Siemens
Sur les marchés, c’est l’heure des records : l’allemand Siemens AG encaisse une croissance et un résultat net historiques sur l’exercice 2025, portés par l’industrie, les infrastructures et le logiciel.
À propos de Siemens
1. Modèle économique
Siemens AG vend de la technologie industrielle intégrée : automatisation, logiciel PLM/IA, équipements pour bâtiments et réseaux, mobilité, financements — une plateforme B2B où logiciel et services tirent la marge. Sur l’exercice clos 30 septembre 2025, le groupe annonce un chiffre d’affaires de 78,9 Md€ (+5 % à périmètre et change comparables), des entrées de commandes de 88,4 Md€ et un bénéfice net de 10,4 Md€ (+16 %), avec un flux de trésorerie « record » au même millésime (communiqué de résultats Siemens). Le document détaille aussi une ambition « ONE Tech Company » : 1 Md€ d’investissements IA sur trois ans et une cible de doubler le chiffre d’affaires digital d’ici 2030. Côté Siemens Energy, la société a été pensée comme pure player de l’électrification (réseaux, turbines, services gaz) et de l’éolien via Siemens Gamesa. Début 2026, les synthèses de marché décrivent une sortie accélérée du capital du parent : participation de Siemens AG ramenée à 5,54 % contre près de 15 % auparavant, dans une transaction évaluée à ~3,8 Md€ (tribune financière Ad-hoc News).
2. Impact réel
L’empreinte « énergie-climat » ne se lit pas au même registre selon qu’on se place chez Siemens AG ou Siemens Energy. Le premier vend surtout de l’efficacité électrique, de l’instrumentation et des réseaux — des briques compatibles avec une Europe qui électrifie transports et industrie, en cohérence avec des trajectoires type PPE (objectifs UE), même si l’impact net dépend du mix réel des clients. Le second, lui, fabrique et vend des turbines à gaz et des équipements pour centrales gaz : là où les ONG voient un lock-in fossile, l’industrie plaide flexibilité pour accompagner l’EnR. L’éolien Gamesa reste le contrepoint sombre : la division affiche une perte opérationnelle de 1,36 Md€ sur l’exercice 2025 et une remise à flot annoncée progressive (dépêche Reuters). En somme : smart grids et logiciel d’un côté, gaz et garanties de puissance de l’autre — bilan carbone global = addition des deux mondes, pas d’étiquette « bas carbone » toute faite.
3. Innovations / partenariats
La feuille de route 2025-2026 cristallise l’IA industrielle à grande échelle (budget dédié, montée en clients SaaS) et l’intégration produit/logiciel après le rapprochement Altair évoqué dans le sillage stratégique du groupe (communiqué Siemens). Pour Siemens Energy, le premier trimestre décalé 2025/2026 livre un signal brutal de demande : 17,6 Md€ de commandes (+34 %), dont une forte composante turbines gaz (+81 %) et une hausse marquée aux États-Unis ; le groupe annonce en parallèle 1 Md$ d’investissements et 1 500 emplois outre-Atlantique pour densifier l’offre « power-for-AI » (Connaissance des Énergies). Sur le terrain diplomatique client, la présidence par intérim du Venezuela affirme des « relations directes » avec Siemens et General Electric pour stabiliser l’électricité au Zulia (Connaissance des Énergies).
4. Greenwashing / zones grises
En février 2026, le réseau Beyond Fossil Fuels et plusieurs ONG allemandes interpellent Siemens Energy en AG sur un chiffre venant du Global Oil & Gas Plant Tracker : l’entreprise fournirait des turbines pour 83,6 GW de centrales gaz en développement dans le monde — qu’elles opposent aux discours « transition » (analyse Beyond Fossil Fuels). Côté finance durable, Urgewald et la DUH pointent dès février 2025 le risque de « financed emissions » élevées liées au gaz et à des Scope 3 conséquents dans la logique PCAF — autant de pression sur le refinancement des banques engagées dans des objectifs climat (communiqué DUH). Enfin, l’exposition grands projets gaziers reste un test droits humains / sécurité : le Mozambique LNG (TotalEnergies), auquel contribuent des équipements du groupe, a annoncé une reprise complète des activités en janvier 2026 dans un pays encore marqué par violences et déplacements (voir Reuters et le communiqué Mozambique LNG).
5. Positionnement stratégique
Siemens AG joue la carte du tech/industrie à valorisation logicielle et se déleste de sa filiale énergie en Bourse pour clarifier le récit investisseur. Siemens Energy, elle, capitalise sur un super-cycle des réseaux et du gaz de pointe pendant que l’IA augmente la courbe de charge des hyperscalers. La géopolitique (Moyen-Orient, sanctions, rythme des autorisations EU) et le cycle Gamesa décideront si ce plan tient un décennie ou s’il bascule sur un ajustement de marge dès qu’un surinvestissement data center se corrige.
Verdict WattsElse
Siemens fait aujourd’hui de l’innovation énergétique à deux températures : outils et grids côté maison mère, gaz et EnR bancale côté cotée — assez pour alimenter la transition électrique, assez pour parier sur le fossile qui la retarde.
Sources : press.siemens.com · ad-hoc-news.de · energy.ec.europa.eu · reuters.com · connaissancedesenergies.org · connaissancedesenergies.org · beyondfossilfuels.org · duh.de · reuters.com · totalenergies.com
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