environ 58,5 M€, selon l’agrégation des données déposées au greffe accessible via tableau de résultats publié. Le cœur du modèle reste une intégration fluide-carburants et la valorisation à l’export via les ports de la Méditerranée, donc une exposition structurée aux prix du pétrole et aux cycles de la chimie européenne.
2. Impact réel
Sur le bilan carbone « usine », un craqueur à vapeur demeure par construction un émetteur massif de CO₂ ; la direction elle-même insère ses optimisations dans la continuité d’un CK4 en service depuis 1972 et dans un schéma déjà très intégré sur le plan énergétique (page décarbonation). Le dispositif affiche depuis 2017 une certification ISO 50001 et un plan de performance énergétique articulé autour de sobriété, efficacité et « décarbonation profonde ». Côté objectifs macro, Ineos annonce pour la plateforme lavéroise une réduction annuelle de 331 000 tonnes de CO₂ dans le cadre du plan d’investissement soutenu par l’État (communiqué Ineos sur l’aide française) ; le MTE cherche, via la PPE et les appels à projets ZIBAC / France 2030, précisément ce type d’impulsions sur les bassins industriels — Naphtachimie se présente comme partie prenante du projet SYRIUS dans le périmètre Fos-sur-Mer (cadrage ZIBAC et SYRIUS). L’empreinte locale n’est toutefois pas réduite au seul CO₂ : les incidents de torchage ont provoqué des rejets estimés à l’échelle de 100 tonnes de COV sur la séquence critique de l’automne 2024 (enquête Maritima sur les torches et les COV).
3. Innovations / partenariats
Le programme de régénération cumule plus de 550 M€ d’enveloppe d’investissement publicisée, entre la manne de 300 M€ notifiée début 2026 et des annonces complémentaires de 250 M€ en fin 2025 (détail financier régional) ; Naphtachimie apparaît aussi parmi les lauréats des Grands Projets Industriels de Décarbonation (GPID) portés dans le même élan politique (synthèse Infonet sur les GPID 2026). Sur le terrain, le grand arrêt 2025 (du 6 octobre au 28 novembre) a été présenté comme un chantier de maintenance lourde mobilisant des prestataires spécialisés en contrôle non destructif (retour d’expérience GISMIC). Les pistes techniques évoquées publiquement pour la suite incluent électrification, captage CO₂ et davantage de charges recyclées ou biosourcées dans le craqueur (article Maritima sur la subvention).
4. Greenwashing / zones grises
Le premier risque est celui du discours « pilier souverain » qui masquerait la persistance d’un outil foncièrement fossile : la neutralité carbone annoncée pour la société française à horizon 2050 oblige à comparer les investissements annoncés à la réalité du flux moléculaire naphta→oléfines sur plusieurs décennies. La dépendance aux aides publiques (300 M€ mis en avant comme soutien ADEME / France 2030 dans les annonces officielles et journalistiques) pose aussi la question du ratio euros publics par tonne évité, sans que nous ayons trouvé en ligne un document CSRD consolidé spécifique à Naphtachimie permettant un audit exhaustif hors communiqués. Sur le registre « fait vérifiable », la tension est chiffrée : environ 100 tonnes de COV émises lors des épisodes de torches de septembre–octobre 2024, avec activation d’une cadre d’étude sanitaire demandée par la Dreal (article Maritima) ; parallèlement, un arrêté préfectoral d’octobre 2024 a pointé la nécessité de fiabiliser le vapocraqueur après des torchages jugés problématiques (dépêche Gomet’). En 2026, la presse locale a encore relaté des redémarrages compliqués et un torchage prolongé jusqu’au 5 février, signe que le risque opérationnel pèse sur la légitimité environnementale des promesses (point sur les nuisances). Côté interne, la CGT a lié ces aléas à la vétusté et critiqué un espacement des grands arrêts à 7 ans plutôt que 5 pour des équipements âgés d’environ 50 ans (même enquête).
5. Positionnement stratégique
Ineos joue la carte du maintien industriel à Lavéra — environ 2 000 emplois directs sur le site et une sphère d’emplois induits beaucoup plus large selon les annonces relayées par Maritima — tout en cherchant à verrouiller la compétitivité via un mix technologique + subventions dans un marché européen sous pression. Le signal politique récent est net : sélection GPID, subvention massive et narration d’électrification / captage à venir. Dans le contexte PPE et reindustrialisation», l’enjeu pour l’État est de sécuriser des matières premières critiques sans porter seul le coût d’acceptabilité sociale des torchages et des incidents.
Verdict WattsElse
Naphtachimie incarne la double contrainte de la chimie française : indispensable à des chaînes de valeur dures, impossible à « verdir » par le seul marketing, car le molécule-à-molécule reste pétrolier tant que le craqueur vit au rythme du CK4. Tant que préfecture, syndicats et capteurs continueront de compter les tonnes, chaque communiqué 331 kt de CO₂ évitées sera lu à l’aune des 100 tonnes de COV déjà parties en fumée — et du prochain cycle d’arrêt.
Sources : naphtachimie.com · maritima.info · societe.com · naphtachimie.com · ineos.com · maritima.fr · infonet.fr · groupegismic.com · gomet.net · maritima.fr
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