Sharikat Kahraba Skikda (SKS - Skikda Power Co.) SNC-Lavalin
Le site de Skikda porte à la fois l’histoire d’une indépendance énergétique à la carte algérienne — gaz national, équipements occidentaux, utilité publique — et celle d’une étiquette qui s’efface : absorbée dans la méga-filiale de production SKE, la SKS n’apparaît plus seule sur les tableaux de bord.
À propos de Sharikat Kahraba Skikda (SKS - Skikda Power Co.) SNC-Lavalin
1. Modèle économique
La Sharikat Kahraba Skikda (SKS) était la société créée pour porter la centrale à cycle combiné de Skikda (880 MW au total : deux unités de 440 MW en service en 2006 selon Global Energy Monitor). Les revenus provenaient de la vente d’électricité à la chaine Sonelgaz, dans un schéma classique d’IPP avec actionnariat public : la même fiche indique 51 % Sonelgaz / 49 % Sonatrach au travers de la maison mère. Le projet, chiffré à environ 562 millions de dollars d’investissement par la presse spécialisée, a été attribué à SNC Lavalin Constructors International pour l’ingénierie-procurement-construction ; l’Export-Import Bank des États-Unis a approuvé en décembre 2003 une garantie de prêt de 192 millions de dollars, l’emprunteur désigné étant explicitement la SKS, avec des garanties Sonatrach et Sonelgaz sur 12 ans (fiche projet). En parallèle, la filiale canadienne a assuré des prestations d’exploitation-maintenance (durée initiale de l’ordre de douze ans selon Power Engineering). Depuis la réorganisation des filiales de production menée par Sonelgaz et aboutissant à Sharikat Kahra El Djazair (SKE) — 3 582 MW agrégés annoncés lors de la communication sur l’installation de la direction — la SKS n’a plus existé comme visage juridique autonome : les agrégats comptables et industriels sont ceux du groupe étatique (communiqué Sonelgaz). Aucun chiffre récent public de chiffre d’affaires ou d’effectif spécifique à l’ancienne SKS isolée n’a été retrouvé : selon les éléments disponibles, ils sont désormais noyés dans SKE/Sonelgaz.
2. Impact réel
L’installation brûle du gaz fossile (le suivi GEM mentionne gaz naturel et possibilité de fioul liquide en appoint) dans une configuration cycle combiné ; il s’agit donc avant tout de stabilité de réseau et de sécurité d’approvisionnement, sans vertu climat « bas carbone » intrinsèque. À l’échelle du pays, une analyse de l’AIE (juillet 2025) rappelle que plus de 90 % de la production électrique algérienne repose sur le gaz naturel, dans un pays qui vise 15 GW de renouvelables d’ici 2030, dont une partie déjà réalisée (évaluation nationale de résilience climatique pour l’Algérie). Le même document souligne que le réchauffement ambiant dégrade déjà le rendement des centrales à gaz lors des pics de chaleur — problème structurel pour un parc où le thermique gaz reste dominateur. Une comparaison directe avec la PPE ou les fiches ADEME n’a pas lieu d’être ici : le cadre est algérien, pas européen.
3. Innovations / partenariats
La « partie innovation » du projet date des années 2000 : turbines GE, chaudières de récupération Alstom, système de pilotage décentralisé, et dessalement d’eau de mer associé selon les descriptifs projet (Power Technology). Le partenariat structurant a été quadruple : État algérien (via Sonelgaz/Sonatrach), constructeur nord-américain, finance US (Ex-Im), équipementiers européens et américains. Après mise en service, l’accent s’est déplacé vers la prolongation ou la rupture des contrats d’O&M étrangers — fichier récurrent dans la presse maghrébine quand expire un mandat historique au profit d’un opérateur local.
4. Greenwashing / zones grises
Homme le plus pressé, ce n’est pas du greenwashing marketé mais un verrou géopolitique : la centrale ancre le gaz dans le nord du pays alors que les discours officiels parlent EnR massive. La zone de Skikda porte encore la mémoire d’accidents industriels graves : la chronique projet de janvier 2004 relatant l’explosion du terminal GNL adjacent rappelle des fatalités nombreuses et l’ arrêt du site (Power Technology) — pertinent pour juger les exigences HSE autour du complexe gaz-pétrole-électricité. Côté gouvernance internationale du contractant historique SNC-Lavalin, la presse généraliste a documenté une réhabilitation après accord avec la Banque mondiale en 2022 qui met fin à une décennie d’ exclusion liée aux scandales de corruption passés (Reuters) — utile pour armer le débat sur la légitimation des anciens contremaîtres externes, sans inférer aucun comportement illicite dans le dossier algérien. Enfin l’ analyse résilience climatique de l’AIE chiffre le risque : à la mi-siècle, plus de 70 % des centrales à gaz algériennes cumuleraient au moins quarante jours au-dessus de 35 °C même dans des hypothèses ambitieuses d’émissions mondiales contenues ; un parc où Skikda compte des centaines de mégawatts perd en rendement précisément quand la climatisation pousse les pointes électriques.
5. Positionnement stratégique
Dans une SKE désormais tête visible de plusieurs milliers de mégawatts thermiques cotiers, les 880 MW de Skikda restent un socle réglementaire électrique pour le nord-est. Ils jouent contre un autre tableau de bord celui qui apparaît dans le rapport d’activité Sonelgaz 2024 (capacités nationales supérieures à 25 GW et chemin croisé fossiles-renouvelables) — la trajectoire nationale est moins lisible encore au niveau société désabsorbée. Le couple Sonelgaz–Sonatrach continue d’articuler prix du gaz domestique et marge industrielle dans un pays où les export receipts hydrocarbures structurent encore le budget selon les séries officielles.
Verdict WattsElse
La SKS était le nom d’un squelette technique financé comme une start-up d’État sous mandat américain ; aujourd’hui c’est une ligne amortie dans une holding électrique, révélatrice d’un pays où le gaz garantit encore la lumière pendant que les plans solaires réécrivent le mix demain.
Sources : gem.wiki · power-technology.com · power-eng.com · sonelgaz.dz · iea.org · reuters.com
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