OJSC "NLMK"
Le groupe OJSC NLMK (Novolipetsk Steel) incarne le paradoxe d’une sidérurgie russe qui finance en Europe un virage électrique alors que son résultat 2025 plonge.
À propos de OJSC "NLMK"
1. Modèle économique
NLMK est l’un des grands producteurs mondiaux d’acier, avec une chaîne de valeur qui va des matières premières et de la fonte aux produits plats et longs. Le cœur historique reste le complexe de Lipetsk ; en Europe, les filiales s’appuient longtemps sur l’import de brames pour alimenter laminoirs performants, ce qui les expose directement au régime des sanctions et aux quotas d’exception. En 2025, le groupe publie sous IFRS un chiffre d’affaires de 831,35 milliards de roubles, en baisse de 15,1 % sur un an, et un bénéfice net de 63,11 milliards de roubles, soit environ −48 % par rapport à 2024 (SteelOrbis). Les résultats agrégés et l’emploi (l’intégré 2024 évoque environ 44 200 collaborateurs, selon les indicateurs de rapport du groupe) confirment l’échelle d’un champion national qui dépend encore fortement du cycle des prix de l’acier et du contexte géopolitique.
2. Impact réel
Sur le plan climat, le bilan carbone spécifique progresse encore : 2,06 t CO₂ / t d’acier en 2024 (Scope 1 + 2), contre 1,7 en 2023, selon la communication RSE du groupe (NLMK – action climat). Ce rebond dit la rigidité des actifs à hauts fourneaux et la sensibilité aux mix énergétiques et aux arrêts techniques, bien au-delà des slogans d’« acier vert ». Le groupe met en avant des investissements antipollution (par exemple le bilan intermédiaire de sa contribution à l’initiative fédérale « air propre » avec ≈115 milliards de roubles sur cinq ans et une réduction d’émissions atmosphériques de 20 000 tonnes annoncée) (communiqué NLMK 2024) ; côté particules, une unité de dépoussiérage sur four poche affiche une efficacité de capture de 99,9 % (SteelOrbis). Dans le paysage européen, ces trajectoires se comparent aux enjeux sectoriels de décarbonation de l’acier décrits par l’ADEME (hydrogène, recyclage, réduction drastique des émissions à l’horizon 2050).
3. Innovations / partenariats
Le projet Wallon prévoit jusqu’à 1,2 milliard d’euros pour une aciérie électrique à La Louvière, avec une logique de continuité industrielle alors même que l’UE serre l’étau sur les brames russes (L’Echo) ; le groupe évoque aussi une dimension d’aide publique pouvant monter jusqu’à 300 millions d’euros de subventions, sans qu’un engagement définitif ne soit public (Antenne Centre). La conception d’un site de brames « vertes » près de Vérone (mise en service annoncée vers 2027) illustre la même stratégie de double localisation (ICP Mag). Côté procédés, NLMK teste un charbon de bois recyclé pour réduire les émissions, avec un ordre de grandeur de 5 000 tonnes de CO₂ évitées par an à Lipetsk selon la presse métier (SteelOrbis).
4. Greenwashing / zones grises
La promesse d’« acier vert » européen recoupe un impératif géopolitique : la prorogation de l’exemption permettant d’importer des brames russes jusqu’au 30 septembre 2028, avec des volumes dégressifs, maintient la respiration des sites UE mais ne résout pas la dépendance structurelle (NLMK EU). Sur le plan financier‑climat, le groupe estime lui‑même un impact de plus de 100 millions de dollars lié aux ajustements carbonés (UE et, dans un scénario réglementaire, États‑Unis), ce qui contraste avec le discours uniquement technologique (risques climatiques NLMK). Enfin, la dégradation mesurée de l’intensité carbone 2023→2024 (1,7 à 2,06 t CO₂/t) offre un correctif chiffré à toute image trop lisse (NLMK – action climat).
5. Positionnement stratégique
NLMK capitalise sur la demande européenne d’acier moins carboné pour les infrastructures (dont la filière hydrogène, rappelée par exemple dans la presse spécialisée GreenUnivers), tout en repositionnant ses actifsUE avant la fenêtre 2028. Le signal financier 2025 est pourtant rude : marge et bénéfice s’effritent (SteelOrbis), ce qui réduit la marge de manœuvre pour financer seul des fours électriques et des chaînes d’approvisionnement en ferraille concurrentielles. La gouvernance du soutien public belge et européen devient un arbitre aussi décisif que le marché.
Verdict WattsElse
NLMK est pris dans une pincée : baisse des profits, empreinte carbone qui repousse en 2024, et Europe qui achète du temps avec des quotas tout en préparant l’après-brame. L’acier électrique n’est pas un luxe marketing : c’est une condition de survie industrielle à l’échéance de 2028.
Sources : steelorbis.com · nlmk.com · nlmk.com · nlmk.com · steelorbis.com · librairie.ademe.fr · lecho.be · antennecentre.tv · icpmag.it · steelorbis.com · eu.nlmk.com · nlmk.com · greenunivers.com
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