Neamine
Sous le nom Neamine, la jeune pousse française s’était d’abord rêvée productrice de biochar.
À propos de Neamine
1. Modèle économique
Selon les éléments disponibles, `Neamine` a été créée en octobre 2023 à Massy sous forme de SAS, avec Thomas Delhon à sa tête, sans chiffre d’affaires public consultable à ce stade sur les bases d’information d’entreprise comme Infonet. Le premier modèle reposait sur la production de biochar par pyrolyse, alimentée par concentration solaire, avec une promesse de séquestration carbone de long terme détaillée par l’École polytechnique. Mais le marché n’a pas suivi : le fondateur explique à L’Usine Nouvelle que “le modèle économique autour du biochar était très complexe”, ce qui a poussé l’entreprise à pivoter dès 2025 vers la vente de chaleur industrielle bas carbone. Le nouveau business model est plus lisible : un schéma de `heat-as-a-service`, décrit par Challenges, où l’industriel n’achète pas une centrale mais une fourniture de chaleur. Côté financement, la société a levé d’abord un pre-seed à l’été 2024 auprès de Bpifrance, Campus Fund et business angels, puis 2 millions d’euros début 2026 via Hexa Carbon Zero et des business angels. L’effectif annoncé est encore modeste, autour de 10 personnes en 2026 selon Challenges.
2. Impact réel
L’intérêt climatique du projet est tangible parce qu’il vise la chaleur industrielle haute température, l’un des angles morts de la transition. Sur son site corporate, la société promet une chaleur “de 200°C à 1000°C”, issue d’une technologie de concentration solaire avec stockage thermique, et L’Usine Nouvelle évoque même des températures au-delà de 1100°C pour des puissances de 2 à 50 MW. C’est pertinent au regard du contexte français : la PPE3 place clairement la chaleur renouvelable et de récupération au cœur de la décarbonation industrielle, tout en rappelant que les objectifs précédents sur le solaire thermique n’ont pas été pleinement atteints. L’ADEME souligne de son côté que le solaire thermique industriel reste une filière utile mais encore minoritaire, soutenue via le Fonds Chaleur, avec des coûts compétitifs seulement à certaines échelles et sur certains profils de charge. Autrement dit : l’impact potentiel est élevé, mais il dépendra de la capacité de la startup à sortir du démonstrateur pour remplacer du gaz sur de vrais procédés continus. À ce stade, aucun volume annuel de CO2 évité n’est documenté pour la version post-pivot ; l’ancien objectif de 150 000 tonnes de CO2 éliminées d’ici 2030 concernait surtout l’époque biochar, dans l’entretien de Polytechnique.
3. Innovations / partenariats
Le cœur technologique, `Belenos`, combine héliostats, récepteur haute température et stockage thermique, avec une singularité revendiquée : l’usage de l’air comme fluide chauffé, au lieu de fluides caloporteurs plus classiques, comme le rapporte L’Usine Nouvelle. La startup s’appuie sur plus de quinze ans de R&D issus du DLR allemand, un partenariat scientifique clé pour crédibiliser une techno encore peu déployée. Elle a aussi été incubée par X-UP, remporté le concours européen Stage Two, et signé, selon Challenges, un premier contrat de 100 000 euros avec l’Agence spatiale européenne. Le signal industriel le plus concret reste l’ouverture annoncée d’un pilote de 200 kW sur 4 000 m² au Mans en 2026, également documentée par L’Usine Nouvelle.
4. Greenwashing / zones grises
Le premier risque, c’est la promesse avant la preuve. Le discours commercial parle déjà de chaleur “en continu” et “rentable” sur le site, alors que l’entreprise n’en est encore qu’au pilote. Le deuxième angle mort concerne l’intermittence : dans sa phase biochar, Neamine reconnaissait recourir aussi au biogaz pour maintenir la pilotabilité dans l’entretien de Polytechnique ; depuis le pivot, la part exacte d’appoint non solaire n’est pas documentée publiquement. Troisième tension : la dépendance aux aides et au capital-risque. L’ADEME rappelle elle-même que les projets de chaleur renouvelable industrielle demandent études, subventions et montage fin, ce qui peut ralentir la massification. Enfin, le pivot du biochar vers la vente de chaleur montre une lucidité salutaire, mais aussi une fragilité de `product-market fit` que le fondateur assume lui-même.
5. Positionnement stratégique
`Neamine` vaut moins pour ce qu’elle a été que pour ce qu’elle révèle : une jeune deeptech française qui a compris que, dans la transition, la chaleur vaut souvent mieux que les promesses de crédits carbone. Le timing est bon, car la PPE3 et les dispositifs ADEME poussent enfin le sujet de la chaleur décarbonée industrielle. Mais le marché sera impitoyable : il faudra prouver vite, sur site, que le solaire concentré peut battre le gaz non seulement en carbone, mais en disponibilité, en intégration et en prix.
Verdict WattsElse
Neamine a eu l’intelligence rare de tuer son premier récit avant qu’il ne l’enterre. Reste maintenant à convertir une belle thèse thermo-industrielle en actif réel : dans la chaleur décarbonée, le storytelling fond très vite au-dessus de 1000 degrés.
Sources : infonet.fr · polytechnique.edu · usinenouvelle.com · challenges.fr · neamine.fr · concertation-strategie-energie-climat.gouv.fr · fondschaleur.ademe.fr · polytechnique.edu · agirpourlatransition.ademe.fr
Données clés
- Forme
- SA union de sociétés coopérative
- Fondée
- 2005
- Effectifs
- 137 (2019)
- CA
- 233 M€ (2019)
- Siège
- Paris, France ↗
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